‹ La France a RomeChapitre 134 sur 177 · A S. S. PIE IX · texte numérisé non relu

A S. S. PIE IX

iEdifìcavit turrira in medlo ejus.

Isaïe, V, 1.

Cùrn cadet et Roma, tùtn cadet et mundus, Beda.

J'irai la. voir un jour la ville aux sept collines : Oui, sous ton ciel d'azur je veux te contempler, Veuve immortelle, assise au sein de tes ruines Que tant de souvenirs pour moi vont repeupler. Rome ! dans ton passé quand je remonte en rêve, Un peuple de Brutus et de Césars se lève ; Il se lève, et longtemps j'aime à suivre des yeux Le cortège sans fin de tes illustres ombres Qui passe et lentement, sous tes portiques sombres, Se déroule silencieux.

Quelle fauve nourrice en son antre sauvage Lèche un groupe enfantin qui se joue à ses flancs? Voyez-vous une vierge au sein d'un vert bocage Sourire avec mystère au sage en cheveux blancs?

Place aux grands citoyens, à ces rois populaires Que précède l'orgueil des faisceaux consulaires ! Le premier, libre encore en des murs envahis, Juge, envoie à la mort des fils qu'il désavoue ; Un autre, plus heureux, lui-même se dévoue, Fier de mourir pour son pays.

Fils de la pauvreté, qui laboures la terre, Tu vas vaincre pour Rome, et, l'ennemi chassé, Tu reviens triomphant au champ héréditaire Reprendre le sillon où tu l'avais laissé. La Victoire sourit, quand elle te ramène, Surprise de te rendre à ton étroit domaine. 0 mœurs! ô siècle d'or! ô grand Gincinnatus! L'homme dégénéré ne sait plus vous comprendre : A votre exemple, heureux si nous pouvions apprendre Vos patriotiques vertus 1

Et toi qu'admire tant ce Pyrrhus que tu braves, Fabrice! tu sais vaincre et ne sais pas haïr. Fait pour leur commander, laisse l'or aux esclavesj Et rends l'ami perfide au roi qu'il vient trahir ! Va! le soleil plutôt reviendrait en arrière Qu'il ne verrait tes pas faillir dans ta carrière. Salut, nobles vieillards, sur vos sièges mourant ! Est-ce un congrès de rois réuni dans un temple ? S'écrie avec respect l'étranger qui contemple Les sénateurs délibérant!

Non, c'est du sort des rois un peuple qui décide Et d'un œil dédaigneux voit les trônes vacants. Mais pourquoi, fiers rivaux, cette lutte homicide Où l'univers armé se partage en deux camps? Esclave, par pitié du moins un peu de sable Sur le tronc du vaincu, débris méconnaissable Que le seul ñot des mers d' écume va couvrir ! César vient, voit, triomphe, et la terre tremblante Se tait. — Ah ! reployez cette robe sanglante Dont il s'est voilé pour mourir !

Du peuple Gicéron n'est-il donc plus le père ? Brutus en succombant doute de la vertu I Quoi! même de Gaton l'âme qui désespère Abandonne le monde avant elle abattu !

N'entends-je pas les sons d'une ûùte champêtre ? C'est Virgile quittant le troupeau qu'il fait paître. Ovide va se plaindre aux rivages lointains. Sous le blanc peuplier que Blandusie arrose, Horace rêve et chante, effeuillant une rose Moins durable que ses festins.

Rome, pour la débauche as-tu conquis le monde ? Le vil gladiateur que tu fais égorger, Le barbare, indigné de ton orgie immonde, Te salue, appelant ses fils pour le venger. Des quatre vents du ciel la haine les rassemble : Ils marchent; sous leurs pas ton Capitole tremble.

Va-t-il à leur fureur satisfaire en tombant. Gomme tant de cités, inconsolables veuves. Et que le voyageur sur les bords de leurs ñeuves Ne trouve plus en se courbant?

Tu ne périras pas comme tes sœurs d'Asie : Quelle faveur plutôt va descendre sur toi! Il vient de l'Orient l'époux qui t'a choisie, Le père glorieux d'un autre peuple-roi.

D'innombrables enfants, ô Mère bien-aimée ! Ton règne s'agrandit, ta gloire transformée D'un domaine plus beau t'ouvre les régions ; Ta main en bénissant doit courber plus de têtes Et faire avec la Croix de plus vastes conquêtes Qu'avec le fer des légions.

Quand sur le peuple ailé l'aigle a conquis l'empire, Le regard vers le point où le soleil a lui, Impatient, il cède à l'instinct qui l'inspire. Et plonge au sein des cieux qui s'abaissent sur lui. Il monte, et, dans l'azur des célestes parages. Elève son audace au-dessus des orages, Et là, roi de l'espace et de l'immensité. Sur le monde qui tourne, immobile, il domine, Et son œil réfléchit l'astre qui l'illumine En longues gerbes de clarté.

Telle s'ouvre sans fin ta sphère magnifique ; L'univers est le temple, et le trône est l'autel Où, Fencens à la main, monte un roi pacifique. Mystérieuse voie entrevue à Béthel, Par toi je vois la terre et le ciel correspondre ; Oui ! je crois à l'oracle où Dieu daigne répondre, Et j'embrasse la chaîne aux anneaux éclatants Qui reflète d'en haut la splendeur qui l'inonde, Et, phare universel suspendu sur le monde, Illumine la nuit des temps.

Reine, aux pures clartés dont brille ta couronne, D'où viennent ces tribus, ces peuples pèlerins, Tous ces rois dont l'orgueil humblement t'environne A toi les nations avec les souverains ! Tu n'enchaînais jadis que leurs vaines images, Aujourd'hui les voilà t'apportant leurs hommages! Vois Attila qu'arrête un regard de Léon! Vois, tour à tour ployant le genou dans ta poudre, Inclinés par la grâce ou courbés par la foudre, Gharlemagne et Napoléon!

L'un sur l'autre abattus que les empires croulent ! Les siècles devant toi s'arrêtent en passant, Et, lorsque sous ses coups tant de poussières roulent» Le temps vient à tes pieds expirer impuissant. Tel, si le vent de feu des horizons numides Soulève le désert autour des pyramides,

Le simoun gronde et monte à flots tumultueux ; Mais, quand l'épais nuage enfin retombe et passe^ Le front des monuments reparaît, dans l'espace. Immobile et majestueux.

Tel est de ta grandeur l'indélébile emblème. Pavillon de granit dans le ciel suspendu, Ce dôme qu'on dirait lancé par Dieu lui-même. Et qu'aidé par la foi Michel-Ange a tendu ; Colonne qui soutient le monde sur l'abîme. Sur le fleuve du temps elle est l'arche sublime, L'arche où, sans l'ébranler, les âges passeront ; Car, debout au milieu d'incessantes ruines. Elle ne tremblera sur ses bases divines Qu'au jour où les cieux trembleront.

Page 1