XXXIV LA FRA^XE A ROME
Des clefs , emblèmes de l'Eglise romaine , entourées de lis , armes de la France monarchique, et pour âme : Propugnabunt lilia claves. Les lis combattront pour les clefs.
Romœ sedebunt pontifìces , guandiù regnabunt in Galliâ reges. A Rome siégeront les papes , tant qu'en France régneront des rois.
L'élévation de l'Eglise de France se manifeste surtout par trois caractères essentiels : elle est aussi ancienne que le christianisme; elle compte plus d'enfants qu'aucune autre Eglise ; et elle a rendu aux papes plus de services que toutes les autres Eglises du monde.
Dans la dispensation de l'Evangile, la France a eu la meilleure part , et elle ne lui sera point ôtée. Notre-Seigneur , en nous envoyant sainte Madeleine , nous a aussi donné tout entière la famille chérie où il avait coutume d'être reçu.
Toutes les fois que l'hérésie ou le schisme ont voulu souiller ou déchirer la robe immaculée et sans couture de l'Epouse de Jésus- Christ ; toutes les fois que la puissance jointe à la malice ont voulu renverser la triple couronne romaine, la France a donné à l'Eglise ses plus saints évêques pour terrasser les monstres ; ses plus grands monarques et ses plus forts soldats pour défendre le patrimoine inaliénable de saint Pierre. Cela fut ainsi préparé dès les temps anciens par la divine Providence. Aussi Jésus-Christ, dans la personne de ses vicaires , a-t-il toujours manifesté un amour de prédilection pour notre patrie.
D'anciennes prophéties assurent que jamais l'hérésie n'enlacera toute la France, et que jamais elle ne sera soumise à un souverain étranger , car Dieu semble avoir dit à nos rois , comme autrefois à David : J'ai trouvé David mon serviteur ; je l'ai oint de mon huile sainte (1) : si ses enfants abandopnent ma loi , je visiterai avec la verge leurs iniquités , mais je ferai subsister sa race dans tous les siècles et son trône autant que les cieux (2). Ayons confiance dans les textes sacrés dont on nous a fait une si heureuse application. Jusqu'au second avènement du Seigneur, le sceptre ne sera point ôté de la France, et l'autorité législative ne sortira point d'entre ses étendards (3) , comme cela se vit pour Juda , tribu qui ne perdit point l'autorité jusqu'à la venue du Messie.
N'est-ce pas une loi providentielle bien digne d'être méditée que
(1) L.1 sainte Ampoule.
(2) PS. Lxxxviii. Voyez ces idées exposées par Baronius.
(3) Genèse, ch. xlix, 10. Nous suivons le texte samaritain , qui paraît plus clair et plus précis que tout autre dans ce passage, quoique l'hébreu soit peu différent.
LA FîlAKCE A ROME. XXXV
celle qui fait dépendre la durée des rois et des dynasties de leur respect pour le Pape? On en trouve la preuve à chaque page de l'histoire. Quiconque a protégé la tiare a fait pleuvoir les bénédictions sur sa race ; mais nul n'a voulu renverser l'autorité pontificale qu'il n'ait par là préparé sa perte et celle de sa famille. Selon l'énergique expression d'un célèbre écrivain de nos jours : Celui qui a la maladie du Pape en meurt! En donnant à son fils le titre de roi de Rome , Napoléon P"" a porté malheur à ce prince.
Le personnage qui domine toutes les prophéties est un grand monarque français , qui doit procurer à la Papauté la gloire la plus complète et, de concert avec un saint pontife, écraser les hérésies, détruire les schismes, anéantir le mahométisme , pacifier la terre, faire fleurir la religion catholique dans le monde entier, procurer enfin à l'Eglise un triomphe universel et simultané. Le Pape et l'Empereur feront goûter aux nations , régénérées sous leur influence , le bonheur et l'abondance dans les biens spirituels et temporels, qu'elles avaient perdus. L'idée qui agita tous les voyants sort , par la logique des faits , d'une simple méditation de l'histoire. Quelques années avant l'avènement de Pie IX , un critique français , M. Martin Maillefert, disait en terminant un article relatif à l'influence du christianisme : « Qu'un grand pape se rencontre , qu'un habile et puissant gouvernement le seconde , exoriare aliguis J nul mortel ne peut dire où finiront les progrès de cette grande école d'unité , de justice , de liberté et de bienfaisance , qui remonte à la loi de Moïse , qui s'est assimilé toute la sagesse égyptienne , grecque et romaine , et ne s'est pas arrêtée au code Napoléon. »
Le Concile du Vatican préparera la régénération du monde. Ensuite un nouveau Charlemagne consacrera sa puissance à en faire exécuter les décrets. Quoi qu'il arrive, Rome ne se défera pas (1) !
Pourquoi les catholiques auraient-ils peur, si la révolution venait à se ruer sur la chaire de saint Pierre ? Un Pape ne perd jamais la conscience de la suprématie de son Siège , de la divinité de son origine, de l'infaillibilité de sa parole. De droit divin et de droit de légitimité, il est partout le Vicaire de Jésus-Christ et le roi de Rome, comme Dieu est Dieu partout , dans une crèche ou dans un temple, sur un autel d'or ou d'argile , dans un cachot ou dans la gloire. Sa grandeur croît en raison de son abaissement ; jamais le malheur ne lui arrachera la plus petite concession. Dans l'infortune , son nom,
\\) Parole de Pie LX.
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c'est son diadème. Son aspect seul dit : « Tuez-moi , vous ne tuerez pas les siècles écrits sur mon front ! » Qu'importerait au Souverain- Pontife que Rome même fût saccagée et qu'on martelât ses armes au Vatican ? Ses armes ne sont-elles pas gravées partout ; le globe n'en est-ii pas pavoisé ? Les arrachera- 1- on de toutes les églises de la terre ? Enverra-t-on des commissaires les gratter dans tous les coins de l'univers , les détruire dans tous les pèlerinages du monde chrétien ? Les eftacera-t-on dans toute l'Europe , en Afrique , en Asie, dans les deux Amériques , en Océanie , sur les murs , les palais , les œuvres d'art , les monnaies , les chartes et les livres ? Pourra- t-on anéantir tous les monuments, brûler toutes les bibliothèques, incendier toutes les archives, faire oublier l'histoire entière ? Détruira- t-on jusqu'au dernier exemplaire de la Bible , qui, môme entre les mains des protestants , va raconter dans toutes les langues écrites la primauté et l'infaillibilité de saint Pierre ? Enfin la révokition pourra-t-eiie monter au ciel antarctique pour lui arracher sa plus remarquable constellation, la Croix du Sud, qu'on ne peut voir, au moment de son inversion complète , lorsque son sommet touche presque les ñots, sans se rappeler que saint Pierre obtint d'être crucifié la tête en bas ?
Qu'importe à l'Eglise d'avoir des ennemis ! Elle se sert d'eux contre eux-mêmes, ainsi que les navigateurs se servent du vent pour marcher contre le vent. Chaque fols que la Papauté se prépare à un triomphe, toutes les influences concourent à le préparer, celles même au détriment de qui s'accomplit le mouvement.
Bientôt nous verrons l'Eglise romaine, qu'aftaisse le lourd manteau de l'oppression, lever la tête pour marcher vers un nouveau Thabor. On ia verra , comme un navire abrité de la tempête, qu'une brise forte et régulière avertit enfin du retour de la sérénité, dérouler vivement ses voiles depuis trop longtemps ployées, arborer ses splendides étendards , et saluer de fanfares magnifiques les mains bénies du grand monarque et du pontife saint , qui la rendront à l'espace , au mouvement, à la gloire, à ia liberté.
D-^' Adrien Psladân fils.