‹ La France a RomeChapitre 141 sur 177 · CÉLÉBRÉE PAR NOTRE T.-S.-P. LE PAPE PIE IX · texte numérisé non relu

CÉLÉBRÉE PAR NOTRE T.-S.-P. LE PAPE PIE IX

DANS LA BASILIQUE VATICANE Le 29 juin Í8G7 ;

Précédée de la canonisation des saints.

De l'Eglise je vois ñotter les pavillons, Je vois se déployer les bannières chrétiennes. De vos langues d'airain, cloches aériennes, Livrez à tous les vents de joyeux carillons :

Annoncez à ce peuple immense

Que le Saint-Père va passer, Que le Ciel et la terre enñn vont s'embrasser, Que le Grand jour a lui, que la fête commence ; Conviez à la joie, et les anges de Dieu, Et les saints et les saintes,

Et les âmes qui dans le feu Attendent que le Ciel mette ûn à leurs plaintes.

Les enfants si pieux De Benoit, de Bruno, du séraphin d'Assise,

Toutes les gloires de l'Eglise, D'un pas grave et réglé défìlent à mes yeux.

(1) La première partie a été publiée dans la Semaine religieuse de Lyon .

La famille de Dominique Attire le regard de chacun, la voilà I Et puis vient à son tour la famille angélique D'Ignace Loyola.

De la procession la chaîne se déroule,

Et les anneaux succèdent aux anneaux, Et je vois s'avancer, lents, à travers la foule, Les évêques d'abord, et puis les cardinaux.

Elevé dans les airs, le Très-Saint Père passe De sa cour escorté :

Quelle douceur et quelle grâce, Et quelle majesté !

Ah ! sous le triple diadème, Il est beau cet auguste et vénéré Vieillard Sur qui le monde entier attache le regard, Que la terre bénit, qu'elle acclame et qu'elle aime. Il parle, il fait un signe, et l'on accourt à lui Des quatre vents du ciel et des confias du globe, Afin de saluer, de contempler celui Qui porte nos destins dans les plis de sa robe.

Satan, le révolté, le prince de l'orgueil, Vient et veut se mêler à l'imposante suite. Mais, dès que de Saint-Pierre il a touché le seuil, L'effroi de lui s'empare, il prend soudain la fuite.

444 — Le peuple est réuni Au sein de l'archibasilique, De la grandeur de Dieu ce temple symbolique^, Et qui rappelle à l'âme l'infini.

Quelle splendeur, quelle magnificence !

C'est le jardin qu'au temps jadis Habitaient nos parents à l'état d'innocence ; C'est le Ciel, c'est le Paradis.

L'Eglise entière, Dans ce beau jour, que le peuple à venir Jamais ne cessera d'exalter, de bénir,

Est prosternée aux pieds de Simon Pierre ; Dans ce jour, le plus beau des jours, L'Eglise entière est prosternée Aux pieds de ce grand Paul qui tenait enchaînée La multitude à ses discours.

Sur un léger et vaporeux nuage L'un et l'autre du Ciel les voilà descendus, Afin de recueillir et l'honneur et l'hommage Qui dans ce lieu leur vont être rendus. Nageant dans les flots de lumière.

Vers le peuple à demi penchés, Je vois Paul, je vois Pierre, Et Pierre sur le Pape a les yeux attachés.

Âmes de nos martyrs, innocentes colombes, Un moment suspendez votre sommeil si doux ;

Quittez vos chères catacombes, Et pour fêter ce jour venez vous joindre à nous.

Afin de rehausser l'éclat de cette fête, L'Eglise, dans ce jour, à de pieux mortels A voulu décerner l'honneur des saints autels. Et de gloire ceindre leur tête.

Si ces mortels heureux de Dieu furent bénis, S'ils portèrent de fruits une grande abondance, C'est que l'Esprit d'En-Haut leur donna la prudence, Et qu'au Siège de Pierre ils restèrent unis.

Le Très-Saint Père donc, à ces âmes fidèles, Sel de la terre, honneur du genre humain, . De sa royale main Distribue et départ les palmes immortelles.

Dans ces frères chéris et dans ces chères sœurs. Qui de ce bas exil ont subi les tristesses, Et qui de notre chair ont connu les faiblesses, Yoilà que nous avons de nouveaux défenseurs.

Dans les saints le Seigneur est grand, est admirable : Lui seul, dès le principe, a tiré du chaos Notre terre, et le ciel, vaste, incommensurable, Et lui seul a formé le cœur de ces héros.

Ces hommes faits de chair et ces fragiles femmes,. De Famour du vrai bien il sut les embraser ;

Il leur fit mépriser Les folles passions qui consument nos âmes.

Ils sont assis chacun sur un trône d'honneur : Le combat fut d'un jour, éternelle est la gloire ; Ils sont rassasiés de biens, Dieu les fait boire / A la coupe du vrai bonheur.

Membres glorifiés de la famille humaine, Yous à qui nous venons de dresser des autels. Là-haut, souvenez-vous de vos frères mortels, Priez pour nous, sainte Germaine.

Jusques aux monts sabins le canon retentit, De l'ancien Latium sous mes pas le sol tremble, Et depuis le plus grand jusques au plus petit, Nous louons le Seigneur, nous le chantons ensemble.

Le chérubin, le séraphin.

Et les neuf chœurs des anges, A l'envi du Très-Haut célèbrent les louanges. Maintenant et toujours, à jamais et sans fin. D'une voix unanime

Nous te bénissons, ô mon Dieu ! Ton nom est redoutable, il est saint en tout lieu. Dans le Ciel, sur la terre, et dans le noir abîme.

Dansez et chantez tour à tour, De la Ville Eternelle ô vous les sept collines !

C'est le Jubilé, c'est le jour De la miséricorde et des faveurs divines.

Et je m'approcherai de l'autel du Seigneur, Du Dieu qui se complaît à bénir l'innocence, Qui me ramène aux jours de mon adolescence. Qui me rend ma jeunesse et réjouit mon cœur.

Plein d'espérance, exempt de crainte, Vers le Dieu protecteur j'élève le regard, Car de la nation qu'il sait n'être point sainte, Avec un soin jaloux je me tiens à l'écart.

Le Seigneur seul sera mon salut, mon refuge, Quand pèsera sur moi la tribulation*; Il lit au fond des cœurs, il voit l'intention: Il est bon, il est juste, il sera seul mon juge.

Le lion déchaîné ne me fera point peur, Ni le tigre altéré de sang, ni la panthère ; Mais depuis que je suis exilé sur la terre, Toujours j'ai redouté l'homme inique et trompeur.

Pourquoi me laisses-tu plongé dans la tristesse, El livré sans défense aux mains de l'ennemi? Assez longtemps, Seigneur, j'ai pleuré, j'ai gémi, Et la douleur assez longtemps fut mon hôtesse.

Ils ont déchiré mon manteau, A démolir mon toit, mon foyer, ma demeure. J'ai vu de ces méchants s'apphquer le marteau ; C'est pourquoi je gémis, et c'est pourquoi je pleure.

De repentir et de regret touché, A celle dont le cœur toujours vierge m'assiste, Au puissant saint Michel archange , à Jean-Baptiste^ A Pierre, à Paul, je fais l'aveu de mon péché.

De la loi de mon Dieu je méconnus les charmes. Devant tous je l'avoue, et j'en suis repentant ; Oui, je veux imiter Pierre et Paul dans leurs larmes : Si je ne suis martyr, je serai pénitent.

Jésus, qui réparas la faute de la femme,

Ah ! je tombe à genoux :

Seigneur, Seigneur, Seigneur, ayez pitié de nous ;

C'est le cri de mon âme.

Gloire à Dieu dans le Ciel et dans l'immensité,

El dans ce lieu d'exil où pour un temps nous sommes,

La paix, la paix à ceux d'entre les hommes Dont le cœur est rempli de bonne volonté ! La paix, elle si belle, La paix, elle est si douce au cœur !

Les autres biens n'ont pas de prix sans elle,

La paix, c'est le bonheur.

Elle vaut mieux que la joie elle-même ; Quand je goûte la paix, je me ris des plaisirs ; Elle est l'objet, le but de mes désirs,

Par-dessus tout je l'aime.

Pour acquérir ce trésor auquel rien N'est à comparer dans le monde.

Pas n'est besoin d'habileté profonde ; Il faut vouloir, il faut faire le bien. En voyant de plusieurs la molle indifférence, Je me disais: Voilà la paix !

Ce n'en était que l'apparence, Je me trompais.

Par la Vierge Marie, Et par son cœur immaculé,

0 mon Dieu, je te prie Pour les miens et pour moi, pour le peuple assemblé.

Par saint Paul et saint Pierre, Qui de ton Fils Jésus furent les deux témoins,

Je te fais la prière De daigner nous aider dans nos pressants besoins.

Pardonne à nos âmes contrites, Qui de tes grâces ont mille fois fait abus. Et regarde d'En-Haut les infmis mérites De ton doux Fils Jésus.

Ah ! de ta parole sacrée Et pleine d'onction, Jésus, auteur de ma rédemption.

Mon âme haletante a soif, est altérée.

Après elle je cours Comme le cerf après les eaux de la fontaine ;

Ta parole est vraie et certaine, Elle l'était hier et le sera toujours.

Que l'insensé rejette ta parole ; Tes décrets et tes lois, Moi, semblable à l'enfant qu'on envoie à l'école. Je prête l'oreille à ta voix.

La parole de l'homme est vide,

A l'oreille elle fait du bruit, Mais la tienne, elle échauffe, elle éclaire, elle instruit, Et de la recevoir toujours je fus avide.

De l'entendre il m'est doux, Et de tes entretiens j'aime les paraboles ; De la vie éternelle à toi sont les paroles :

A quel autre maître irions-nous ?

Sans qu'à cet acte saint aucun ne me contraigne, Je me lève, je fais le signe de la croix, Pour marquer devant tous que fermement je crois Ce que le Pape dit, ce que l'Eglise enseigne.

Je crois à l'Evangile, à nos traditions, Je crois aux doctrines de Pierre, Centre et foyer de la lumière,

Au nom de Jèsus-Christ parlant aux nations.

Le soleil dans le ciel peut s'obscurcir, s'éteindre. Et dans le firmament la lune peut pâlir ; Moi, je m'attache à Pierre, et je n'ai rien à craindre : Je ne saurais errer, je ne saurais faillir.

Et, certes, de ma foi je puis me faire gloire. Quand je vois, là, cinq cenls évêques se lever, Et, debout, eux aussi, tous ensemble, approuver Ce que le vrai chrétien est obligé de croire.

Tant ceux du rite grec que du rite latin,

Ils se lèvent comme un seul homme, Par ce signe attestant qu'ils tiennent pour certain Tout oracle émanant de la bouche de Rome.

Non, non, nous n'avons pas de crainte à concevoir, De Dieu l'Eglise n'est ni morte ni mourante ; Dans cette légion de prélats je crois voir Les Pères qai jadis délibéraient à Trente.

Ils se lèvent, ils sont disposés à souffrir Pour la religion, pour le Pasteur suprême, A subir les affronts, les injures, et même, A l'exemple de Pierre et de Paul, à mourir,

La foi de mes aïeux dans moi vit pleine, entière, Car jusques à ce jour le Christ n'a point menti. Et, devant moi, debout est encore la pierre Sur laquelle le Christ a lui-même bâti.

Depuis qu'à Pierre il fit l'éternelle promesse.

Dix-huit siècles ont passé, Et le roc qui des vents est assailh sans cesse Reste ferme, résiste, il n'est point renversé.

Les vagues de la mer, follement mutinées, A la rage des vents unissent leur effort.

Mais, notre Dieu, c'est le Dieu fort, Et son œuvre subsiste et survit aux années.

Contre la Sainte Eglise, ensemble et tour à tour. Levèrent le drapeau le schisme et l'hérésie, Le faux et vain savoir, l'orgueil, l'hypocrisie, Et cependant l'Eglise vit toujours*

Les systèmes sont morts, les écoles sont mortes, Et l'Eglise toujours s'avance, haut le front, Et de l'enfer jamais les puissances, les portes Contre le Christ ne prévaudront.

Dans ce jour mémorable, honneur, louange, gloire, A Pierre, à l'Abraham de la nouvelle loi ; De Pierre, de Géphas la prompte et vive foi Accuse de ce temps l'esprit si lent à croire.

Afin de confirmer et de certifier Les choses dont il fut le témoin oculaire. De Néron il brava la stupide colère; La tête en bas, Néron le fit crucifier.

Nos croyances ne sont pas vaines :

Panl aussi mourut et versa

Tout le sang de ses veines, Pour sceller cette foi que tard il embrassa.

Il inclina la tête sous Tépée, Et du sang de ce Paul, du citoyen romain,

La terre fut abondamment trempée :

4 Pierre, à Paul, gloire éternelle, amen.

Mon Dieu, l'homme est petit et sa misère est grande. Mais sois bon envers nous et laisse-toi toucher ; Du haut de i'empyrée, ah ! daigne te pencher : Écoute ma prière, accueille mon offrande.

Il m'est doux d'habiter dans ta sainte maison. Et de participer à ce mystère auguste; Il m'est doux de laver mes mains avec le juste, Et de t'offrir les ñeurs, les fruits de la saison.

Au nom de Jésus-Christ et par les mains du prêtre, J'offre à ta redoutable et sainte Majesté Les trésors que je tiens de ta grande bonté, Et je mets à tes pieds ma personne et mon être.

Oui, de Pierre et de Paul, dans ce jour plein d'éclat.

Qui dans cette cité tant de peuples attire,

Je t'offre les travaux, le dur apostolat,

Les tourments si nombreux, le glorieux martyre.

Oui, de Pierre et de Paul, que je proclame heureux, Dans ce jour solennel dont la pompe et les rites Enchantent notre oreille et captivent nos yeux, Mon Dieu, daigne agréer les singuliers mérites.

Le grand mystère va s'accomplir sur l'autel ; Jette, jette un regard favorable et propice Sur cette douce hostie et sur ce sacrifice, Bjen meilleur que celui de l'innocent Abel.

Que l'immolation de ton cher fils te rende Attentif à nos vœux, sensible à nos doulears ; Des enfants de tes saints sèche, sèche les pleurs, Et ne repousse pas les présents et l'oiîrande.

Je te fais tous ces dons et me présente à toi, Pour te marquer. Seigneur, ma pleine dépendance, Pour appeler d'En-Haut de tes biens l'abondance Sur le peuple assemblé, sur mes proches, sur moi.

J'assiste à ce terrible et divin sacrifice, Pour l'expiation de mes péchés passés, Et pour que, devant toi, tout à fait eiîacés, Ils ne provoquent plus les traits de ta justice.

Sursùm corda!.,..

Ces mots ont remué le fond de mes entrailles ; Je me suis redressé, comme fait le soldat, Quand vient à résonner le clairon des batailles.

Nous ne sommes pas sourds à ce touchant appel ;

Dans le vide et la solitude Ne se perd pas la voix de ta Béatitude : Très-Saint-Père, nos cœurs sont tournés vers le Ciel.

Svrsmn corda!.., ce cri sublime Nous convie à gagner les sereines hauteurs;

Il nous réchauffe, il nous ranime,

Il nous reproche nos lenteurs.

Il provoque et pousse notre âme

A se débarrasser des sens, A monter, à monter, comme le pur encens,

A s'élever comme la ñamme.

Oui, nous prenons le vol vers le divin séjour,

Et nous ne replierons nos ailes, Qu'une fois arrivés aux plages éternelles, Aux pures régions de l'ineffable amour.

El là nous redirons sans cesse,

En l'honneur du Fils de David,

Qui, dans les siècles, règne et vit, L'éternel hosanna, le chant de l'allégresse :

Saint, saint, saint, Iro^s fois saint, Jéhovah, le Seigneur^

Et que nos langues enilammées

Célèbrent le Dieu des armées, Le Dieu fort et puissant, le Dieu triomphateur.

De la terre et du ciel grand et souverain Maître, Qui commandes aux ûots, qui réprimes les vents, Toi, par qui nous avons le mouvement et l'être, Ah ! souviens-toi de ceux qui sont encor vivants.

Mon Dieu, nous te prions de secourir le Pape : Sous le pressoir, hélas! tu l'as mis, tu le tiens; Daigne te souvenir de lui, fais qu'il échappe A ses persécuteurs, qui sont aussi les tiens. Et de l'Église fais que de ses yeux il voie Le triomphe promis et longtemps attendu ; Qu'à la tranquillité, qu'à la paix, qu'à la joie, Après tant de soupirs, il soit enlin rendu.

Veille, veille sur Pie et sur ses destinées : De ses projets que rien n'interrompe le cours ; Que de saint Pierre il voie et passe les années, Hemphs-le de ta force et prolonge ses jours. Plus d'un enfant ingrat à l'attrister s'applique, Mais sur lui de partout les traits ont beau pleuvoir, La durée est promise au Siège apostolique. Rien ne saurait des clefs entamer le pouvoir.

Nous te prions, mon Dieu, d'assister, de défendre Sa Grandeur Monseigneur l'évêque de Viviers ; Du Très-Saint-Pére quand la voix se fait entendre,. Oublieux de son âge, il part un des premiers.

Au sein de cette belle fête Je vois avec bonheur, je vois avec fierté De ïïQon évêque la houlette, Et mon pays représenté.

Mon Dieu, jette un regard d'amour et de tendresse Sur tous ces cardinaux, qui gémissent, hélas! Sous une dignité dont le poids les oppresse. Et sur cette assemblée immense de prélats.

En des jours à jamais néfastes.

En un temps d'exécrable et honteux souvenir, Viviers eut le malheur de souiller, de ternir De son passé si pur les annales, les fastes, Mais le Ciel tour à tour a suscité, choisi. Pour réparer le mal, le scandale du schisme. Qui de nos cœurs troubla le saint patriotisme, Melin, Bonnel, Guibert et Delcusy.

Sous ta protection, Père-Saint, daigne prendre Cette élite de beaux et valeureux enfants,

Qui sont venus à Rome te défendre.

Et fais que leurs drapeaux soient un jour triomphants. Du grand Lamoricière, ah ! bénis les zouaves. Ces jeunes gens dans qui revit le vieil honneur, Remplis de piété, mais résolus et braves. Prêts à verser leur sang pour te venger, Seigneur.

Ils ont la sagesse en un âge Où de l'homme le cœur cherche la vanité ; De l'ange ils ont la piété, Du lion ils ont le courage.

Pour la cause du Pape ils brûlent de mourir, De leur belle jeunesse ils font le sacrifice ; De Judas Macchabée et du vaillant Maurice Le siècle a vu dans eux la tige refleurir.

De nos vieux preux ils ont retenu les devises, De l'opprimé, du faible ils sont les défenseurs, Ils sont les bouillants redresseurs De grands méfaits^ de folles entreprises. De zèle pour le bien, d'héroïsme enflammés. Que le clairon soudain dans les airs retentisse, Ils iront secourir, de pied en cap armés, La vérité, le droit, la vertu, la justice.

Quand le Fils du Très-Haut s'abaisse jusqu'à nous, Nous, de nous élever nous ferions la folie ! Aux pieds de Jésus-Christ je me mets à genoux,

Je me prosterne et m'humñlie.

Vainement la raison ne te reconnaît plus

Sous ces voiles et ces espèces, Jusqu'à t'anéantir vainement tu t'abaisses, Ah ! dans ce sacrement, je t'adore, ô Jésus !

Si petit que je sois, je vous fais ma prière,

Et vers vous mon regard timide s' élevant,

Je vous dis, ô Jésus, ce qu'un jour vous dit Pierre :

Oui, vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant.

Jésus, Ò bon Jésus, victime expiatoire, Souviens-toi, prends pitié de ces pauvres chrétiens Qui souffrent dans le feu, que là-bas tu détiens Dans la prison du Purgatoire.

Du feu sacré de ton amour » Brûlent ces saintes âmes.

Plus encore que de ces flammes Que ton sang et tes pleurs doivent éteindre un jour.

Prête une oreille favorable A leurs pieux soupirs, à leurs gémissements; Mets un terme à leurs maux, abrège leurs tourments: Elles ont faim et soif de ta face adorable.

Pour tous les décédés, pour nos parents défunts, Dieu le père, reçois ce divin sacrifice,

Et vois d'un œil complaisant et propice Jusques à toi monter cet encens, ces parfums.

A l'intrépide, au fier, au grand Lamoriciérep Au glorieux, à l'immortel soldat Qui combattit le bon combat, Seigneur, ouvre le ciel, séjour de la lumière;

A ressaim de jeunes héros Qui, sans calcul humain, pleins de fougue, et sans pause, Défendirent les droits de l'Éghse et sa cause,

Donne le Ciel, lieu de repos.

Père, père de tous, qui dans le Ciel habites, Que ton nom soit béni, glorifié, chanté, Que ton règne s'étende et n'ait pas de limites, Que.s'accompHsse en tout ta sainte volonté ; Donne-nous à chacun du jour la nourriture,

Que nos péchés nous soient remis, Comme nous remettons et l'offense et l'injure

Que nous firent nos ennemis ; A la tentation ne va pas nous induire,

Ecarte de nous le péril.

Délivre-nous de mal, de tout ce qui peut nuire : Ainsi soit-il.

Agneau de Dieu, dont le sang òte, efface

Les péchés de l'humanité, Ayez pitié de moi, faites-moi grâce, Et ne voyez que ma fragihté.

Agneau de Dieu, dont le sang ôte, enlève

Les péchés de l'humanité, Ayez pitié du Fils de la pauvre Ève, Et rendez-lui sa première beauté.

Agneau de Dieu, dont le sang ôte, lave

Les péchés de l'humanité, Ayez pitié d'un malheureux esclave, Brisez les fers de sa captivité.

De la faveur insigne De voir mon doux Jésus pénétrer sous mon toit. Dans ce logis si nu, si froid, Oh ! je ne suis pas digne.

Éloignez-vous de moi, Seigneur, Dirai -je, à l'exemple de Pierre ; Arrière, arrière !

Je ne suis qu'an pécheur.

Victime innocente et chérie, Une parole seulement.

Et mon âme sera guérie, Et l'amour la fera vivre éternellement.

Venez, venez, et quand vous serez dans mon âme^

0 mon Jésus si doux, Rien ne pourra dés lors me séparer de vous, Ni le fer, ni la flamme, Et mon amour pour vous sera plus fort Et que la haine et, que l'envie ; Il triomphera de la vie, Il triomphera de la mort.

Faire de vous ma nourriture, Dans ma propre substance, en moi vous transformer. Cette parole n'est point dure ; Pour la comprendre, il me suffit d'aimer.

Allez, la messe est dite!...

Le grand mystère est consommé. Eome, Rome, à présent il faut (jue je te quitte, Il faut me séparer d'un père bien-aimé. Â pas lents, à regret, je sors, je me retire De cette Rome, de ce lieu Où Pierre et Paul ont souffert le martyre, Pour rendre témoignage à Jésus, l'Homme-Dieu; Mais, avant, ah! je m'humilie Une fois de plus sous la main Qui lie et qui délie ; Amen, amen.

Un bruit a cours et dans Rome circule, D'heure en heure il s'étend, d'heure en heure il grandit ;

Le Quirinal le dit au Janicule,

Le Vatican àTAventin le dit :

Dans de solennelles Assises, Et dans ce vaste temple, au pied de cet autel. Doivent se réunir l'Église et les Églises ; Ainsi le veut le Pape, ainsi le veut le Ciel.

A l'heureuse nouvelle.

Le monde entier a tressailli ; De joie a palpité la mihce immortelle, Et l'enfer a pâh.

Les Puissances se sont émues, Au lieu de chanter l'hosanna, Gomme si rugissait l'émeute dans les rues, Gomme si sous les murs campait Gatilina.

Que paisible et léger soit le sommeil des princes;

Le Concile qui va s'ouvrir N'est pas une menace à leurs chères provinces, Et leur couronne n'a nul danger à courir.

Et la foule, à tromper, à séduire facile.

Tremble, elle aussi, de son côté.

Sait-elle ce qui va sortir de ce Goncile? Plus de paix pour le peuple et plus de liberté. Donc, Saint-Pére, tu n'as qu'à dire une parole, Un désir de ton cœur ce nous est une loi ; Fais un signe du haut de ce fier Gapitole, Et, tous, nombreux, pressés, nous reviendrons à toi.

La famille du Ghrist et te vénère et t'aime : Si c'est ta volonté, Très-Saint-Père, au revoir ; Au jour dit, nous viendr ms, afin de recevoir Tes arrêts qui sont ceux de la vérité même.

Aux sources de Terreur et de l'impiété, A des torrents fangeux nous sommes las de boire; Propose à notre foi ce que nous devons croire : Nous appelons le jour, grande est l'obscurité.

Joseph CARSIGNOL,

Membre correspondant de la Société littéraire de Lyon, Membre de l' Académie pontificale delà religion catholique et de celle des Arcades.

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