A. B. DE B
Ami, je vais quitter la paisible retraite, Temple de la pensée où chante le poëte, Où tu viens, chaque année, au retour des frimas. Allumer prés de moi ton encens au génie, Où la harpe module une douce harmonie, Voix d'en haut pleurant ici-bas.
Je vivrai quelques jours loin d'un être que j'aime. De ton cœur où mon cœur se retrouve lui-même, Et des suavités de ta bouche de miel, Autel où le savoir à la vertu s'allie, Coupe d'or où je bois sans rencontrer de he, Gomme en un calice du Ciel.
Le barde, tu le sais, dans sa nature ardente. Doit toujours être prêt à replier sa tente : Apôtre de Celui qu'annonce l'Aquilon, Au signe qui l'appelle il reconnaît sa voie, Il obéit docile au Maître qui l'envoie Publier l'éclat de son nom.
Chantre de Jéhovah, dans l'élan qui m'entraîne, Je Vais doncjvisiter la cité souveraine, Cette Rome du Christ, à l'horizon plus beau Qu'aux siècles où la terre aux Césars fut livrée, Malgré les noirs débris dont elle est entourée Comme d'un lugubre manteau.
Mon pied des dieux éteints foulera la poussière, Mon regard planera de ce haut nid de pierre Où l'aigle impérial, implacable forban, Etreignait le tonnerre en sa serre profonde, Jusqu'au faîte où nous luit cet autre aigle du monde, La grande croix du Yatican.
Sur ta pompe a passé le souffle qui désole, La ruine s'assied sur ton vieux Gapitole, Demeure sépulcrale où ta majesté dort, Rome; des vains mortels ainsi les grandeurs passent, Ainsi les monuments de leur orgueil s'effacent, Sous le pied glacé de la mort.
Mais s'il t'a dépouillé de ta magnificence. Le Verbe dans tes murs mit une autre puissance Qui sur le monde entier légitima tes droits; Non les droits odieux des faisceaux et du glaive Mais celle dont la main, au nom du Ciel se lève, Pour bénir nations et rois.
Ta gloire qui n'est plus, usurpant un rivage, Y portait trop souvent un sinistre veuvage. Le joug avilissant de la captivité ; Plus un peuple aujourd'hui de ta vertu s'inspire, Plus il voit le progrès élever son empire, Sa justice et sa liberté.
Quel silence pourtant règne sur tes collines, Où le vent fait voler des poussières divines ! Portiques, panthéons, temples, palais, tombeaux, Théâtres, aqueducs aux arches colossales, Que reste- t-il devons? quelques débris, des dalles, Et quelques pans d'arcs-triomphaux.
Géant dans le cercueil, voilà le Golysée, Monstre de ces vieux temps oii, partout écrasée. L'humanité servait aux plaisirs des tyrans. La Croix est maintenant la pacifique Reine Etendant ses deux bras sur la terrible arène Où le sang coula par torrents.
Mais allons saluer ces riches basiliques Orgueil de la cité, merveilles catholiques, Poëmes de granit, d'airain, de marbre, d'or. Où l'art, vivant reflet de la pensée humaine, Prodigue les trésors de son brillant domaine, Au culte du Dieu du Thabor.
Arrêtons-nons surtout au temple de Saint-Pierre, Cathédrale du monde où, de la terre entière Sont nos Pasteurs conduits par le divin Esprit : Ils sont les successeurs et les fils des prophètes ; De la sainte doctrine ils sont les interprètes; C'est le Sénat de Jésus-Christ.
Adrien PELADAN,
Directeur de la Semaine Rfxigieuse de Lyoîv, chevalier de Saint-Sylvestre, de V Académie des Arcades, auteur de /'Histoire de Jésus- Christ d'après la science, etc.
(diocèse de NIMES)
Seconde patrie de l'Auteur,
A SA SAINTETÉ PIE IX
Celui-là porte un nom parmi les noms infâmes Qui marche contre toi , Pie, ô Roi de nos âmes ! Esclave de l'abîme, hôte abject de la nuit, Il ose, en son Vicaire, insulter Jésus-Christ !
Des terres du Couchant au terres de l'Aurore, Il n'est pas de cœur droit, Père, qui ne t'honore; Et quiconque au Seigneur élève son esprit. En toi salue un saint que le Très-Haut conduit.
Exemple de vertu pour la suite des âges, Ton front demeure calme au milieu des orages. Et monarque clément envers les attentats, Tu laisses un bienfait sur chacun de tes pas.
Un peuple crie : Au meurtre !.. alors ta voix s'élève ; Du tyran qui Pégorge elle maudit le glaive. L'égoïsme ou la peur glaçant le cœur des rois. Toi seul de la Pologne as proclamé les droits.
Puissent tes ennemis devenir ta conquête!... Sur ton front de Marie un doux regard s'arrête ; Ta parole est pour nous la loi, la vérité. Pour la conduire au Ciel régis l'humanité !
Infaillible Docteur et Pontife suprême, Tu vas contre l'erreur fulminer l'anathème. Le Concile romain en ton nom parlera ; Les Cieux applaudiront, et Satan tremblera.
Les peuples, menacés par un nouveau déluge, Dans l'Église du Christ chercheront un refuge : De l'Enfer déchaîné les assauts seront vains, Et rien n'ébranlera les décrets souverains.
L'impiété moderne, en son ardent délire, Aux conjurés du mal fait espérer l'empire; Mais l'empire est à Dieu : Contempteurs de ses lois. Vous serez foudroyés par le Maître des rois ! ! !
L'abbé PEYRET.
(diocèse de MONTPELLIER)
A PIE IX
Pie IX, Pontife-Roi, je t'offre mes hommages : Respect, honneur, amour à ton nom vénéré, Aujourd'hui laisse-moi chanter ce nom sacré Que doivent bénir tous les âges !
De rÉghse de Dieu j'interroge l'histoire : J'y découvre, il est vrai, plus d'un fait éclatant ; Plus d'un pape a sauvé le monde s'écroulant, Mais aucun avec plus de gloire.
Pie IX LE Grand, ce siècle outrage ta mémoire, De l'Eglise il se rit, il méconnaît sa loi; Mais si l'Enfer rugit, Père, console-toi, La prière obtient la victoire.
Tremblez, audacieux : tes projets, ô sectaire. Seront par le Seigneur à jamais confondus, Qui méprise ce front rayonnant de vertus Aura l'abîme pour salaire.
Pie IX, NOUVEAU martyr, au seuil du sanctuaire Tu viens de ces méchants oublier les affronts, Gomme autrefois Jésus demandait le pardon Pour ses bourreaux, sur le Calvaire !
Insensés qui bravez la suprême puissance, Cessez, il en est temps, vos injustes complots : L'Église sait survivre à la fureur des flots ; De son Christ craignez la vengeance !
Pie IX, AUGUSTE roi, que ta main nous bénisse ! Que tous nos saints Pasteurs, se pressant sur tes pas,. Triomphent de l'erreur, et la paix régnera. Que là-haut mon vœu s'accomplisse !
Fils aînés de l'Église, en cette guerre impie Que notre Père à tous soutient depuis longtemp s, Maintenons son pouvoir ; montrons-nous ses enfants Et sachons donner notre vie !
Pie IX, VIEILLARD divin, que ta couronne est belle ! Je veux la vénérer sur ton front glorieux; Et pour régner un jour avec toi dans les cieux, Je veux te demeurer fidèle !
F. Marie SYMPHORIEN,
lieligieux prêtre de V Ordre de Citeaux, secrétaire général et Bibliothécaire à l'abbaye de Sénanques {f^aucluse)^
(DIOCtSE D'AV(GNON)