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sanra^, nous primes congé de lui et noDs remofftâmes dans nos cadres, nous disposant à faire route de suite pour le Fort-Dauphin, où les traitants nous attendaient avec la plus grande impatience. Comme il nous lardait de nous rendre, nous fîmes le trajet de la plaine Déhécball au Fort- Dauphin d'une seule traite, et aussitôt notre arrivée nous prévînmes le commandant qu'il n'y avait pas de temps à perdre, qu'il fallait que nous nous missions en état de défense; alors M. de Grasse nous invita à faire porter toutes nos marchandises dans l'enceinte du fort, ce que nous ne voulions pas, lui objectant qu'elles seraient toutes pillées si nous venions à être pris d'assaut.
« Après avoir fait connaître au commandant de Grasse l'intention qu'avait le général de Radama de se rendre immédiatement au Fort-Dauphin, il noua pria de l'aider de nos moyens pour qu'il eût à se fortifier, afin de pouvoir soutenir le pavillon français; nous l'engageâmes à prendre des marmittes pour travailler avec ses soldats à la petite rurtîHcatiuu que nous fimes pour empêcher que les troupes ennemies ne s'approchassent de trop près et pour que nous eussions le temps de prendre toutes nos mesures afin d'obtenir une capitulation qui pût noua mettre à l'abri d'être pillés et peut-être égorgés par des gens qui ne respectent nullement les lois établies entre les nations.
M Le lendemain, nous nous rendîmes an forl, et
nous lui fîmes toutes les offres qui furent en notre pouvoir; nous lui dîmes de prendre, pour notre compte, des naturels et de les employer à travailler aux fossés et que d'ailleurs il pouvait disposer de nos bras et de nos moyens pécuniaires comme il l'entendrait, que nous étions prêts à périr plutôt que de voir ces sauvages s'emparer d'un territoire qui depuis deux cents ans avait été la propriété de la France^ Il accepta et nous nous disposâmes à soutenir un siège.
« Cet officier travailla jour et nuit à sa petite fortification; il montra dans cette occasion un courage qui fut remarqué de tous les Français qui se trouvaient au Fort-Dauphin. Mais était-il possible qu'avec trois soldats et quelques traitants il eût pu s'opposer à l'invasion des Hovas dans la province d'Anossy? Non, cela était impossible; aussi, qu'arriva-t-il? Deux jours après notre départ de la plaine Déhéchall, l'armée vint se camper h Ambouve et le général eu chef fit rassembler tous les habitants des environs pour leur faire connaître qu'ils étaient les sujets du « grand roi Radama » et pour qu'ils se soumissent à ses lois; un major les publia à haute voix à tout le peuple de Rabéfagnien qui se trouvait assemblé dans la petite plaine d'Ambouve. Deux jours après l'arrivée des Hovas au Fort-Dauphin, le général Ramananoulou vint faire défiler son armée à deux cents pas environ de la petite batterie qu'avait faite M. de Grasse^
et cet officier, voyant l'impossibilité dans laqueUê il se trouvait de résister à des forces aussi considérables, proposa au généra! de Radama de capituler et obtint de laisser flotter le pavillon français qu'il avait cloué sur le portique du fort, pendant un mois, et de rester dans l'encelate jusqu'à ce qu'il pût partir. Ce temps avait été demandé par M. de Grasse parce qu'il croyait que M. de Freycinet, gouverneur de l'île Bourbon, lui eût envoyé des forces pour soutenir le pavillon français et il fut trompé dans son attente; car au mépris de tous les traités et de toutes les conditions, les Hovas profitèrent de ce qu'ils allaient et venaient dans le fort comme ils voulaient, pour s'en emparer; voici comment ils s'y prirent : quatre jours après la capitulation, une vingtaine de soldats sans armes se rendirent au fort, oii se trou- , vèrent MM. de Grasse, Poireau et Roger, qui étaient dans leurs cabanes à causer; ils sautèrent sur eux en les tenant fortement, tandis, que d'autres grimpaient pour abattre le petit mât sur lequel était cloué le pavillon français qu'ils foulèrent à leurs pïeds. Fouler aux pieds le pavillon français!... Quelle honte était-ce pour ceux qui t& trouvaient là ! Ma plume se refuse à faire coTf naître une insulte aussi grave ,' C'en était fait pour le pauvre M. de Grasse. Car il faut vous dire que je me trouvais avec le sieur Dandereau h causer devant l'établissement Prairie, lorsque je vis les
soldats hovas qui grimpaient sur la muraille pour abattre le pavillon; j'invitai donc ce dernier à venir avec moi. En arrivant au fort, nous trouvâmes M. de Grasse qui était tenu par 7 ou 8 Hovas, dont un lui serrait le gosier et allait probablement TétoufiFer si je n'étais arrivé à temps; les autres étaient sur Poireau et Roger et les auraient infailliblement assassinés, si je ne leur avais dit, en malgache, de lâcher ces blancs-là et de ne pas leur faire de mal; enfin, ils me comprirent et les lâchèrent. Alors j'invitai M. de Grasse à quitter cet endroit et nous fîmes de suite enlever ses eflFets que nous déposâmes dans l'établissement Dandereau, où il se retira avec ses trois malheureux compagnons d'infortune. Voyant qu'il n'était pas en sûreté au Fort-Dauphin, il se décida a partir dans la nuit par un temps affreux, et se dirigea du côté de Sainte-Luce, où il alla s'établir sur un des îlots qu'il nomma l'île Saint-Charles.
« // est à cotre connaissance comme à la mienne y que cet officier fit tous ses efforts pour soutenir le papillon français à Madagascar et qu'il méritait bien , dans cette circonstance , une récompense quelconque de la part du gouvernement; mais quarriva-t'il ? que la corf^ette Je « Sylphe », sous le commandement de M. Penaud^ fut expédié de Bourbon pour V enlever de Vîlot où il faisait encore flotter le pavillon de la nation française..,. Je puis vous assurer, mon ami, que si /avais eu une plume
plu» exercée, j'eusse fait connaître par la voie des journaux la belle conduite de cet officier et celle des malheureux Français ijui se trouvaient au Fort-Dauphin, lorsque les tlovas sont venus s'emparer de cet endroit.
a Voilà comment nous avons perdu cette petite colonie qui était d'uue bien grande ressource pour l'ile Bourbon, car vous devez vous rappeler qu'en 1820 cinq millions de riz ont été traités au Fort-Dauphin et ù Sainte-Luce. non compris le maïs, les voémes, le labac, les salaisons de bœufs et de poissons qui étaient expédiés tous les ans de ce petit point de l'île Madagascar, Voyant que nous ne pouvions plus tenir par les vexations que nous éprouvions journellement de la part des Hovas, nous abaadonuâmes nos établissements, nos marchandises, nos troupeaux et nous vînmes nous établir à Bourbon. »