LETTRE DE M. DE MÀHY. XV
torat, le ver est dans le fruit, le vice originel subsiste, l'hégémonie hova.
Que si, vers le mois d'avril ou de mai, il n'y a rien de nouveau, l'expédition sans doute partira. Mais quel en est le but ultime, dans la pensée actuelle du gouvernement? Encore un protectorat^ c'est-à-dire un système fatalement imprégné du même virus, et fatalement défectueux.
Protectorat, maintien de Thégémonie hova, c'est bien ainsi que le ministre des affaires étrangères, M. Hanotaux, semble, non pas l'avoir positivement promis, mais indiqué, surtout dans son discours au Sénat, et c'est ainsi qu'on afiecte de le comprendre. On affecte, dans la presse favorable aux visées anglo-bibli* ques, d'exagérer la portée des paroles du ministre, on en prend acte, comme d'un engagement formel.
Au lieu de la chose naturelle, conforme à la vérité et au bon sens, au lieu de la prise de possession pure et simple de notre bien pour en user à notre convenance, au lieu de la souveraineté de la France hautement affirmée et posée carrément, c'est un rôle de protecteur, qu'en dépit de la victoire inévitable de nos armes on veut nous faire exercer auprès d'un gouvernement hova restauré par nous. On ne veut pas laisser à la France le choix du régime qu'il lui conviendra d'appliquer. On lui enlève à l'avance sa liberté d'action. On l'enferme dans un système unique.
J'espère qu'il n'en sera pas ainsi. J'espère que la force des choses, la pression de l'opinion publique et le patriotisme du ministre aidant, c'est la souveraineté qui s'imposera.
Oh! j'entends bien ce que l'on me répond! On me dit que cette fois, ce sera un vrai protectorat, avec ses
conséquences,... que noua mettrons à TananarÎTC,
autour de notre futur résident général, non plus escorte simplement décorative d'une cinquantaine d'hommes, mais une garnison de douze cents, moyennant laquelle notre représentant tiendra dans sa main I» gouvernement hova, composé d'un personnel renouvelé à notre guise et que par ce canal notre direction se propagera dans l'ile entière.
Je ne saciic pas conception plus fausse. — Les éloges qu'elle reçoit de nos bons voisins d'outre -M anche nous en montrent la valeur.
On essaie de la justifier par l'esemple de la Tunisie,
Je ne connais pas assez ce qui se passe en Tunisie pour nie prononcer sur le système que l'on y applique. J'ai rencontré ces Jours derniers un colonel en retraite.à son retour d'un voyage d'études. Il n'était pas enthou* siasmé. H assurait que notre protectorat proGiait beaucoup plus aux Italiens qu'à nous. J'ai entendu des colons tenir le môme langage. Mais admettons que tout soit pour le mieux. En quoi ce qui peut convenir k la" Tunisie doit-il nécessairement nous être bon à Madagascar? Les situations sont-elles le moins du mondfc comparables? En Tunisie vou^ avez un gouvernemeirt. national, ancien, accepté dans toute l'étendue du pays, par une population homogène, liée à son gouvernement; par des traditions anciennes et la même religion On conçoit, dans ces conditions, que celui qui lient la gouverncmenl peut tenir le pays.
Exîste-t-il rien de semblable à Madagascar, c population est clairsemée, divisée en une vingtaine it peuplades presque toutes foncièrement hostiles Hovas et en révolte ouverte contre eux, depuis quft nous avons voulu les faire sujettes des Hovas I La pên^