‹ La France à Madagascar, 1815-1895Chapitre 56 sur 71 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

1^ Dans la presse : Il fallait s*y attendre. — Les canons hovas.

— Un jalon. — Vive la France! — Aboutissez.

%** Devant la Chambre : Discussion des crédits.

n fallait s'y attendre ^

Le ministre hova a répondu par une fin de nonrecevoir à Tultimatum que lui a porté M. Le Myre de Vilers.

On serait presque tenté de l'en remercier.

Après les attentats commis à Madagascar, je me demande ce qui doit davantage étonner : la longanimité française ou la suffisance des sauvages qui gouvernent la province d'Emyrne.

Le jour où le résident général arriva à Tamatave, toute la colonie française se réunit à la rési-

1. Cet article et les suivants ont paru dans le journal la France,

(lence et lui remit, pour être présentée au président de la République, une pétition qui est comme un appel suprèume à lu France.

On y lit notamment ;

Que la situation des colons à Madagascar cet intolérable; qu'en effet le gouvernement hova est impuissant II assurer l'ordre et la sécurité dans le paya; que la vie des Français est en danger et leurs biens compromis; qu'en aucun cas ils ne peuvent utiliser les capitaux dont ils disposent ou pourraient disposer.

Que l'impossibilité d'acquérir un droit de propriété ou bail à long terme et l'absence de réglementation du travail empêchent toute colonisation agrii^olc; que principalement l'incertitude dans laquelle on vit depuis plusieurs années sur les iutpiitions du gouvernement français vis-à-vis des Hovas cause le plus grand préjudice à nos intérêts et compromet le prestige de la France.

Qu'il en résulte que Madagascar, appelée depuis deux siècles la France Orientale, ne peut devenir ni une colonie de peuplement, ni une colonie de production, alors qu'elle pourrait être l'une et l'autre; que l'on est revenu aux mauvais jours d'avant 1883; qu'il plaise au gouvernement, en vertu des votes de confiance émis par le Parlement, de prendre toutes les mesures, etc...

Celte pétition porte 90 signatures, celles des 90 Français liabitant la seule ville de Tnmat&ve.

LBS CREDITS. 301

Elle est Fexpression des vœux de tous nos nationaux fixés à Madagascar.

C'est h la France à leur répondre, comme il convient qu'elle le fasse, comme elle a le devoir de le faire.

Il ne faut pas dire que le gouvernement hova est impuissant à assurer la sécurité et Tordre dans le pays : il ne veut pas, il est complice. Voilà la vérité.

Le vieux ministre qui règne à Tananarive est fou d'orgueil. Il est abonné à V Argus de la Presse et se fait lire les extraits relatifs à Madagascar ou à lui-même.

II y a, chez les Hovas, des familles chargées de conserver de père en fils les légendes, les discours, etc. ; ce sont les archives vivantes.

Ces gens-là sont atteints d'une hypertrophie héréditaire de la cellule localisant la mémoire.

Le premier ministre serait digne d'en faire partie. Il ne sait pas lire, mais il est doué d'une mémoire prodigieuse et retient tout.

Durant la guerre du Dahomey, il recevait tous les journaux y ayant trait. C'est alors qu'il fit la commande de trente-six canons, à l'aide desquels il aspire à jouer les Behanzins.

Muis cet bons méthodistes —

puisque I

les Anglais qui en parlent — ont-ils donc i

jusqn

i l'abri des n

n'ont endurées tous

les autres vasa.t, c'est-à-dire tous les étrangers, à quelque nationiillté qu'ils appartinssent.

Est-ce qu'en 1825, sprës la proclamatiou de Radama, les Anglais n'ont pas été pourchassés et rais dehors, fussent-ils méthodistes, absolument comme s'ils n'étaient que de vulgaires Français?

Et plus tard, en 1845, lors du massacre de Tamatave, les Hovas firent-ils une différence entre les Anglais et les Français, et épaiguèrent-ils les premiers?

En 1883 Anglais et Français furent l'objet des mêmes menaces, des mêmes sévices, leurs biens furent également saccagés ou confisqués, et je ne sache pas que l'indemnité donnée après le traité de 1885 ait été attribuée aux seuls Français. Les sujets de la Grande-Bretagne en ont eu leur bonne part.

Les deux dernières victimes, Louvemont et Gellé, sont un Français et un Anglais.

Quelle est cette misérable hypocrisie qui consiste à représenter les Anglais, méthodistes ou non , comme exposés à être traqués par les Français et ayant besoin de protection contre

ix-ci ?

Aloi

; les Anj

voua accepteriez

avec reconnaissance, vous avez peut-être sollicité la protection du vieux prince consort, que la diplomatie de France prend encore au sérieux ?

Il vous plaît de faire savoir aux nations civilisées que c'est à lui, à ce grotesque, que vous avez recours ?

. Les Anglais à. Madagascar ne seront plus que des protégés hôvas !

Et pourquoi cette misérable comédie? Dans quel but un pareil aplatissement ?

A défaut de loyauté, k défaut de la franchise puérile et honnête qui a cours même dans les chancelleries, ayez donc un peu d'amour-propre.

Vive la France!

II faut applaudir sans réserve le langage qu'a tenu hier, à la Chambre, l'honorable M. Haiiotaux.

Chacun avait la conscience, durant ce discours, qu'il entendait un honnête homme et un patriote.

Pas de phrases, le langage sobre et mesuré, convenant au garde des sceaux chargé d'exposer une question qui, tout en ne regardant que la France, peut intéresser en quelques points d'autres puissances.

MADACASCAtl.

CVsl l'histoire mi^ine du protectorat, organisé par le lamentable traité de 1885, qu'a rolracée — nu milieu de la proCondc attention de la Chambre entière — notre Ministre des affaires étrangères.

D'un côté la bonne foi, le dt^sir d'éviter les complications, une longanimité « inexplicable ». Le mot, échappé au ministre a été retiré auseitùt, niais la Chambre l'a retenu et souligné.

De l'autre l'astuce et la fourberie, la volonté de se soustraire aux engagements librement consentis, la présomption poussée jusqu'aux limites dernières de l'infatuation et de la sottise.

Triste expérience de dix années, durant laquelle la France a englouti à Madagascar plus d'argent que ne devrait coûter une expédition décisive.

Quant aux victimes, aux Français et aux étrangers assassinés par les Hovas ou avec leur complicité, la nomenclature en a été donnée par le ministre, très abrégée.

Un silence de mort régnait dans l'Assemblée pendant cette lecture, qui mettait l'émotion et comme un besoin de vengeance aux cœurs, même des plus résolus adversaires de l'expédition de Madagascar.

Des adversaires?

Mais tous les députés, sur tous les bancs, n'ont-ils pas ressenti la même indignation, bientôt transformée en un commun rire de pitié et de

l^S CRÉDITS. 309

mépris lorsque le garde des sceaux a fait connaître la réponse du S** Rainilaiharivoni — autrement dit Son Excellence le premier ministre — à l'ultimatum porté par notre plénipotentiaire?

On allait demander les satisfactions aux Hovas et savez-vous ce qu'exigea ce Rivoni-là?

Peu de chose, en vérité :

D'abord qu'il ne fut plus question du traité de 1885 — et sur ce point je suis d'accord avec lui, quoique pour d'autres raisons.

Ensuite que le résident général ne fût plus que le consul des puissances qui consentiraient à lui donner un papier vu, contrôlé et enregistré par ledit Rivoni.

Le reste est à l'avenant.

Il faut, en vérité, que ces bandits à moitié sau* vages aient une triste opinion de notre fermeté. Impossible de montrer plus d'insolence.

Et néanmoins nous leur avons encore accordé un sursis.

Les Français sont si bons — sont si bêtes, dit couramment Rainila... etc.

Parlez-moi des Anglais, gens pratiques. C'est eux qui envoyèrent un jour un ambassadeur ii Jean René, chef de Tamatave, pour lui porter l« titre et les insignes d'aide de camp « correspoii* dant ».

Bien imaginé, n'est-ce pas?

310 MADACASC&».

El cjuel chef-d'œuvre que la lellre de l'ambassadeur!

J'en ai pris copie et je la livre a la méditation de nos diplomates :

<i Monsieur et ami, je suis extrêmement fâché de no pas pouvoir vous voir et remplir les ordres de Son Excellence le gonvernenr, de vous revêtir d'une manière solennelle et en présence de toutes les personnes de Tnmatave et de ma division, de l'uniforme qu'il a plu à Son Excellence de vous envoyer en vous nommant son aide de camp correspondant. »

Nous autres Français — et voilà bien ce qui nous perd — nous sommes incapables d'écrire un pareil style et de soupirer après les hautes fono tions de valets de chambre des chefs, nègres ou pas.

Mais par exemple nous dépensons des millions pour assister l'arme au bras aux déprédations des Hovas, tolérer leurs attentats et favoriser les exac^ ttons commises sur des tribus qui depuis deux cents ans sont nos fidèles alliés et protégés.

Maintenant l'expérience est fuite et le système vingt fuis condamné.

C'est à Tananarive qu'il faut aller châtier les Hovas insoumis, Raini... rivoni n'a même plus la ressource de dire : « Cela durera bien autant que moi. »

Cela ne peut plus, cela ne doit plus durer, pour

la sûreté de nos nationaux et pour l'honneur de la France. Yoilh ce que M. Hanotaux a dit excellemment à la tribune, en associant tout le cabinet, le gouvernement h. sa déclaration.

La Chambre qui, il y a dix mois, a voté Tordre ilu jour si net et si ferme rappelé hier par le ministre des affaires étrangères, saura mettre ses actes à l'unisson de ses déclarations.

C'est l'heure d'agir.

Aboutissez.

On lit dans le projet de loi soumis aux Chambres par MM. nos ministres, au nom du président de la République, pour a pourvoir aux dépenses de l'expédition de Madagascar )> :

« Câble de Mozambique à Majunga : 3 000000, de francs. »

Impossible de plus clairement dire que Majunga sera le centre et le pivot de l'opération et que la « marche par Majunga )> est décidée.

Sans doute il serait puéril de faire mystère de ce qui pour personne n'est mystère depuis longtemps, mais est-il absolument utile de proclamer ainsi nos plans de guerre ?

Et n'est-ce pas autoriser la Presse et le Parlement à les examiner et même à les discuter?

< Un cible entre Mozambique et Majuoga, soit. c'est nécessaire et je pense bien qu'nussitôt le vote des Chambres on va se mettre à l'œu^Te.

Mais ce n'est pas tout, cela ne- saurait être tout, Il existe bien une ligne de Tananarîve â Tamatave — qui sera d'ailleurs coupée, qui l'est déjà — mais □e cumpte-t-on pas relier à Majunga l'expédition en marche? La prudence le commande cependant, autant que les plus simples notions des choses et des lieux.

Un ciible de Mozambique à Mnjunga, rien de mieux. Mais Di»?go-Suarez, Nossî-Bé, la Réunion, où sont concentrées nos troiipcs?On n'entend donc pas communiquer avec ces divers points? Il faudra encore recourir aux navires de la station, au prix d'une perte énorme en jours et en argent, pour se mettre en relations avec les lieux d'où nons tirerons une partie des approvisionnements et des

Tamatave a été évacuée par la garnison malgache et le gouverneur; il s'y trouve un grand nombre de colons de nationalités diverses, surtout français; les femmes et les enfants s'y sont réfugiés; il y existe plusieurs banques, plusieurs maisons de commerce, un magniSquc hôpital construit par pous et qui a été récemment inauguré; enfin le fort, notre ancienne possession, est redevenu nôtre.

Je veux qu'on prenue toutes les précautions pour

tenir cette capitale maritime de Madagascar à l'abri d'une attaque, voire d'un coup de main , mais en ces matières il faut prévoir l'impossible. Comme c'est pratique, le système qui consistera à expédier un bâtiment, s'il s'en trouve un, à la recherche des secours !

On ne veut plus de « petits paquets » et l'on a bien raison. Mais la combinaison proposée, mais le câble entre Mozambique et Majunga seulement, qu'est-ce autre chose que l'éparpillement de nos soldats sur la côte, à Fort-Dauphin, à Foulpointe, à Tamatave, isolés les uns des autres et ignorants des événements? Qu'est-ce autre chose que le retour aux « petits paquets » dans ce qu'ils ont de plus lamentable. A Mayotte, à Nossi-Bé, à Diégo- Suarez, à Sainte-Marie, à Tamatave passent les bateaux des Messageries, chargés du service postal : l'on n'en a cure, pas de câble.

La Réunion est le point terminus : c'est la qu'on peut et doit évacuer les malades, c'est là qu'on trouvera des approvisionnements et peut-être des renforts au premier appel. Il ne faut pas oublier que cette colonie a fourni 700 volontaires en 1883 et qu'elle en fournirait le double et le triple si on voulait. Mais notre vieille colonie est suspecte, elle fut toujours soupçonnée de vouloir faire a elle seule et pour son propre usage, la conquête de Madagascar et autres lieux circonvoisins. Pas de câble pour la Réunion.

Jcreux croin' cpio cette terre française ne portera pas la peine d'un patriotisme légendaire comme celui de nos Antilles : le Ministre des colouies saura fflire comprendre à ses collègues que l'heure est venue de l'arracher à l'odieux isolement oii est conuue sysl^m a tique ment luissce la » pcrlc de rOcéau Indien >.

Iiea crédits de Madagascar à la Chambre,

M, iK pBÎsiiiEST. — La parole est à M. Brunet.

.S'wr i/iWrj banct. — La clôture!

M. Louis BRti-veT. — Je demande la parole contre la clôture.

M. LE pRÊsinsxT. — La parole est à M. Brunet contre la clôture.

M. Loris BnuKBT. — Je suis aux ordres de la Chambre; mais il est certain, que moi qui vote les créilils de Madagascar —

M. Henri Bovcher (Vosges),. — Le budget annexe de la Réunion.

M. Louis BnuNET. — Quel rapport exisle-t-il entre ces deux questions?

Je disais que moi qui vote les crédits de Madagascar, je trouve la question parfaitement élucidée. C'est vous dire que je ne me serais pas opposé

a la clôture, si je n'avais à répondre à de certaines allégations présentées par les adversaires de Texpédition.

Âpres les déclarations si nettes qu'a apportées le ministre à la tribune, après les constations officielles et autres qu'il nous a fournies...

A V extrême gauche, — Et autres surtout!

M. Louis Brunet. — Je dis volontairement « et autres », parce que M. le Ministre des affaires étrangères a cité, par exemple, un document qui a bien sa valeur, l'adresse des habitants de Tamatave, et qui n'est pas, que je sache, une pièce officielle. Ce document est la protestation de nos nationaux contre la politique suivie depuis 1885 à Madagascar.

Je suis absolument prêt à ne pas continuer la discussion si la Chambre est d'avis qu'elle est édifiée sur la demande de crédits...

M. Julien Goujon. — Nous ne serons jamais trop édifiés dans une question comme celle-là.

M. Louis Brunet. — Quoique inscrit pour parler, je ne voudrais pas abuser de l'attention de la Chambre, si ces débats, qui ont déjà beaucoup duré, ont fixé toutes les incertitudes.

Je répète donc que je suis aux ordres de la Chambre.

Sur dwers banc». — La clôture !

M. LE Président. — Je consulte la Chambre sur la clôture.

Nftt ^ar «Mft «nail «Aè A «• fat««r Je h d«BiaBd«

t «K ^'afSÈ» les très cloquentn

i l«èM «I ^ H. HuotMO,

]L Lan» fc w JMx . — Lwwbt wit parier!

lbBK«««iAw «nfcat csk ■««■ à cette b nf«t*<w «Mto rie^BMcflliibiA a^actée Uer par 1rs «Itxnaàns 4b pnfcft: «t BèMc «cUc q«ntim 4» 5 wKws JCixfMW^tiÊm um aien 4f tcunt 4aaÉ N- k Mwàtlt» 4» a&iRs «Craafjèr^ avait bk fci— » «■ «Bliire JKlàa», g a bOa ^'on b H MJt sar W H f JT T«ns les -at^aBcats qoe l'on , aa s*<a est scni. On a parle

même de complications possibles, comme s'il fallait établir encore aux yeux de la Chambre qu'à Madagascar nous sommes chez nous et qu'aucune puissance européenne n'a rien à y voir.

J'ai le devoir, moi dont le nom a été prononcé à diverses reprises au cours de ce débat, moi qui suis l'auteur de l'ordre du jour du 22 janvier dernier, de protester contre les allégations de l'orateur qui vient de descendre de cette tribune.

Il y a quelques semaines, je me trouvais à Mada* gascar.

Un membre à V extrême gauche. — Ils en viennent tous!

M. Louis Brunet. — Nous sommes au moins deux ayant fait le voyage récemment : M. de Douville-Maillefeu et moi.

J'ai pu, sur les lieux, recueillir les plaintes de nos nationaux et je suis en mesure de vous les soumettre et de les défendre.

Songez qu'actuellement, non pas 150 de nos nationaux — car on a prétendu qu'a Madagascar il n'y a que 150 Français — mais plus de 10 000 des nôtres attendent avec anxiété à Madagascar et dans les îles environnantes le résultat du vote que vous allez émettre.

Ces bons Français sont établis depuis de longues années dans la grande île, ils en ont fait leur autre patrie, ils y ont leurs familles et leurs intérêts.

Il paraît qu'une statistique couronnée par l'ÂcaTl veut qu'au bout de deux moii 1

t qu

ou de deux ans, on ne puisse pas vivre à Madngascar : nos compatriotes sont vivants et bien vivants. Bonnemaison, Bocard, Garnier et tant d'autres que je pourrais citer, vous diraient : On ne meurt pas nécessairement de la lièvre à Madagascar.

M. Gaston Dodmekgdb, ironiquement. — On en vit!

M. Louis Brunkt. — Mettez en première ligne le poison et la sagaie.

Ceux de nos compatriotes qui sont là et qui luttent non seulement pour la défense de leurs intérêts, mais aussi, mais surtout, pour l'hunnear du nom français, ont certainement payé leur tribut à la fièvre sur les côtes; mais cet ennemi-là îLa le connaissent et savent s'en préserver.

Je pourrais par le menu, indiquer aux amateurs de statistiques les noms des Français qui habitent Tamatave, Majunga, Vohémar, Fort-Dauphin, depuis de longues années déjà.

On a cité le nom de Laborde. Savez-vous combien de temps Laborde a habité Madagascar?

Cinquante-deux ans! Et Campan et Lambert et tant d'autres? Les côtes sont insalubres, vous \e proclamez, et c'est aux côtes que vous voulez borner notre occupationl (Très bien! Très bien!)

Je n'ai pas à rappeler ce qui ne fait plus de

doute pour personne, à savoir que Tintérieur de notre grande possession de la mer des Indes oiTre aux voyageurs et aux habitants un climat tempéré, comparable à celui d*une partie de la France.

M. Julien Goujon. — Mais il faut y arriver, à l'intérieur. Et si on est frappé auparavant !

M. Louis Brunet. — On ne Test qu'à condition de résider sur les côtes et de ne pas prendre les mesures de précautions nécessaires. On ne le sera, si on y réside, que si on n'assure pas, au moyen de travaux qui s'imposent, l'écoulement des eaux vers la mer.

On prétend que nous irions à Madagascar pour faire de l'esclavage; voilà ce qu'a dit hier mon honorable collègue et ami M. Vigne d'Octon. Se rappelant les souvenirs du Soudan, où cependant il n'y a pas d'esclavage, quoi qu'il en dise, où il y a l'affranchissement, par les Français qui y sont et par nos soldats, des hommes menés eu esclavage, notre collègue a parlé de Madagascar, cette France de l'Afrique orientale; il en a parlé avec le sentiment que là encore nous irions maintenir le trafic odieux qui a été aboli par la révolution de 1848. Il y a à Madagascar, en effet, dans ce pays de protectorat, dans ce pays français, il y a une sorte d'esclavage à peine déguisé, que maintient sous nos yeux le gouvernement hova ; eh bien, c'est précisément pour faire cesser cet odieux état dé choses, qu'il faut y assurer notre domination.

M. Hdbbabd, — Vous ne pourrez pas le siippii mer nvcc le protectorat.

M. Loois BnuNET.. — Pardon! Le protectorat avec toutes ses conséquences doiib en donnera le moyen.

M. Julien Goujon. — Mais ce sera l'annexion, alors!

M. i.E Ministre des affaibes BTnANGËnBS. — Estce qu'on n'a pas aboli l'esclavage en Tunisie?

M. Louis Bhunrt, — On vient de prononcer le mot de II protectorat », et on prétend qu'avec ce régime il est impossible de supprimer l'esclavage h Madagascar, Assurément, le protectorat tel qu'il existe actuellement n'est pas pour nous donner satisfaetioD, bien loin delà! mais nous avons retenu le mot prononcti hier par M. le Ministre des affaires étrangères, nous voulons le protectorat avec toutes ses conséquences, c'est-à-dire l'abaissement et le châtiment dos Hovas, l'affranchissement des tribus qu'ils exploitent et torturent et notre absolue suzeraineté sur elles, c'est-à-dire, en un mot, la France souveraine à Madagascar.

Mais, dit-on, comment le ministère que présidait l'honorable M. Briason a-t-il pu approuver an traite si contraire aux intérêts de la France? C'est qu'apparemment il n'a pu faire autrement.

En effet, à ce moment, nous avions au Toukia les complications que vous savez,

A t'exlréme gauche. — Cela a déjà été dit!

M. Louis Bruket. — C'est possibU, mai» il m'plait de le répéter; en tous cas, ctrla n'a pas été dit à propos du ministère de M. BrtSM>n.

L'honorable président du Coas«il de l'eptxjQe, dont le patriotisme est bien coubd, a dû accepter le protectorat tel qu'il lui était présente, tel <]n*il nous était imposé.

Mais aujourd'hui les choses ont changé: il Tant bien que les sacrifices faits par nous à Zanzibar nous soient de quelque utilité. On peut même considérer qu'ils n'étaient pas nécessaires et que nous n'avions pas besoin de les faire p<nir que toutes les nations européennes reconnaissent que nous sommes chez nous à Madagascar et que aoa» avons le droit d'y dicter nos volontés.

Non, je n'accepte pas ce protectorat tel qn'il existe ; j'en connais tous les vices, de même qnc je connais toutes les incohérences et toutes les lacunes du traité de 1885. {C'est cela! — Très bien!)

Même le traité de 1885 fait foi aussi bien d'aprt-i le texte hova que d'après le texte français — car on a élevé l'idiome bova au rang d'une langue diplomatique. Devons-nous lolérer une clause au^si ridicule et aussi contraire au bon sens et au droit des gens ? Qu'en résulte-t-il ? Le texte français porte que nous présidons aux relations extérieures du pays hova ; les llovas, d'après leur texte, — j'appelle sur ce point l'attention de M. le Ministre des affaires étrangères, — comprennent et traduisent

les ^^

(|ue nous « contemjjluas » les relations extérieoref. (Rireii.) Dès lors, nous avons fait la guerre à Madagascar, nous v pa\oDâ chaque ana^-e an luunl tribut puar l'entretien de notre r<^sideut et de nos fonctionnaires, nous y construisons des hôpitaux pour a contempler a les relations extérieures de Madagascar et assister, l'arme au bras, aux attentats dont DOS nationaux sont victimes. (MounemenlB.)

M. DnsPABCES. — El après, on paiera blon davantage!

M. Louis BntisET, — U est évident que de telles cluuses doivent disparaître et que si nous allons à Madagascar, ce n'est pas pour le maintien du protectorat tel qu'il existe actuellement.

On vous rappelait tout à l'heure la protestation sicruée par les habitants de Tamatave. A leur tète se trouve le doyen de cette colonie, l'honorable M. Bonnemaison, qui, ainsi que je vous l'ai dit il y a un instant, y est fixé depuis trente-quatre ans. Voici les conclusions d'un travail très remarquable qu'il a fait :

« Le traité de 1885 a-t-il été respecté? — Non.

« Sommes-nous aussi avancés que nous l'étions en 1883, à Madagascar? — Non.

« La politique suivie depuis 1885 nous a-t-elle donné un bon résultat? — Non.

« Que Caut-il pour arriver à quelque chose j ? — U l'aut aller à la capitale hova.

M. Pasghal Grousset. — Qui a dit cela?

M. Louis Brunet. — M» Bonnemaison.

M. Paschal Grousset. — Quel est ce monsieur?

M. Louis Brunet. — C'est, je le répète, le doyen de la colonie de Tamatave. Il a des intérêts considérables non seulement à Tamatave, mais encore à Diégo-Suarez. Ce monsieur, pourm'exprimer comme vous, mon cher collègue, est d'avis qu'il faut abandonner Madagascar ou bien changer la politique qui s'y pratique.

M. Julien Goujon. — Et garantir la dette s'il y en a?

Louis Brunet. — De quelle dette parlez-vous?

M. Julien Goujon. — Nous ne connaissons pas l'état des finances malgaches. Je demande si nous garantirons la dette, s'il y en a.

M. Louis Brunet. — Vous savez que les Hovas ont contracté une dette vis-à-vis du Comptoir d'escompte, que tous les ans ils doivent verser une somme de 600 000 francs et qu'ils n'ont pas payé l'annuité d'octobre dernier.

M. Julien Goujon. — Il ne faudrait pas que le gouvernement s'engageât dans les affaires financières de l'île, comme il l'a fait pour la Tunisie.

M. Desfarges. — Est-ce que le gouvernement a garanti cette créance?

M. Louis Brunet. — Demandez-le-lui 1

M. Desfarges. — C'est justement sur ce point qu'il faudrait avoir des explications.

SM MAOAUAsc&n.

M. Locift Bruket. — Je coDtmue la citation M. Boanemaison. {Bruit de conversations.)

Messieurs. Il s'agit d'un bon Français tixé à Madagascar depuis loD<^enipa. Il a été témoia de tous les évéDeuicnts, il est au couraot de tout, il mérite qu'on prête attention à ce qu'il écrit ;

a 11 faut avoir habité trente-quatre années ce pajs, comme nous l'avons fait, pour connaitre les ressentiments des peuples malgaches contre les Hovas, voire même ceux de la plupart des ofSciers subalternes contre leurs chefs de lu capitale. Le jour donc oJi la France s'occupera sérieusement et déRnitivement de la délivrance des peuples soumis aux Hovas de la capitale, elle trouvera, au lieu d'ennemis, des alliés qui viendront encore à elle.

u Les alarmistes, et surtout ceux qui ont passé leur existence sur le boulevard parisien, se plaisent à dire que la route vers Tananarive est impra* ticable. Mais h ceux-là on peut dire que le moindre gringalet — évidemment ce n'est pas un littérateur qui parle — que le moindre gringalet de porteur hova franchit ce trajet en quelques jours avec 40 kilogrammes de marchandises sur le dos. »

C'est le résultat d'une longue expérience, d'une longue pratique, que vous donne là le doyen de la colonie de Tamatave.

a Puisque le» Hovas eux-mêmes, ajoule-t-il, ont

trouvé moyen d'v transporter un canon Arnis-

, le seul qu'ils possèdent, nos soldats trou-

veraient bien le moyen d'y transporter aussi quelques canons de campagne ainsi que leur équipement.

« Dans le parcours, il n'y a aucune forteresse à escalader; une centaine de tirailleurs sénégalais suffiraient à garantir les troupes de toute surprise par l'ennemi.

« Vatomandry, point où nos troupes et le matériel peuvent être débarqués, n'est qu'à 600 kilomètres de Tananarive. »

Non! le protectorat tel qu'il existe ne peut subsister. Mais ce n'est pas le moment de soulever cette question, ce serait imprudent. Nous avons de graves objections à faire à l'instrument diplomatique de 1885. Il faut le remanier entièrement. Nous viendrons devant vous, nous vous dirons quelles réformes il faut faire. Actuellement, nous n'avons qu'à nous incliner devant le fait acquis. L'heure n'est plus aux délibérations...

M. Coûtant. — Vous vous engagez?

M. Louis Brunet. — C'est la Chambre qui s'est engagée par son vote du 22 janvier.

S'il faut faire appel, car on a parlé de l'amourpropre national... (Bruit.)

M. DE Mahy. — Je prie la Chambre de me permettre de lui fournir un simple renseignement. (N'interrompez pas I)

J'en demande l'autorisation à M. le président et à l'orateur.

oÂttgut: M. Boachcr Ti«nl

M- BtbdH c«tt« îiil<-rp«llatîon :

us les crédits, mais non

J« 4tm ééi iÊnr ^m- M. Brooet s'est en^gë en KQOl Ta tmik «Ihs * rSe à^ U Rrunion ; il est w«a «• Tmmn picMlrc put à la guerre. {Très 4m.* 7M> himT)

iL Hksvs PmiimIi — Notre excellent collègue V. Jr lli^ nlè** «ae panile de moi qu'il a iurt

A* mmmX aè X. Bmet parlait des engage- «■aCs ^aek Ctasbr« avait pm. nn nos collègues im VrsJcriwK çaadbe in a dît : ■ Voos engages- •«•s.^.„ » biamt JÊtÔÊm m un engagement militearr. J'ai fiât r fW^ Ber à nés Toîsins que l'inio^ ■ifl i M m i f p w —i t et ^3 s'agissait d'engin- ■hMk fiaaat*tv« et kmi pss d'engagements dant WliliiMia

Cm> a«r «elkr pantk qoe notre hononble wt b j gng M. et Mal^t — I gr^ bws amieales pro- WttCalMa», s'est «aftiiaMé mxrt ooe ardear joTénile t f apphl Jit et poor laquelle je l'aime , car il gafde tt^ujour? pour U

ipajssa

fraî-

4< ft»w 4k sas tsipatriBlis ttdes

clw*r 4e caraw qae navs adaùrons et que nons lai

M. to«f»s Binnct. — Messieurs, je ■MB excelleal oollè^ve M. de Mah; de son intcr-

vention, d'autant plus qu'elle a amené de si complètes et de si courtoises explications. En tous cas, nous sommes accoutumés depuis deux jours à entendre cette plaisanterie que nous rendrions a nos collègues, à l'occasion. C'est la note gaie au milieu de ce débat où les uns et les autres nous mettons notre responsabilité tout entière.

L'honorable M. Avez, notamment, nous disait hier : « Vous autres qui votez les crédits pour Madagascar, êtes-vous prêts à y aller? » Je n'ai pas songé à m'en facjher, car tous ici, à quelque côté de la Chambre que nous appartenions, nous ne reculerions devant aucun devoir, de même que nous savons nous mettre à la hauteur de toutes les responsabilités. [Très bien! Très bien!)

Je termine cette trop longue discussion. (Parlez!) Je voudrais cependant, messieurs, vous mettre sous les yeux l'opinion de nos pères, de ceux de qui nous relevons, de nos aînés de la première République, sur toutes les questions coloniales.

C'était au lendemain de notre affranchissement, alors que toute l'Europe était liguée contre nous. A ce moment la question se posait à l'Assemblée nationale de savoir si nous ne ferions pas bien d'abandonner nos colonies. La réponse fut négative, mais du moins il semblait qu'il n'y. avait pas lieu de maintenir nos établissements français de l'Inde, si réduits.

Les ministres de Louis XVI avaient, en effet,

JéciJ ê VahmnAon de Pondicbérv. U capitale de nos lades. rt de bMt csr qui nous resuit des coaqa«t«s ceacMttrèec oMatîqaesijuenos soIduU, de I>aplrix, de La Bourdonnais, 4e B«>*T, araicnt xrrosées de leor saag. La grande majorité de PAsAcmMee nationale vota les conclunofks de son c«unîté colonial, doDt je tous demande la penBBsîaa de Tans donner lectare.

■ Votre coaûié doit vous faire observer ijn'il imparte de rappeler en Asie, sur la nation française, b baote considération dont elle a joui et cjn'elle b's perdue qae par l'ignorance de ses ministres.

a n seoihle. en eSet. qu'ils se soient étodiés à afiîblir eux-mêmes notre puissance. Après les TÎetoires et les succès de Soffren, pOuvait-on s'attendre que le dernier traité de paix, qui devait aceroHre nos possessions et nos moyens de prospérilé, noDs plongerait pins avant dans l'avilissement et dans U<Jépend>nce?L'o ministre àgrnnde réputation, jn^ant penl-èlre Inî-mrme de la suWimili de ses lumières par les éloges de ses admirateurs, traita avec le plus habile négociateur de l'Angleterre, sans aucune notion des lieux, des hommes ni des choses et sans consulter les Français qui, ayant habité... n Econtez bien cela, mesc'est l'histoire de ce qui se passe pour Madagascar : a ... et commercé aux Indes, pouréclairer sur nos vrais intérêts ; aussi furcnl-

«nlièrement sacrifiés.

LES CREDITS. tt9

«c Après une telle ignominie, il ne manquait, pour combler notre honte, que d^abandonnor on pleine paix la seule place fortifiée que nous eussions en Asie, Pondichéry, le centre de tous nos établissements, une des plus belles villes des Européens dans THindoustan, peuplée de Français, et qui certainement, avec le double avantage de la liberté civile et de la liberté de commerce, .va devenir un entrepôt florissant.

« La postérité ne pourra pas le croire, et nous ne le croirions pas nous-niêmes aujourd'hui, si le fait n'était aussi récent...

« L'Asie, indignée de notre faiblesse, ne nous vit plus qu'avec mépris; l'Europe, ne pouvant pas croire à notre ignorance, y vit l'efifet de la trahison, sinon du ministre , au moins de ses coopérateurs. »

C'est ainsi, messieurs, et avec de semblables combinaisons, que la nation française, au lieu de s'élever vers les glorieuses destinées qui raltcndent, déclinait visiblement vers sa ruine. Mais, grâce à la Révolution, la scène a changé et le temps est passé où les intérêts les plus chers de l'État étaient à la merci des vices et des faiblesses d'un ministre. » [Très bien! Très bien!)

Voilà, messieurs, quelle fut l'impression des députés de la nation.

A ce moment, je le répète, la France était ou allait être alors envahie; nous allions avoir \\ faire

>W MftBUMSCAM.

Intff à tODte l'Earope lignée cuntre nous. Cepeu' daot, ils n'héritèrent pas, nos aioës.

El DiaîntcoaDt. messienr», U s'agit de savoir à Dous devons coo^naer à Madagascar la politique que nous y suivons depuis dix ans.

II s'agit de savoir si nous entendons évacuer la grande île ou y établir définitivement notre domination et conquérir a notre civilisation les tribus malgaches, en fécondant ces plaines superbes dont elles ignorent le prix, en exploitant les forêts et les mines, en excitant les populations au travail par notre exemple.

Il s'agit de savoir si nous allons demander enSn satisfaction de tant d'attentats commis, « protéger nos nationaux, faire respecter le drapeau ».

Le gouvernement a fait son devoir. [Très bien!}

Il nous demande de ratifier ses actes derniers >j Madagascar. Votre patriotisme vous dictera réponse. Et cette réponse sera conforme au voK unanime du 22 janvier, auquel a obéi le ministère- Elle sera conforme surtout au sentiment que nom avons tous ici de nos devoirs envers tous nos nati( naux, même les plus humbles, envers la Répi

bli

s la patrie, (^Applaudissements.)

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