LE DENIER DE SAINT-PIERRE
0 Christ ! il est donc vrai, l'audace sacrilège A déchiré ta pourpre et renié tes droits ! Elle a pu mutiler les Etats du Saint-Siège, Les prendre et les garder, à la face des rois !
On a dressé la croix, et le cri du blasphème A dit : Rome ou la mort ! Par un moyen nouveau Desséchons son trésor, de la Papauté même Mieux qu'un glaive la faim creusera le tombeau.
Non, vous n'aurez point cette tombe.
C'est ton oracle, ô Vérité !
« Qui la creuse, lui-même y tombe » Par le Dieu vengeur emporté. >»
La justice à la fin se lève ; Tourbe ! quand ton audace rêve Et convoite un dernier lambeau.
De colère s'emplit ta coupe ; Prends garde, Dieu même découpe Un suaire dans ton manteau.
Il a revêtu sa puissance,
Il a levé son bouclier ;
Il a dit à sa Providence :
« Vole aux combats comme un guerrier.
« Quand l'iniquité me dépouille,
« De la scorie et de la rouille
» Je fais jaillir l'or sous mes pas ;
» A moi la gloire et le miracle I
» Mon bras triomphe par l'obstacle,
» Non, l'enfer ne prévaudra pas. »
A sa voix, une sainte Aumône Immense comme l'Océan, Couvre l'autel, soutient le trône.
Et conserve le Vatican.
Le monde émerveillé regarde ; A toute heure elle fait la garde Autour du Pontife immortel, Par son élan, par ses prestiges Rappelant les anciens prodiges Qui combattaient pour Israël.
Rome a revu l'ange de Pierre
Messager de la liberté
De ses mains vidant l'aumônière
Au trésor de la Papauté ;
De vils geôhers bravant la haine,
Il rompt les gonds, brise la chaîne
Qui devait asservir la foi, Et par Fobole et sa merveille Montre à la terre qu'un Dieu veille Au salut du Pontife-Roi.
Courage ! que les dons jaillissent Plus féconds, plus nombreux encor !
Qu'ils s'épandent et réjouissent Le cœur de Pierre et son trésor I C'est ta puissance, ô Sainte Eglise, Tu tiens la vergé de Moïse, Frappe encor, frappe le rocher; A flots d'amour déverse l'onde, La nappe limpide et profonde Ne demande qu'à s'épancher.
Frappe, et remplis l'urne épuisée
Aux mains du grand-prêtre Aaron,
Qu'en tout lieu la plaine arrosée
Refleurisse comme Sâron.
De la source mystérieuse
Le Christ est l'onde merveilleuse
Où s'abreuve l'humanité,
EUe n'abonde au cœur de Pierre
Que pour répandre sur la terre
La vie et la félicité.
Goule donc, ô source bénie î Tu portes l'arche sur tes ñots, A ta vertu Dieu la confie Gomme au grand cœur de ses héros.
Tu trempes lame des zouaves ; Qu'un Gohath devant tes braves Jette le cri du PhiHstin, Rome se montre étincelante ; Tremblant de honte et d'épouvante A sa vue, il a fui soudain.
Ils avaient juré sa défaite, Levé le drapeau triomphal ; Dans les débris de la conquête Taillé même un cercueil royal ; Ils tenaient Rome et son domaine, Leur char s'élançait dans l'arène, Quand le zouave au cœur de feu Le roule sanglant dans l'ornière Laissant empreint sur la poussière, En traits vengeurs, l'arrêt de Dieu.
Ainsi s'en va la race impie, Gomme autrefois les ñls d'Edom Qui déroulaient leur trame ourdie Gontre le Seigneur et Sion :
A l'œuvre ! de la maison sainte.
Disaient-ils, détruisons l'enceinte,
Creusons des fondements nouveaux ; Sans voir qu'au fond de leur assise Contre une obole de l'Eglise Se briseront tous les marteaux.
Seigneur ! quand tu posais la pierre
Qui porte le temple de foi.
Ton compas mesurait la terre.
Tu disais : « Ce sol est à moi ;
>» Portion de mon héritage,
» Je le garderai d'âge en âge,
« Moi, l'Eternel ! C'est mon serment.
» Malheur ! Quelque doigt qui le touche
>♦ Au souffle brûlant de ma bouche
» Desséchera comme un sarment ;
» Nul potentat sur ses collines
» Ne tiendra le sceptre royal
« Sans que soudain mes mains divines
» Ne renversent son joug fatal. »
Non que Dieu réserve à la barque
Qui porte Rome et son Monarque
Le calme et la sérénité,
Elle qui doit dans la tourmente
Conquérir sur l'onde écumante
Sa palme d'immortalité.
Seigneur ! tu lui fournis des armes Sel on les combats et les temps ; Dans le sang, la flamme et les larmes Tu forges les traits triomphants.
Ton amour est le grand mystère !
Une crèche sauvait la terre, Un berceau sauvait Israël ; Aujourd'hui l'obole féconde Avec Rome sauve le monde, Un denier garde l'Eternel !
L'abbé LESAGE,
Aumônier de l'Hôpital militaire de Saint-Omer.
(OlOCèSE D'ARRAS