CHAPITRE III
€£:r£:al.e:s
impoptaiic^. — La culture des céréales constitue la plus importante ressource de la France et s'étend sur 15.000.000 hectares, soit 29 0/0 de la superficie totale, proportion qui n'est dépassée qu en Belgique et seulennent égalée en Allemagne.
Blé. — La culture du blé, la plus considérable de toutes, s'est constamment accrue depuis le commencement du siècle. La planche n° 2 donne une idée exacte de celte augmentation à partir de 1840 ainsi que des variations qui se sont produites depuis cette époque dans les importations, les exportations et les prix. L'examen de ce diagramme permet d'établir les conclusions suivantes :
1" La production du blé varie considérablement d'une année il l'autre, mais si Ton fait la moyenne par périodes (sous chaque gouvernement par exemple), son accroissement se manifeste clairement.
Gouvernement de Juillet 87.01K).000 hectolitres. Seconde République. . . . 88.00:).(KM) —
Second Empire 95.000.0 )() —
Troisième République.. 100.000.000 —
2** Le prix moyen annuel du blé a subi des oscillations considérables qui ne semblent, au premier abord, obéir à aucune loi «économique ; le prix maximum de 29 fr. (18i7) correspond à une très bonne récolte de 97 millions d'hectolitres et le ])rix î'unimuni de i i fr. 52 à une récolte moyenne de 88 millions d'hectolitros, anomalie apparente ipii ne saurait s'expli(iuer (|ue par la rî'lalioii élroilcî entre le bien-être d'un pays et sa consommation.
3" Pour la nu'nie raison, il n'y a aucun rapport entre la pro-
■UUloni
no
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Commerce et prix i
Ce tableau représente graphiquement pour chaque année (m
i" La production du blé en France par un rectangle bleu uni
( Texcès des cxportatidiis sur les importa'
[ l'excès des importations sur les exportât
Une colonne placée k gauche sert de repère, {échelle i "/»/
En outre, une courbe notre indique les variations du prix
l'autre, une colonne placée à droite lui sert de repère, (échelle i V
' Suivant le cas :
. 40 41 42 43 4'i 4a 4"; 47 48 4lt ■;() 51 52 53 54 o5
le 1840
Lin rectangle bleu avec hachures superposé au i"
m rectangle rouge uni superposé au 1".
<.ooo hectolitres).
a blé d'une année à
francs).
î tic. tl7 fi8 69 70 71 72 73 7-i 75 76 77 7)^ 79 80 81 m 83 84 85
ductîon du blé en France et le commerce de celle céréale avec Tétranger : En 1841 et 1843 (récoltes de 63 millions d'hectolitres seulement), les exportations ont dépassé les importations, tandis qu'en 1874, malgré une récolte de 130 millions d'hectolitres, les importations ont présenté un excédent de 8 millions d'hectolitres.
i* Le rapport de la consommation du blé au nombre des habitants s'est accru considérablement, de sorte qu'un Français consomme actuellement, en moyenne, 530 grammes de pain, tandis qu'en 1830 sa ration était seulement de 3:24 grammes.
Il semble logique d'en conclure que les conditions d'existence se sont sensiblement améliorées dans le même intervalle. Aux conclusions précédentes, il convient d'ajouter que le rendement moyen par hectare a augmenté : de là, 40 hectolitres il s'est élevé à 15,50 hcclulitres.
La situation d'une culture qui, comme celle du blé, représente une valeur annuelle de près de 2 milliards doit naturellement intéresser au plus haut point les pouvoirs publics. Insuffisamment protégés, à leur dire, par les tarifs libre-échangistes de 1860, les agriculteurs réclamaient une digue contre les importations de blé étranger, qui, depuis 1878, n'avaient pas cessé de s'accroître ; les Chambres leur ont donné satisfaction en votant un droit d'entrée de 3 francs (mars 1885), qui a été porté récemment h 5 francs.
Ces mesures sont basées sur l'augmentation de l'impôt et l'accroissement des salaires (fui ont modifié les c<mditions de la culture. Le tableau suivant, dû à M. le sénateur Paris, fait ressortir ce changement :
Coùf de CcxploUation d'un hectare de blé :
Avant 18(35. Après 1880.
Réparation des constructions et outils. 20 fr. 30 fr.
Contributions et assurances 15 20
Semence et engrais 100 100
Travail manuel 1)0 140
Loyer ou intérêt du terrain 50 75
275 fr. 365 fr.
Si Ton estime le produit moyen d'un hectare à 400 francs, il reste k l'agriculteur 125 fr. dans le premier cas et 35 dans le deuxième.
Cette évaluation ne saurait, d'ailleurs, être prise comme expression générale, car la valeur du terrain et les procédés de culture sont des éléments éminemment variables d'une région
et même (l'un département à Tautre. Il est néanmoins incontestable que, pour toute la France, les frais d'exploitation se sont élevés dans le rapport de 1 à 1,3 environ pendant la période comprise entre 1865 et 1886 et que le prix de revient de Thectolitre de blé est généralement évalué à 19 ou 20 francs dans les eslimations les plus modérées ; il est vrai qu'on fait figurer souvent dans son établissement l'intérêt du capital engagé qui, à la rigueur, peut être considéré comme une partie du bénéfice.
En comparant ces chiffres à ceux que fournit la statistique pour les pays susceptibles d'importer en France, Ton constate immédiatement la possibilité d'une grande concurrence.
Le blé de Hongrie revient au lieu de sa production à 9 ou 10 francs et s'introduit généralement en France sous forme de farine. La Russie récolte chaque année 100 millions d'hectolitres à raison de 8 ou 9 francs. Les Etats-Unis produisent 150 millions d'hectolitres à des prix qui varient entre 5 fr. 15 (Dakota) et 12 fr. (Ouest) ; ils ont fourni la plus grande part de l'importation française depuis 1875 et, ([uoi qu'en disent plusieurs agronomes, j'estime qu'ils sont loin d'avoir atteint le maximum de leur production et, par conséquent, de leurs exportations. L'Inde Anglaise présente une situation toute spéciale grâce au bon marché excessif des salaires (15 centimes par jour en certains endroits) et à la facilité relative des communications (plus de 5.000 k. de chemins de fer); elle produit anuellement 100 millions d'hectolitres d'un blé très apprécié qui ne revient pas à plus de 5 fr. sur place, soit 9 fr. 50 ou 10 fr. à Calcutta et moins de 13 fr. dans les ports d'Europe.
La concurrence faite par l'étranger, dans les conditions favorables que je viens de rappeler, jeta l'alarme parmi les agriculteurs français qui en arrivèrent à redouter, pour un avenir prochain, la ruine complète de la culture du froment dans le pays. Leurs craintes, d'ailleurs un peu exagérées, se trouvaient en partie justifiées par les pertes que leur imposaient les cours de plus en plus bas depuis 1882. C'est alors que les pouvoirs publics, dont l'intervention était vivement sollicitée, se résolurent k transformer le droit de statistique de 0 fr. 60 par quintal en un droit de 3 fr. La fraction radicale de la Chambre, fidèle aux traditions de 1789, s'opposa à cette augmentation, affirmant qu'elle ne se traduirait que par une hausse du prix du pain et qu'elle deviendrait ainsi une charge pour la classe ouvrière. Il n'en fut point ainsi: le prix du pain, loin de hausser, diminua, et le nouveau droit sans arriver à relever les cours du blé en France, les maintint néanmoins supérieurs à ceux du reste de l'Europe, en même temps qu'il donnait un certain essor à la culture Algérienne qui
dispose d'immenses espaces et ne demande qu'à être encouragée. L'importation se trouva réduite de 10.5i9.000 à G.477.000 quintaux, tandis que l'exportation passait de 39.500 à 74.000 quintaux. Toutefois, ces résultats ne furent pas jugés suffisants, car le marché Français se ressentait forcément des prix extraordinairement bas du blé Indien ou Américain, et les Chambres furent appelées à discuter un nouveau relèvement du droit tendant a le porter de 3 à 5 francs. Cette disposition fut votée (loi du 29 mars 1887), non sans avoir été vivement combattue. Il est intéressant de remarquer que parmi les opposants se trouvait un Député, riche agriculteur, représentant d'un département agricole, qui n'hésita pas à déclarer la lutte très-possible entre la France et 1' -étranger, à la condition que les propriétaires adoucissent prudemment leurs prétentions et cjue le gouvernement établît dans chaque région des champs d'expérience destinés à déterminer les engrais les plus favorables au blé et à en répandre l'usage ; sur ce dernier point, d'ailleurs, des essais ont déjà été entrepris par MM. Bonna et Grandeau qui ont obtenu des rendements allant jusqu'à 52 hectolitres par hectare pour le blé d'Australie qui est médiocre, et atteignant 35 hectolitres pour le blé lamed qui est une excellente variété. Certaines fermes du Nord produisent d'ailleurs 32 hectolitres par hectare et le rendement moyen de 10 hectol. (1883) est dépassé par 23 départements parmi lesquels il faut citer :
La Seine 28,00 hectolitres par hectare.
Seine-et-Oise 25, 43 — —
Le Nord 24,53 — —
Le Doubs 22,70 — —
Seine-et-Marne 22,52 — —
L'Oise 22,00 — —
A cette riche production, il convient d'ailleursde comparer les maigres résultats obtenus dans^ certains départements naturellement moins fertiles et souvent aussi moins enclins à s'assimiler les nouveaux procédés de culture :
Le Cantal 9,00 hectolitres par hectare.
La Corse 9,00 — —
La Savoie 9,34 — —
Saône-et-Loire 9,60 — —
L'Ardèche 10,00 — —
La Dordogne 10,00 — —
Le Gers 10,00 hectolitres par hectare.
Les Landes 10,00 — —
Lot-et-Garoiine 10,00 — —
LeVar 10,00 — —
Ces rendements sont bien faibles, et Ton s'étonne même de voir figurer à cette place des départements comme Saône-et- Loire et le Var dont Tinfériorité ne saurait s'expliquer que par leur prédilection pour la culture de la vigne.
En résumé, il semble incontestable que la moyenne du rendement est susceptible d*une augmentation sensible qui s'obtiendrait vraisemblablement par un choix judicieux des engrais et un assolement approprié à la nature du terrain, sans amener une dépense excessive d'exploitation.
L'expérience apprendra de quel côté se trouvait la raison dans cette lutte entre libre-échangistes et protectionnistes qui divisa non seulement le Parlement, mais encore le Cabinet. Pour le moment, l'Agriculture française semble satisfaite et l'opinion publique ne s'est point émue de Taugmentation nouvelle pu droit d'entrée qui, très vraisemblablement n'influera pas plus que la première sur le prix du pain.
Seif^le. — A mesure ((ue le froment prenait une place de plus en plus considérable dans Talimentation, l'étendue cultivée en seigle décroissait de 2.577.000 hectares (1840) à 1.717.000 hectares (1885), sans que toutefois le production totale fût sensiblement diminuée, grâce à l'augmentation du rendement. La récolte moyenne de seigle varie entre 25 et 30 millions d'hectolitres ([ui, au prix moyen de 10 fr. l'un, représentent une valeur de 250 à 300 millions.
Il y a des départements français, ceux du Gers, des Bouchesdu-Rhône, du Var, dont la production de seigle n'atteint pas 10.000 hectolitres, tandis que ceux de la Creuse, de la Loire, du Puy-de-Dùme, de la Haute-Loire et de la Marne en récoltent plus de 1.000.000 hectolitres.
La France ne produit qu'une quantité médiocre de cette céréale en comparaison des autres pays :
Russie 225.000.000 hectolitres.
Allemagne 80.000.000 —
Autriche-Hongrie 40.000.000 —
Quoique le seigle ne figure que pour une quantité insignifiante dans les importations françaises (25 à 27 milliers de quintaux i),