‹ La France a RomeChapitre 38 sur 177 · LE TABLEAU DE MICHEL-ANGE · texte numérisé non relu

LE TABLEAU DE MICHEL-ANGE

Enfer et Paradis, ouvrez, ouvrez vos portes : Aujourd'hui paraîtront de brillantes escortes. Hâtez-vous, éclairez vos torches, vos flambeaux, Arborez en tous lieux vos aigles, vos drapeaux; Armez légions et cohortes.

Dieu, devant qui le jour à la nuit est égal, Couvre-moi de l'égide ou du bandeau royal. Quand l'étendard de feu rougira dans la nue, Quand aux cieux étonnés, à la terre éperdue Ta voix donnera le signal.

Pour qui sont ces volcans, ces fleuves de bitume, Et ces prisons de feu que ta colère allume, Seigneur? Pour qui tiens-tu ces foudres dans tes mains ? Doit-il ce bras vengeur écraser les humains, Gomme on bat l'airain sur l'enclume?

Quel lugubre appareil ! Ici de noirs serpents, Hôtes impurs, nourris dans ces brasiers mouvants, Dans leurs anneaux d'écaillé enserrent leurs victimes, Roulent de gouffre en gouffre et d'abîme en abîmes, Ainsi que des ñots mugissants.

Là, toujours l'œil fixé sur sa débile proie, Le vautour, roi des monts, dans son aire flamboie ; Et quand, rassasié de meurtres odieux, Quand, ivre encor d'un sang impur, incestueux, Son aile immense se déploie ;

Tigres, lions, brisant leurs cellules de fer. Parcourent sans effroi les cités de l'enfer ; Le butin de Satan les anime au carnage, Et dès lors ne mettant aucun frein à leur rage, Ils se repaissent de sa chair.

Voici l'heure ; écoutons "résonner la trompette ; Des mondes assoupis le grand réveil s'apprête. Les uns, marqués au front du sceau de l'Eternel, Brilleront comme un phare, ou comme l'arc-en-ciel Dans la nue après la tempête ;

Les autres, quand la nuit aura fini son tour, Se verront tout à coup dévoilés au grand jour, Et le juge contre eux s'armant de l'anathème, Fermera son oreille au murmurant blasphème, Aux douces plaintes de l'amour.

Que ta droite. Seigneur, récompense ou punisse, Homme libre, je rends hommage à ta justice. Brise mon cœur s'il n'est l'image de ton cœur, Mais s'il bat pour le Ciel, ravis-le moi, de peur Qu'avant le soir il se flétrisse.

De cet affreux dédale et de ces pas-perdus. Mon âme, viens t'asseoir au parvis des élus. La Reine-Yierge en tête et tous les chœurs des vier^ Les lys, les lampes d'or, les couronnes, les cierges. Les parfums dans l'air répandus ;

Les hymnes modulés sur la lyre des anges, Et les corps rayonnants des célestes phalanges, L'auréole des saints, la pourpre des martyrs, Les plaisirs renaissant au milieu des plaisirs, Et le luth sacré des archanges.

Vois l'auguste Vieillard, le soleil à ses pieds. Et son front blanchissant à travers les lauriers. Et le chœur des vieillards aux barbes argentées, Et le cortège heureux des vierges, assistées D'un corps brillant de chevaliers.

Des filles essuyant les larmes de leurs mères, De tendres fils penchés sur le cœur de leurs pères, L'orphehn, le captif, l'exilé, le proscrit. Les pauvres enivrés du sang de Jésus-Christ, Les frères unis à leurs frères.

Satan succombe, et Dieu lève son bras puissant; Peuples élus, chantez l'hosannah triomphant ; Autour de vos faisceaux appendez votre glaive. Je vois, et ce n'est point l'illusion d'un rêve, A vos pieds Lucifer rampant.

Enfer et Paradis, ouvrez, ouvrez vos portes, Aujourd'hui paraîtront de brillantes escortes : Hâtez-vous, allumez vos torches, vos flambeaux, Arborez en tous lieux vos aigles, vos drapeaux. Armez légions et cohortes.

CAMINAT,

Membre de V'Académie des Poètes,

(diocèse de paris)

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