LE ROCHER DE PIERRE
Monde trompeur, Océan sans rivages, Où nous plaça la main de l'Eternel :
C'est sur tes flots si féconds en naufrages Que nous voguons, passagers, vers le Ciel.
L'orage vient ; la foudre éclate et gronde : Le vent mugit, les flots sont en courroux, L'abîme s'ouvre, horrible et vaste tombe ; Gouffre béant, qui nous réclame tous.
Mais une voix fait taire la tempête :
Voguez, dit-elle ; abordez vers ce rocher. En même temps, les flots courbent la tête ; Et dans le port nous courons nous cacher.
Rocher béni, figure de l'Eglise, Inébranlable au miUeu du danger :
L'enfer en vain se déchaîne et se brise, Satan rugit, mais ne peut le ronger.
Sur ce rocher, soleil de l'Espérance, Brillant et pur, tu nous montres les Gieux. Chacun y vit rempli de confiance; Chacun y meurt paisible et radieux.
Là, dans des creux, la timide colombe Trouve un abri contre le noir serpent; Et le vieillard qui penche vers la tombe, Trouve un soutien pour son dernier moment.
Séjour de paix, séjour de l'innocence; Nouvel Éden où croissent les vertus :
Encore un peu, puis un triomphe immense Réjouira tout ton peuple d'élus.
Divin Sauveur, veillez sur votre Éghse ; Gardez-nous tous, pilote et matelots.
Et dans ces jours, comme une douce brise, Poussez la barque et maîtrisez les flots.
Charles SOULAIROL.
(OiOCÈSE DE MONTPELLIER.)