CHAPITRE III
Saint-Laurent. — Avertissement. — Colonies.
Politique de sauvages. — Au ministre de la guerre.
Saint-Iiaurent ^
Rien de crispant comme les messieurs qui à perte de vue dissertent sur les choses qu'ils ig'norent.
Ils se sont voilé la face, sur cette déclaration du ministre qu'actuellement, et parmi les agitations et les crises traversées, le port de Tamatave fournit un transit d'un million dans un semestre!
On a voulu comprendre, ou Ton a compris que là se bornait l'importance du commerce de toute l'île.
Voici une statistique empruntée à un Anglais, le docteur Davidson.
1. Cet article et les suivants ont été. publics dans le journal la France,
UBCAJI.
A Tnnonarive on achète annuellement pour être ' cxpoi-lëa :
150000 cuirs de bœuf;
20000 cuirs de mouton;
8000U kilos de cnoulcliouc;
86000 kilos de cire vierge, recueillie dans les forêts ;
50000 kilos de café, etc. "
On y fabrique des tissus de soie, du chanvre, des bijoux d'or et d'argent sur modèles, de la coutellerie, de In poterie et le reste.
Que dire d'un pays où, dans la seule province de l'Imérina, on peut abattre 150000 bœufs dans une année?
Cette statistique du docteur anf^lais remonte à
Depuis, des plantations considérables de café ont été faites dans les environs de Tananarive, et
M. Rigaud
igaud, ingénieur français, qui i
igtemps
résidé a Tananarive, me disait encore tout récemment qu'une seule des plantations de café existantes devait donner un revenu net de 30000 francs par an.
A Tamatave a le mouvement commercial s'est effectué, en 1887, par 192 navires, et le chiffre du tonnage importé et exporté s'est élevé à 46000 tonnes».
Ces chiffres, dit M. Bonnemaison, à qui je les emprunte, ont été pris à la douane. II donne
ensuite la nomenclature des articles français les plus demandés.
Je ne saurais trop recommander la lecture de ce petit opuscule, qui n'a aucun caractère officiel. Il émane d'un homme qui habite Madagascar depuis trente-quatre ans et ne songe nullement a mourir des fièvres.
La seule petite île de Nossi-Vé (ne pas confondre avec Nossi-Bé), située sur la côte occidentale, a l'entrée de la baie de Saint- Augustin, importe une valeur de 700 000 francs et exporte 1 200 000 francs.
« Son climat, qui est le même que celui de Fort- Dauphin et de Sainte-Luce, sur la côte orientale, est tempéré, et des plus sains qu'on puisse trouver dans l'océan Indien. La vie y est des plus faciles, le poisson abonde dans les rivières, le gibier dans les plaines, les bœufs y viennent seuls dans les vallées, sans aucun soin. Les ministres français qui y ont lancé les Hovas ont commis une faute des plus graves, car si ceux-ci deviennent maîtres de cette île, les Français n'auront qu'à s'en retirer, comme ils ont dû le faire des divers points de la côte est donnés à des concessionnaires anglais. »
J'ai dit ailleurs que l'amiral Thomasset, dans un rapport officiel, énonce qu'avant 1885, le commerce de Madagascar avec l'Europe et l'Amérique sans parler de Zanzibar, la côte d'Afrique (Maurice, Réunion), était de 40 millions de francs.
• np«dilieiM lointaiao ■ Fnaçot» CAsehe.
ATWti iwe nient.
Oo M saurait Irop insister aar l'importance (jd'îI y » * relier entre «Iles et an continent nos
pfMsestioD'
de U
r des Indes
Si jamais cette nécpssitê fut démontrée, c'est an moment même où Ta se faire l'expédition de Madagascar.
Le gouveroement, tri-s large sur les autres crédits, n'a demandé que Irois millions pnor l'îasta^ laliun d'un câble entre Muzambiqae et Majaoga.
Les autres points resleroDl isolés.
1^ France n'a pas hésité a faire connaître ses appréhensions, qui sont partagées par tous les hommes au courant de la question.
Eh bien, ces iippréhensions sont absolument conlïiniées par les lettres qu'a portées le dernier courrier.
On écrit d'Anlsirane (Diégo-Suarez) :
<( Les Hoviis sont massés au sud d'Amboubémarina, au nombre de trois mille. Celle position a été renforcée. Ils ont des cfiiions et des mitrailleuses. Leurs fusils sont des Snyders, Il faudra un effort très sérieux pour s'emparer de cette position. Ici, il n'y n pas assez do monde pour cela,
cela, à j
APBES LE VOTE. 2U^7
moins de risquer un échec. II faut dire aussi que la batterie ne peut pas fonctionner au complot, faute de mules, qu'il n'y a point ici de bombes ou d'obus à la mclinite, etc. Les Ilovas mettent des postes sur divers points du territoire contesté.
« Poussez à. la roue, aussitôt la rupture connue, pour que le colonel P... soit envoyé sur la cote ouest, chez les Sakalaves. Vous savez ce qu'il vaut et ce qu'il peut.
(i Ici les pauvres tirailleurs sont mal payés : on prétend, paraît-il, à Paris, les traiter comme on traite les tirailleurs annamites.
« La situation n'est pas la même. On aura grand besoin de ces braves gens; il faudrait les habiller convenablement et les mettre à l'abri, pendant l'hivernage, des pneumonies auxquelles ils sont sujets.
« Antsirane est sur le qui-vive... Dès que la ville sera dégarnie des troupes qui sont ici, on pourra craindre certainement une attaque ù main armée... »
D'autre part, je reçois de Tamatavc de» lettre» où se trouvent énumérées les mêmes cniifites.
Dans cette ville, on avait appris la rupture dvn négociations et Ton se demandait à quand Touverture des hostilités.
« S'il faut attendre plusieurs mr>i« la marche Mur Tananarive, écrit-on, ce sera la condanuiatiori iltin colons à toutes sortes d'embarra» et de dan^r^rH,
car la question malgache ne peut se régler qu'à Tanaaarive. L'occupatioD de la côte aura simplement pour résultat de mettre le pays en étal de guerre, sans qu'il y ait réellement le moindre progrès pour notre action, car les Hovas ont l'ordre de se retrancher derrière leurs lignes, situées à quelques kilomètres dans l'intérieur.
u ..-La malle est arrivée ce matin; il y a à bord 150 hommes pour Diégo-Suarez, venant de la Réunion.
« Ainsi on ne prend aucune mesure pour la sécurité de Tamatave, 11 y a bien deux navires de guerre en rade, mais combien d'hommes pourrontils débarquer à l'occasion? »
Ce correspondant aurait pu ajouter qu'aussitdt les hostilités commencées, ces navires seront forcément appelés ailleurs et utilisés au transport des dépêches à Mahé (de Seychelles), Port-Louis (dt-
l'ile Mai
izibar et Mozambi
que.
Etvoilà à quelles conséquences on arrivera peutêtre, après avoir systématiquement exclu de tout ce qui regarde l'expédition de Madagascar, le Ministère des colonies si bien qualifié pour en parler et pour y prendre part.
Maintenant, le gouvernement est prévenu. Il lui appartient de prendre des mesures immédiates pour éviter, devant le pays et devant sa propre conscience, les responsabilités.
Colonies.
La constitution d'un Ministère des colonies impliquait évidemment le rattachement à ce ministère de tous les pays de protectorat.
La situation actuelle est singulière et anormale.
Notre protectorat de Tunisie ressortit aux affaires étrangères et ceux d'Indo-Chine et des Comores aux colonies.
A Madagascar, c'est mieux; une partie du pays dépend du quai d'Orsay et l'autre du pavillon de Flore. Brochant sur le' tout, il y avait la rue Royale : depuis quelques jours le ministère de la guerre est prépondérant, mettant la main sur tout l'effectif de la future campagne et disant pour commencer : prenez mon.... général en chef.
Je ne parle que pour mémoire du Ministère des finances.
Ce n'est plus un dualisme de pouvoirs : il faut inventer un mot pour qualifier la situation faite à la plupart de nos colonies et il faut plaindre les administrateurs chargés d'exécuter des instructions forcément contradictoires.
Pris entre l'enclume et le marteau, que pourra faire le plus souvent l'infortuné gouverneur?
Et quand il aura, nautonier habile, navigué durant des semaines parmi tant d'écueils, ne finira-
t-îl pns nécesssairement par aborder le réci plonger
Au parlement est un parti hostile à l'expaDaion coloniale : il ce faudrait cependant pas fournir des arguments à l'appui d'une thèse, il est vrai, pas neuve, dont les premiers apôtres en France furent les Louis \V ut les Dubois, qui fut soutenue non sans éloquence durant toute la période de conquête de l'Algérie et qu'on a entendue récemment
L Chambre ,
de Mada-
développei gascar.
Je n'ignore pas qu'a côté de quelqui adversaires, se trouvent bon nombre de députés n'ayant vu, en cette dernière occurrence, qu'une occasion de faire pièce au gouvernement. Raison de plus pour ne pas préparer la plate-forme de leur opposition.
Le fait est étrange, mais c'est un fait ; à l'heure où toutes les nations européennes s'épandent à l'extérieur, ofi nous perdons chaque année plus de vingt mille Français qui vont s'expatriant vers Rio de Janeiro ou ailleurs, d'autres Français — des mieux qualifiés, puisqu'ils représentent la nation — voudraient nous faire cuire dans ce jus auquel Ernest Picard prétendait condamner les Parisiens.
Rien ne change, l'histoire recommence, on revit l'histoire.
Il y a un peu plus de cent ans Barnave constatait à l'Assemblée nationale la présence de « per-
sonnes qui mettent en question Futilité des colo-nies et du commerce extérieur ».
Et, après avoir énergiquement combattu des théories néfastes, il concluait :
(( Il s'agit de savoir surtout, si, dans la position où nous sommes, engagés dans une révolution dont l'accomplissement assure à jamais la gloire et la prospérité de la nation française, et dont la chute la plongerait dans un abîme de maux, cette secousse violente ne présenterait pas le plus redoutable des écueils; si la situation de nos finances n'en éprouverait pas une atteinte sans remède; si la force des mécontents ne s'en accroîtrait pas hors de toute proportion; si enfin la Constitution, qui pourrait seule avec le temps réparer ces grandes calamités, n'en serait pas elle-même renversée.
« Quand on voudra considérer la question sous ces points de vue, elle ne présentera plus de doute ; on sentira qu'il faut, avant tout, prévenir les maux qui nous menacent de plus près, et, que toutes les autres spéculations deviennent étrangères quand il s'agit de l'intérêt sacré de la Révolution et de la destinée de plusieurs millions de Français attachés à la prospérité de notre commerce, à la possession de nos colonies.
« Ce serait, en effet, le fruit d'une grande ignorance ou d'une étrange mauvaise foi, que de prétendre séparer la prospérité du commerce national de la possession de nos colonies.
« Non sculomcnt dles formeiit la portion la plus vuDsitld^rablc de nos rcIutioDS maritimes et extérieures, mais la valeur de nos productions, l'acti' vit^ df nos mariufacturcs, nos transports, i^cliaii^s intérieurs, sont, en jjrande partie, 1' de nos rapports avec elles...
« Akuiittoiiiiei'. 1rs colonies, et ces sources pmspi^nté vont disparaitre an décrnitre.
a Abandonnes les colonies, et vous recevrez, à ijntnds frais, des i^traugers ce qu'ils achètent aujourd'hui de vous.
(I Abandauncx vos colonies au moment oii vosétabli»svuii'nls sont fondés sur leur possession, et la langueur succède il l'activité, la langueur à Tabonditnci.' : une foule d'ouvriers, de citoyens utiles et luborioux, passent subitement d'un état aisé h la situation la plus di'plorable.
« Enfin l'agriculture «t les Guaiices sont frapp< dit d^sastrt; qu'éprouvent le commerce et les mai factures.
« El couibiou ue serait-il pas facile en portant loin ses rrf^rds, d'établir la liaison de ce' branche de notre commerce avec toutes ses autres (larties, avec notre cxistcuce maritime, avec le t^mo g^u^rnl dos puissances curopt'enoes
« Il est puéril de dissimuler ce que personne n'ignore. I.e enmmerrc de nos colonies et toutes les branches de navigation qu'il met en ment sont l'école et la pépinière de nos mal
cette
sj-s-
APRÈS LE VOTE. 8'l3
« Nous n'avons point, comme nos voisins, pour former des matelots, un cabotage intérieur entretenu par les côtes des deux grandes îles et leurs continuelles relations, d'importantes pêcheries, des possessions immenses dans les Grandes Indos^ un commerce établi dans la Baltique.
« Presque toute notre navigation, dans le moment où nous sommes, est l'effet médiat ou immédiat de la possession de nos colonies.
(( De là, je conclus qu'en les abandonnant, nous perdrions les moyens de former et d'occuper, pendant la paix, le nombre des matelots nécessaire pour soutenir nos forces navales pendant la guerre. Dès lors, non seulement les produit» du commerce qui nous resterait seraient sans aucune pro« portion avec les frais de la marine militaire, nécessaire pour le protéger, mais il nous deviendrait même impossible d'entretenir cette marine.
« Réduits sur toutes les mers à l'impuissance do faire respecter notre pavillon, nous verrions nos relations avec le Levant et toutes celles qui pourraient exister ailleurs, successivement nous échapper, et toute espèce de commerce maritime cesserait d'exister pour nous.
a Dès lors, les proportions de forces seraient changées entre les autres puissances. Les Anghiis acquerraient sur toutes les mers une supériorité sans obstacle... »
Il faut bien arrêter cette citation^ malgré le désir
qui! j'aurais de tnontrer l'orutcur annonçiint U dccUn fatal de l'Espagne, sans colonies, aioiti que l'exorbitante extension de l'Angleterre maritime el coloniale.
Politique ds sauvages.
C'est ainsi qoe, dnns la discussioa des crédits au Si-D.it, un orateur caractérisait la politique suivie par la France à Madagascar, depuis 1885.
Et il ajoutait :
H Je volerais les crédits nécessaires pour une expédition que je croîs populaire dans le pays, ii condition que l'on fasse un effort décisif, Mais ce qui m'inquiète, c'est le lendemain.
« Le sang fraui;ais sera-l-il versé utilement?
M On dit qu'on organisera un protectorat. C'est là un mot bien vague.
« Il faut en finir avec cette politique de sauvages, qui est inspirée, vous le savez, par des gens très civilisés. »
Durant que M. de Lamarzelle, au Sénat, tenait ce langage, au même moment, à la Chambre, M. Camille Pelletan tonnait contre la politique coloniale, qui, selon lui, coûte à la France beaucoup plus cher — pécuniairement parlant — «jue
l'Angleterre ne dépense pour son immense empire colonial.
Pour un peu nous aurions entendu, parmi les chiffres énumérés avec verve par M. Pelletan, la fantastique énonciation des sommes que Tlnde paye à Sa Très Gracieuse Majesté pour avoir l'honneur de lui fournir des millions de sujets fidèles. — Fantasmagorie des nombres!
Eh bien, je l'avoue : si nous devions faire ces gros sacrifices en argent et en hommes afin de maintenir à Madagascar le protectorat suivant le cœur de Tamiral Miot et de quelques autres, oui, je ferais comme M. Pelletan, quoique pour d'autres motifs, et je m'élèverais contre cette politique anti-coloniale et anti-française.
Que fera-t-on le lendemain? Telle est bien la question qu'il importera de résoudre.
Il n'était peut-être pas opportun cependant de l'agiter dans le Parlement, à l'heure même où se décide une expédition tendant à châtier les traîtres Hovas et à tirer vengeance des attentats dont nos nationaux ont été victimes; mais qui l'a voulu, si ce n'est ceux qui, en même temps qu'ils demandent ou défendent les crédits, nous parlent encore du maintien du protectorat?
Que sont ces précautions oratoires, ces circonlocutions, ces réticences dont on entoure cette affaire et contre laquelle M. de Lamarzelle a protesté avec raison ?
MA HAItAGABCMl.
Won nous îrioDS là-bas pour maintenir uf truite honteux, qui a rofiinté de toutes pièces \. situation dont nous souiTroiis?
Alors c'est le protectorat de 1885, avec sans doute la lettre PatrimoDio-Miot comme commentaire ofDcieux ou officiel, que l'on va essayer de ressusciter?
Renonces plutôt à Madagascar, abandoDoez nos nationaux, congratulez les Uovas.
Or a mis la sigoalure de la France au bas d'un instrument dïplomatitjue, qui est la négation de tons DOS droits.
Nous l'avons respecté, nous, mais nous seuls. Ei c'est cela que vous entendez maintenir quand les Hovas, après avoir déchiré le pacte, après en avoir violé toutes les cl;iuscs, après avoir insulté la France, élèvent encore les plus ridicules prétentions.
Il ne manquera plus que de recommander à nos soldats de se laisser battre, comme on l'a l'ait à Farafate.
C'est odieux à la fin.
Personne ne comprendra en France ni a l'étranger qu'au moment où nous partons en guerre, nous prenions comme des précautions contre nous-mêmes.
A qui veut-on donner de» gages?
Que médite-t-on encore, pendant que des Français, allés là-bas sur la foi de vos promesses.
de VOS invitations réitérées , attendent pour savoir s'ils ne sont pas décidément condamnés, autre chose que des discours et des votes, mais des actes enfin.
On vote l'expédition, mais on voudrait bien ne pas la faire.
On est comme ces poltrons qui, forcés d'aller sur le terrain, regardent tout le temps en arrière, espérant toujours voir apparaître la main, la bienheureuse main, qui arrêtera tout.
Deux sentiments s'emparent de vous — dit un écrivain contemporain — l'un d'admiration, en songeant aux luttes soutenues dans la mer des Indes par tant de Français héroïques pour l'honneur du nom français; l'autre de haine et de mépris pour les jalousies bureaucratiques, qui ont fait échouer au profit des Anglais les projets de ces hommes qui voulaient doter la France d'un empire oriental.
Il n'y a pas que les jalousies bureaucratiques : il y a « la politique des sauvages, inspirée par des gens très civilisés ».
Il y a la politique qui consiste à donner et à retenir — a faire et à ne pas faire — à mettre au vent une flamberge soigneusement émoussée, à dire aux Anglais et aux Hovas : soyez paisibles, c'est pour la forme.
Cette politique a un nom : trahison.
A M. le Ministre de la gnerre.
Vous avez dt^siré conserver la haute direction de l'expédition de Madagascar.
C'est à l'armée de terre qu'on a demandé le général en chef et l'état-major du corps expéditionnaire, à l'exclusion de celte infanterie de ' marine qui compte tant d'officiers généraux et d'officiers supérieurs du plus haut mérite, rompus aux guerres de l'Afrique, bronzés et brûlés par le soleil tropical, ayant payé leur tribut aux fièvres et il la dysenterie — aussi aptes k tenir tète aux trahisons de climats dissimulant leur inclémence ■ sous le vaste pavillon d'un ciel toujours bleu qu'habiles à triompher des embûches des sau-
Ceux que vous avez choisis, intrépides, héroïques, rivalisent de courage et d'énergie avec leurs émules de la marine. L'endurance, née de la volonté de l'homme, ils l'auront au plus haut point.
Puissent-ils résister aux pays dont ils sont impatients de faire le redoutable apprentissage.
Ils seront deux fois vainqueurs et nous doublement fiers, doublement heureux.
Au reste, monsieur le Ministre, votre département aura tout prévu, dans la sagesse d'une orga-
nisation non improvisée — au contraire de longue date préparée sur le terrain même.
La campagne a été méthodiquement étudiée par des officiers de mérite, très au courant du pays et des habitants. Il n'y aura pas d'à-coups, rien ne sera livré au hasard, la fatalité seule pourrait faire naître des impedimenta presque improbables.
Et pourvu que nos soldats soient abondamment pourvus de cette manne inappréciable,* que nos explorateurs invoquent sous le vocable de « Sainte- Quininè », nous avons lieu de compter sur une marche — je ne dirai pas triomphale, le mot serait bien gros — mais victorieuse, jusqu'à Tananarive.
Vous avez même poussé votre paternelle prévoyance — si j'en crois les journaux — jusqu'à envoyer une mission, composée d'officiers supérieurs de la plus haute compétence, à la recherche d'un sanatorium dans la mer des Indes, soit à l'île de la Réunion, soit à Diégo-Suarez.
On ne saurait trop louer pareille exploration. Pourtant une incertitude me vient. Etait-elle donc bien nécessaire cette mission?
Je ne me permettrais pas de dire que vous auriez pu consulter de simples mortels comme les vieux colons, non fonctionnaires, qui résident à Paris, presque sous votre main.
Mais au défaut de ceux-ci, qui ne pouvaient prétendre à cet honneur — n'étant que de simples
TtàBàGA6CA.m.
civils — il était pa>«ibl«^ de demaoder, snr question* particu livres, d'utiles avis » vos colline» de U marine et des colonies. Ils nus oamienl répondu, enseignés par une longue expérience, in'à Dîégo-Suarez se trooTe le sanaloriam de la Montagne-d'Amtirc, admirablement situi! â 1000 ou 121)*) mètres d'altitude, an miliea d'une forêt de beaux arbres, près d'un cours d'ean, climat encbanteur et réparateur, (juî guérit en quelques joors les fiêrvres les plus rebelles. Excusez celte formule de prospectus, qui est peut-être d'occasion à cette heure de l'année où lec prospectus a1)ondent.
Us auraient ajouté que non loin de là, dans l'ib de la Réunion, se trouve cette pittoresque vallée de Hell-Bourg, h Salazie, aupied du Piton des Neiges, oii sont les sources minérales si renommées, où il fait froid, même en décembre — qui est l'époque des fortes chaleurs dans cette Ile extraordinaire. 11 s'y trouve un hôpital considérable, auquel ont été adjointes des baraques en grand nombre, qui servirent aux soldats revenus de Madagascar en 1884 et 1885.
Et encore Cilaos, aux sources chaudes, où les rhumatisants guérissent vite.
Et la plaine des Palmistes, où est uue eau comparable h celle de Saint-Galmier pour la douceur, plus active et plus riche quant aux principes qu'élite contient; et la plaine des Cafres, point culminant
de Tîle : deux magnifiques plateaux, où Ton jouit du climat de la France, où les administrations militaires demandaient tout récemment encore d'installer une convalescence.
L'accès n'est pas difficile de tous ces lieux qui donnent la santé, rendent la vie : le chemin de fer d'abord, les plus belles routes du monde ensuite, y conduisent rapidement, sauf à Cilaos, qui n'est pas encore desservi, mais qui ne tardera pas a l'être.
Tels sont les renseignements que, sans déplacer de si hauts personnages, vous auriez pu obtenir de votre collègue de la marine et plus particulièrement de votre collègue des colonies.
On vous aurait fait observer aussi, monsieur le Ministre, que c'est grande imprudence d^acheter en France des mulets destinés à l'expédition de Madagascar. Pauvres bêtes, non acclimatées, robustes, vaillantes, fortes et lourdes : elles succomberont vite et nous, ici, nous dirons : « Encore Madagascar! »
Elles succomberont parce qu'elles ne sont pas nées pour servir, avant une très longue acclimatation, dans le pays où on les envoie.
Même les petites mules que l'île de la Réunion et l'île Maurice tirent en si grand nombre de l'Abyssinie et de Buenos-Ayres, pour le transport aux usines des cannes à sucre — vives, alertes, sauvages, se contentant des grains et des herbes
V,i XAOXCAKMM.
da pa^R. accoutumées è toutes les întctop^es" ' mi^inr c*» petites mulvs-là, il lenr faut, pour êU* ulilisérs et réBÛIcr, no temps de prêparattoa (' d'flCctiRiaUtioD.
Jft me permets de Totis écrire cela, monsieur Ifi ministre, parce que j'ai vu ce matin encore, dans pluftSears joarnaux d'ordinaire bien informés, que doK ordres Hcruntdoaaés pour d'importants achats: et je me euis dit <ju'il n'est jamais trop tard pour donner un bon avis.
A la Réunion et à Maarice voas trouverez ce qu'il vous faut, à un prix sensiblement moindre, et sons ce rapport du moins, le snecès de la campagne sera aatiavé.
Ht si, (ivec ces notables économies, il vous reste [piRlqnc nrgetit sur les 65 millions, vous pourrie: pdut-^tre vous occuper de relier à Majunga, par un tékgruphe sous-marin, vos garnisons qui, isolées h Diego-Sujuez, Foulpointc, Vohémar, Fort-Oiiupliin, Ttiltiar, Tamatave et ailleurs, offriront nuK coups de l'ennemi bon nombre de ces ratiiiMix « petits paquets » dont on mène si grand bruit di-puis quelque temps et que l'on va peuti^lrc. SI personne n'y prend garde, reconstituer et espncor le long de la ciJte de la Grande lie.