‹ La France a RomeChapitre 170 sur 177 · REGNUM DEI · texte numérisé non relu

REGNUM DEI

Le monde attend une, parole.

Le siècle a besoin d'un héros»

Lamartine,

Oate lilia plenis manibut, Virgile.

Il est écrit que deux grands hommes

Dans l'Occident doivent venir

Réaliser parmi les hommes

Les promesses de l'avenir.

Le premier, d'une vertu rare,

Sera paré de la tiare

Et publira la vérité.

L'autre, sur le trône de France,

Par sa justice et sa vaillance

Etonnera l'humanité.

Jusqu'à l'heure qui les révèle Ils vivent dans l'isolement ; Mais à leur front luit l'étincelle Qui vient sur nous du firmament.

Pontife saint et grand monarque Portent ainsi la haute marque De leur céleste mission.

Envoyés d'une vie austère, Ils vont régénérer la terre Qu'abîmait la perversion.

Voici le nouveau Gharlemagne, Aimé des peuples, craint des rois; L'ange du Très-Haut l'accompagne, Il a pris pour sceptre la Croix.

Il est nommé le fort, le sage ; Il renverse sur son passage Les Fils de Brutus déchaînés.

Il met un frein à l'anarchie.

Et restaure la monarchie Sur ses fondements ruinés.

Le monde admire le grand homme Dont Dieu bénit les étendards.

Maintenant vers la vieille Rome Il tourne ses puissants regards :

Du prêtre souverain, du Juste Il rétablit le droit auguste, Les domaines, l'autorité ; Le siège vénéré de Pierre Jusqu'aux limites de la terre Fait resplendir sa majesté.

Mais le Pontife magnanime Sera généreux à son tour, A son restaurateur sublime ' Il veut rendre amour pour amour.

L'homme des fonctions divines Le couvre du bandeau d'épines.

Qui met à l'abri des revers ; En le sacrant, il le déclare Le défenseur de la tiare, Le premier roi de l'Univers.

Pie avait tenu le Concile, Aurore d'un âge nouveau.

Avant de descendre tranquille Et plein de jours dans le tombeau, Il avait de cette assemblée, A notre époque si troublée.

Proclamé les hardis décrets.

Son courage avait la promesse Du triomphe et de l'allégresse ; Il pouvait mourir sans regrets.

Ces décisions de l'Eglise

Le Pape au monde les prescrit,

Et le monarque favorise

Ces règlements du Saint-Esprit.

Ils vont l'un à l'envi de l'autre,

Le premier véhément Apôtre,

Le second l'appuyant en roi ; Le monde que leur alliance Remplit de ferme confiance Se régénère dans la foi.

En tous lieux les vertus fleurissent,

Tout se rallie à l'unité ;

Luther et ses puînés périssent,

Photius est déshérité.

Albion avec la Russie

Rattachés à l'arbre de vie,

La robe du Dieu Rédempteur

N'est plus exposée à l'outrage ;

L'Eglise arrive enfin à l'âge

D'un seul troupeau, d'un seul pasteur.

Des Etats de ce faux prophète Dont Médine fut le berceau.

Le monarque fait la conquête.

Il délivre enfin le tombeau De Jésus le sauveur des hommes.

Le Christ règne, sur les royaumes La paix étend sa douce main ; Pierre de fleurs couvre sa barque.

Et le Pontife et le monarque Sont le bonheur du genre humain.

Ah! qu'il vienne, Seigneur, qu'il paraisse ton règne! De tes deux Envoyés nous saluerons l'enseigne. Qu'ils redressent les fronts, vers la fange courbés ; Qu'ils rendent l'énergie aux courages tombés ; Qu'ils banissent des cœurs la froide platitude, Donnant aux saints travaux l'élan sans lassitude ; Qu'ils enferment l'orgueil dans un cercle de fer Et clouent au pilori les docteurs de l'Enfer !

Ambassadeurs divins, le siècle est dans l'attente. Qu'elle brille bientôt à nos yeux votre tente ! Accourez, accourez, ou des monts ou des ñots ; Volez, et que d'Assur périssent les complots ! Sur tout audacieux se faisant Dieu lui-même, Que la foudre en tombant prononce Tanathème ! Qu'il sèche d'épouvante et qu'il soit réprouvé Le mortel qui s'était à son crime rivé ! Allons cueillir des ûeurs oii croissaient des épines ! Recueillons les fruits mûrs, présents de nos coUines. Nos ruisseaux sont de lait, nos sources sont de miel, Et nos monts ont fleuri comme un autre Garmel.

Adrien PELADAN,

Directeur de la Semaine Religieuse de LTOrr, chevalier de \Saint-Sylvestre, de V Académie des Arcades, auteur de /'Histoire de JésüS- Christ d'après la science, etc.

Page 1