‹ La France à Madagascar, 1815-1895Chapitre 48 sur 71 · EN VOYAGE · texte numérisé non relu

EN VOYAGE

Septembre-Octobre 1894.

La valise. — Deux nouveaux assassinats. — Les réquisitions. — A la découverte. — La ville. — La plage. — Aperçu de Tamatave. — Fitacons etbourjanes. — Arrivée du courrier. — Conséquences d'un retard. — M. Larrouy.

Le paquebot est à peine mouillé en rade de Tamatave que Ton se demande anxieusement :

(f Est-elle arrivée? »

Elle, c'est la valise, la fameuse valise diplomatique attendue de Tananarive et dont l'arrivée doit concorder avec le passage de chaque courrier.

Cette fois, 26 septembre 1894, elle est en retard, la valise, et plus en retard que toujours, car elle n'est signalée nulle part sur la route.

Et de plus, le résident général — arrivé à temps, lui, quoique ayant quitté Tananarive à peu près à la même date que la valise — doit prendre place à notre bord.

De graves> événements sont annoncés. La guerre est imminente.

Deux nouveaux assassinats :

M. Louvemont, agent de la maison Rebut et Sarraute, et M. Gellé, agent de la maison Lastelle, ont été tués par les fahavalos, doublés des Hovas.

Deux têtes de Français à ajouter à toutes celles qui ornent les pieux devant les cases malgaches.

Et la valise n'arrivait toujours pas.

Première réquisition faite par le résident afin d'obliger le paquebot à attendre par delà les heures réglementaires.

Entre temps la colonie française de Tamatave se réunit à la résidence pour haranguer M. Larrouy et le charger de porter ses doléances auprès du gouvernement métropolitain.

La colonie française? autant dire la colonie européenne, car tous à Tamatave, ou à peu près tous, s'abritent sous notre drapeau.

Et la valise n'arrivait toujours pas.

Les donneurs de nouvelles affirmaient qu'on l'avait enlevée par ordre du ministre hova.

Une escouade de 15 hommes, sous les ordres d'un Français, est envoyée à la découverte.

Deuxième réquisition.

Pour utiliser leurs loisirs les passagers de {'Ava vont visiter la ville qui, de loin, leur apparaît clinrinnnte avec ses maisons blanches aux toits rouges, jetées au milieu des bouquets de verdure.

Sur la plage de sable clair où vient atterrir le canot, une foule de boiirjanns (porteurs malgaches), drapés en des lambas aux vives couleurs, se précipitent pour offrir leurs services. Et lorsque la marée est monlnute, comme il u'y a pas de débarcadère, ce sont eux qui vous enlèvent pour vous transporter sur le terrain sec.

Tamatîive est le chef-lieu maritime de l'île de Madagascar; c'est le principal marché de la côte orientale. Construite sur le sable, elle se divise en deux parties : la ville b/anche, qui est très bien bâtie, à l'européenne, et oii le voyageur rencontre des hôtels confortables. Il s'y trouve un résident français, le consul anglais, le consul allemand et aussi un gouverneur hova. La cille malgache est très originale, avec ses rues étroites et tortueuses et ses cases dont les toits se rejoignent, à la façon orientale, par-dessus la rue.

I Toute la journée on pouvait voir les passagers de VApa, circulant en longues files, par les rues molles de la ville, sur des fitacons que les bourjanes portaient en chantant.

Le fitacon, appelé filanzane dans l'intérieur, est une sorte de palanquin particulier au pays. Il se compose d'une petite chaise, supportée par deux ; ,

brancards, et sur laquelle s'assied le voyageur, assez commodément; de chaque côté sont des appuis pour les bras; les pieds reposent sur une planchette. Quatre porteurs placent les extrémités des brancards sur leurs épaules ; et les voilà dévalant, sans se soucier du poids, tantôt marchant, tantôt courant, toujours chantant.

« Trois jours, disait Colomb, et je vous donne un monde. »

Il en a fallu trois et demi pour que la valise arrivât !

La voici enfin. Que recèle-t-elle dans ses flancs? La paix, la guerre ou quelque nouvelle fumisterie des Hovas?

Ce qu'elle recèle?

Mais il nous semble que le résident général doit le savoir, lui qui, avant de quitter Tananarive, a signé les dépêches contenues dans la valise.

Et les gens simples de se dire : pourquoi ne les a-t-il pas portées avec lui, ses lettres?

Pourquoi?

Parce qu'il quittait Tananarive quelques heures avant l'heure réglementaire.

Ce qui prouve une fois de plus que la lettre tue.

Conséquence :

Trois jours et demi de retard, et une grosse, très grosse dépense au compte de la compagnie ou de l'Etat, sans parler des ennuis de toutes sortes pour les passagers.

Une cunip«DsatIoa cependant : nous trouvons en M. Larroay un patriote qui nous piirnît prêt à soutenir h Madng.iscar la politique des Le Timbre, des amiral Pierre, la vraie politique frHQçaise, celle qui doit désormais inspirer tous les actes du gouvernement.

Puisse-t-elle triompher enfin et assurer d(;sormais [a sécurité de nos nationaux!

Ce qu'en dit M. Ginin. — La situali<

importance. — Jadis et aujourd'hui. — Le sol. — Le climal. — L'ilol Madame. — Un acte de courage. — ffic capila Jaceitt,

Je n'engagerai pas les a jeunes élèves u à apprendre l'histoire des colonies françaises dans les livres oriiciellement recommandés par nos ministres.

S'il faut en croire M. Génin — dans le manuel plein d'intentions excellentes qu'il a publié avec garantie du gouvernement, — l'île Sainte-Mariede-Madagascar est un point insignifiant et dangereux, lieu d'èlectiou des cyclones et des fièvres, quelques manguiers rabougris, fatigués de croître, minés sans doute aussi par les fièvres, démontrent avec une navrante éloquence et la

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