‹ La France a RomeChapitre 121 sur 177 · LA VILLE DES PAPES · texte numérisé non relu

LA VILLE DES PAPES

Que béni soit le jour où de la lèvre humaine^ Dont le Verbe de Dieu se fit un instrument,

Une parole souveraine

Gréa le divin Fondement, L'indéfectible Appui, la Pierre inébranlable.

Par qui l'Eglise inexpugnable Doit briser de l'Enfer l'impuissante fureur.

0 Parole de vie, ô Verbe impérissable, Vraiment digne de vous, Seigneur !

Que n'entamera point la plume empoisonnée^ Le grincement de dents de la baine acharnée, Le baiser des Judas ou le fer du bourreau !

Dix-huit siècles passés, Verbe toujours nouveau, Dont la vigueur, que rien ne suspend ou n'altère^,

A son joug a plié la mort.

Et fait bientôt de Dieu resplendir le Vicaire Sur la tombe où de Dieu le Vicaire s'endort.

Œuvres de l'homme, à qui l'on prodigue la gloire.

Filles de ses hardis labeurs ; Prodiges enfantés, tout armés de splendeurs,

Sous les éclairs de la victoire, Ou mûris lentement au soleil de la paix; Fiéres créations, retentissants bienfaits ; Vous que, pour asservir l'espace et la durée. Tout le génie humain a trempés de son feu, Venez vous mesurer à l'œuvre que mon Dieu

D'un mot de sa bouche a créée !

Du Vicaire de Dieu cherchons dans le passé La figure apparue et le sillon tracé ! Il fît croître et mûrir sur le cloaque immonde, Où dans un air mortel, les peuples du vieux monde, Affaissés et vaincus, tombaient ensevelis, Des gerbes pour le Ciel et des moissons de lis. Dans le sein de la nuit quand se heurtaient les armes, Et se mêlaient les cris et le sang et les larmes. Et que le tourbillon des barbares du Nord Roulait sur fOccident l'incendie et la mort. Des horreurs du combat et de la barbarie Il fit sortir la paix, la lumière et la vie. Dix-neuf siècles l'ont vu, roi, pontife, docteur. Des serviteurs de Dieu toujours le serviteur, Se pencher vers l'esclave étendu sur la terre, Le porter dans ses bras et lui dire : « Mon frère! » Offrir à l'infortune un cœur où s'appuyer, la menace un front qui ne sait pas ployer;

Debout, toujours armé de la crosse de Pierre, Du mensonge orgueilleux briser la tête altiére ; Faire germer l'amour, fleurir la liberté; Du pain de la justice et de la vérité Nourrir les nations, diviniser le monde; Et, que le soleil brille ou que Forage gronde, A l'avant du vaisseau, calme, fort, radieux, Emporter avec lui son peuple vers les Gieux.

Parfois, aux premières lueurs D'un jour qui s'annonçait tout paré de splendeurs,

De pâles et lourdes nuées.

Sur le flanc des vallons vagues amoncelées, Montent, montent encore, et lentement roulées. Entre la terre verte et notre ciel d'azur

Jettent les plis d'un voile obscur.

Sous ce manteau de deuil, quel frisson ! quel silence ! Où donc le gai matin, tout baigné d'espérance ?

Oii donc le roi brillant du jour.

Dont la fleur et l'oiseau saluaient le retour?

Serait-il vaincu par les ombres ? Ses feux céderont-ils devant ces voiles sombres? Attendez ! attendez ! L'astre victorieux

De lumière inonde les deux ; Ardent, il fait pleuvoir ses gerbes enflammées, Et des lacs endormis les épaisses fumées

A ces traits ont fondu soudain, Et dans le firmament il briUe en souverain;

Notre terre, toute ravie, Boit, avec ses rayons, l'allégresse et la vie.

Ainsi monlent, aux jours mauvais,

Des flois, encor des flots de nuages épaiSj,

Pour noyer, sous leur masse immonde, Le soleil qui de Rome illumine le monde. De la nuit sans espoir la froide obscurité Lentement s'épaissit ; d'un peuple épouvanté

Ont frissonné toutes les âmes.

Mais soudain voyez quelles flammes !

De ses flèches de feu le soleil du Seigneur Frappe à coups redoublés le nuage menteur

Qui croule comme une poussière.

Toute couverte de lumière,

— Puissante et douce vision ! — Rome, phare divin, rayonne à l'horizon;

Des torrents de sève divine Font vivre et tressaillir le monde qui s'inchne.

Au long cantique des douleurs, Chrétiens, nous mêlerons des hymnes de victoire^ La route que Pie Neuf arrosait de ses pleurs Est le royal chemin qui conduit à la gloire. Un jour le Christ Jésus, son Seigneur immortel.

Fit retentir cette promesse :

« Que vienne le moment, entre tous solennel, » Où, cloué sur le bois, vers le Ciel je me dresse^

» Et j'attirerai tout à moi. »

Ennemis de Pie Neuf, insulteurs de la foi, Entraînant de Jésus le glorieux Vicaire, Dont les larmes tombaient goutte à goutte sur vous, Vous l'avez fait monter sur un nouveau Calvaire :

« Les clous ! qu'on apporte les clous !

» Aiguisez le fer de la lance!

» Sous le Ciel impuissant que la Croix se balance !

» Triomphe, compagnons! Hourrah! dressez la Croix !^

Nos regards se tournaient aux clameurs de ces voix,

Et cherchaient, à travers des tempêles d'outrage,

Du Vieillard conspué le vénéré visage.

Pie Neuf,, était en Croix, les bras tendus au Ciel ;

Et déjàUes bourreaux de vinaigre et de fiel

L'avaient rassasié. Votre œuvre est-elle faite,

0 race de Caïn ? La victoire complète ?

Mais quoi ? Du Vatican quelle splendeur a lui ?

Le Vieillard sur la Croix attire tout à lui !

Deux fois, sous tous les cieux et sur toutes les plages.

Des profonds continents et des lointains rivages,

Du sein de cent peuples divers, Par les routes de feu, sur la vague des mers, Vers les monts où Pie Neuf fatigue la souffrance.. Vive Dieu! voici que s'élance Tout un monde de pèlerins.

De soldats et de fils innombrables essaims. Réchauffés et bénis sur le cœur de leur père; Ils ont en un Thabor transformé son Calvaire. Laissez donc, ô lutteur si vaillant et si doux, Les soldats de l'Enfer gronder autour de vous»

Pour élever une barrière Qui rompe les efforts du Monstre frémissant. Vos enfants, avec leur prière, Ont jeté leur or et leur sang.

Glorieux souvenir qui protège sa vie !

Le Pontife éprouvé, que l'orage battait^

A la couronne de Marie Attacha de sa main le fleuron qui manquai L

Il va de son labeur consommer les miracles : Des Évêques bientôt les saintes légions Volent à ses côtés, et sur les nations L'Eglise par sa voix jettera des oracles.

De tes blancs pavillons que j'aime la beauté, 0 Jacob ! Israël, que tes tentes sont belles î Du Ciel est descendu l'Esprit de vérité, La céleste colombe a secoué ses ailes.

0 portes du Cénacle, ouvrez-vous avec bruit! Debout, peuples et rois, debout! c'est la Parole, C'est l'Amour, c'est le Feu, qui s'étend et qui vole Où triomphe le froid, où s'épaissit la nuit. Lumière au cœur soumis, foudre pour le rebelle, L'éclair étincelant sur le monde a passé : Béni soit Dieu ! Voici le monde qui chancelle Sur ses fondements replacé.

Mais pourquoi, lyre sainte, à ces chants d'allégresse

Mêler des paroles d'efFroi?

De l'espérance en vain la douce voix me presse ;

Je pleure et tremble malgré moi.

Hélas î hélas ! le sang dans mes veines se glace;

Et j'en appelle à Vous, Seigneur!

Contre Rome j'entends éclater la menace,

Et rugir l'ignoble fureur.

Quelle foule, grand Dieu ! qui tourbillonne et gronde,

De tous peuples et de tout rang !

0 jour épouvantable où cette tourbe immonde,

Ivre de mensonge et de sang.

Foulant et piétinant notre Rome sacrée^

De ses fanges la souillera !

Où sur l'auguste proie, à des bourreaux livrée,

L'Enfer tout entier bondira !

Aux atroces fureurs des enfers et de l'homme — Dieu du Ciel, pardonnez ! — Yoir abandonner Piome! Rome ! astre vers lequel j'appris, avec amour^ A tourner mes regards à peine ouverts au jour; Rome ! entre les cités la cité sans rivale, De l'univers chrétien parure virginale ; Rome! ville de Dieu, le séjour révéré Au Vicaire du Christ dix siècles préparé ; Rome î du monde entier et le cœur et la tête, Soleil des jours sereins, phare dans la tempête ; Rome ! qui nous a pris, pour cimenter ses murs, De sueur et de sang les torrents les plus purs ; Rome ! de noire foi monumentale histoire Qui chante ses douleurs, ses combats, sa victoire; Rome I que tout le Ciel peupla de souvenirs, Le berceau des docteurs, l'arène des martyrs; Rome! où le sang versé pour la foi catholique De chaque grain de terre a fait une relique; Rome! à nos ennemis qu'il sufíìt de montrer Dans la poudre aussitôt pour les faire rentrer; Rome! notre trésor, notre orgueil, notre joie! Non, quelque châtiment que le Ciel nous envoie. A ses fils bien-aimés, non, jamais le Seigneur Ne voudrait infliger cette immense douleur!

Seigneur ! d'enthousiasme et d'espoir je tressaille/ 0 France de Glovis, en un jour de bataille Par Dieu même créée! A l'appel de sa voix Toi qui bondis soudain, emportant, à la fois, La douceur de l'agneau des ondes baptismales, Et des champs du combat les ardeurs martiales ! France de Gharlemagne, au cœur mâle, à l'œil fier, Aux fortes mains de qui brille et frémit le fer, Que Dieu fait flamboyer aux portes de la terre, Héritage sacré de son royal Vicaire !

France de Godefroid, France de saint Louis, L'orgueil et la stupeur des peuples éblouis, Vers le tombeau du Christ, sous la croix rayonnante, Au cri de Dieio le veut ! qui t'élançais ardente, Et, sous ton pas fougueux, ébranlas l'Orient, L'âme en feu, le cœur haut, et le front souriant ! A tes robustes flancs sonne toujours l'épée, Et l'âme des aïeux ne sera point trompée ; Tu ne livreras pas Rome ni son grand Roi, J'en jure par ta gloire et ton cœur et ta foi !

Auguste AIGUEPERSE.

Petit séininaire de Servières .

(OlOCàSE DE tulle).

JE VOÜDRMS ffOI LAURIER FAIRE HOMMAGE A MA MÈRE

Dâliée à M. le Corale de Fonlgebaud, du Conseil gt'néral de la Manche

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