CHAPITRE IV
VIBIS ET CIDRES
Tins. — La viticulture, jadis si remarquable de la France s'est vue en butte, depuis quinze ans, à des fléaux variés dont le plus terrible est le phylloxéra. Malgré les efforts intelligents des intéressés et le concours zélé de TEtat, Fétendue et la production des vignobles Français ont diminué dans une inquiétante proportion ; il suffit, d'ailleurs, de voir les chiffres suivants pour s'en convaincre :
Superficie des vignes Production du vin Année (en hectares) (en hectolitres)
Le tableau ci-dessus n'éclaire même pas suffisamment sur la gravité des maux produits par le phylloxéra; en estimant à 2.500.000 hectares environ la superficie des vignes avant son apparition, il semble, au premier abord, qu'il n'a détruit que 500.000 hectares, mais il faut tenir compte des plantations faîtes 'depuis quinze ans qui s'élèvent à un chiffre à peu près égal, de sorte que c'est environ 1.000.000 hectares qui ont été anéanties par le fléau. Il faut ajouter aussi que plus de 600.000 hecfaresdes vignes actuellement existantes sont phylloxérées, mais résistent i»ncore. Il y a actu«'llement 54 départements atteints dans des proportions variées ; le bassin du Rhône a particulièrement souffert.
Un autre fléau, le Mildew est venu joindre ses efforts destructeurs à ceux du phylloxéra, mais il est jusqu'ici cantonné dans le
Su«l et, d*ailleurs, il ne semble pas devoir résister au traitement par le sulfate de cuivre. Je ne parlerai que pour mémoire de Voïdium qui, grâce au soufre, n'est plus incurable, et du black-rot que Fécole d'agriculture de Montpellier a étudié et détruit. La situation intéressante de la viticulture est Tobjet de la sollicitude <le l'Etat : une commission spéciale veille à Texécution des mesures législatives concernant la destruction ou l'isolement des surfaces attaquées et détermine les indemnités ou les encouragements en argent, en même temps qu'elle favorise la formation d'associations ayant pour but la défense des vignes et leur réfection au moyen de ceps américains. Le crédit annuel de 1 .î250.000 fr. dont disposait la commission a été récemment porté à 2.000.000 fr., fît il a été en outre établi un prix malheureusement non encore décerné, destiné à l'inventeur d'un remède efficace contre le phylloxéra.
Il semble établi que le traitement par le sulfure de carbone ou le sulfo-carbonate de potassium, ainsi que la submersion, atténuent rintensité du fléau. La submersion, en particulier, parait donner de bons résultats, et l'Etat a entrepris à ses frais, dans le département de l'Hérault, une dérivation du canal du Midi desservant 7,000 hectares; le montant des travaux (2.400.000 francs) sera remboursé par les redevances.
Quaud à la reconstitution des vignes détruites, elle a été opérée
avec suc«*ès en beaucoup d'endroits, et particulièrement dans
l'Hérault, au moyen des plants américains. On peut évaluer &
25.000 hectares la superficie annuellement plantée avec ce cépage.
I^ crise que traverse la viticulture a naturellement influé sur les échanges. La France qui, jadis, envoyait ses vins dans toutes l«s parties du monde, s'est vue obligée à restreindre sensiblement ses exportations. Les importations, d'origine Espagnole pour les 3/4, ont, par contre, énormément augmenté, mais la plupart des vins importés sont destinés au coupage, tandis que les crAs exportés sont pres(|ue tous de bonne marque. Ce mouvement est mis en relief par le tableau suivant :
Année Importation Exportation
(en hectoUtrcH) (en hectolitres)
La commission des douanes évaluait, pour 1885, h 0 fr. 90 par litre la valeur moyenne à l'exportation, et à 0 fr. 40 seulement celle des produits importés.
Il est facile de prévoir que le prix du vin a dû subir une augmentation considérable : de 30 francs, prix moyen de Thectolitre, chez le récoltant avant l'invasion du phylloxéra, il s'est élevé pour ces dernières années, à 38 ou 40 francs. 11 ne s'agit pas, bien entendu, des grands crûs de la Bourgogne ou du Bordelais qui atteignent quelquefois 1.500 ou 2.000 francs l'hectolitre.
Le régime fiscal des vins, comporté^ plusieurs droits : celui de circulation variant entre i et 2 fr. l'hectolitre, celui de consommation qui représente 12,125 0/0 de la valeur, et enfin celui d'entrée dans les villes de plus de 4.000 habitants, qui varie de Ofr. 40 à 3 francs. Les deux derniers droits sont payés ensemble dans les villes rédimées, et même, à Paris et à Lyon, les trois taxes sont perçues simultanément à l'entrée. L'économie générale de ce système a été l'objet de critiques assez vives, mais cependant il faut reconnaître que, grâce à l'activité des agents fiscaux, le fonctionnement en est satisfaisant.
Aux droits généraux ci-dessus, dont la (juotité s'élève à 8 fr.25 pour Paris, viennent s'ajouter les taxes d'octroi qui souvent sont très considérables : 12 francs par hectolitre à Paris, 11 francs à Lille, 7 francs à Lyon.
La consommation moyenne annuelle par habitant est d'environ 100 litres pour l'ensemble de la France, elle atteint 279 litres à Nice, est de 212 à Paris et s'abaisse à 51 à Cahors; il ne saurait être fait d'évaluation, pour la campagne, mais il est certain que le paysan consomme beaucoup moins de vin que le citadin, et, d'autre part, que les populations du Nord ont presque complètementabandonné l'usage de cette boisson pour lui substituer la bière. Le droit d'importation est de 4 fr. 50 par hectolitre pour tous les vins étrangers dont le titre alcoolique ne dépasse pas 15° ; au-delà de cette teneur, l'alcool excédent paie comme esprit pur. Il a été question d'abaisser le titre de 15° à 12° et cette mesure rencontrerait d'assez nombreux partisans, surtout parmi les distillateurs, mais les consommateurs souffriraient un véritable préjudice de son adoption ; la France a d'ailleurs besoin de vins très alcooliques, et le Sud de l'Espagne peut seul les lui fournir.
Les départements qui produisent le plus de vin sont :
L'Hérault 2.993.000 hectolitres en 1880
L'Aude 2.373.000 — —
Les Pyrénées-Orientales. . . 1.175.000 — —
La Gironde 1.109.000 — —
La valeur totale de la production Française est, chez le récoltant, d au moins 1.000.000.000 francs par an et Tenseinhle des droits perçus sur cette production attein t facilement 150.000.000 fr. Encore convient-il d'ajouter qu'une part assez considérable de la récolte est consommée sur place et ne paie aucune taxe.
La culture de la vigne est d'autant plus intéressante qu'elle est pratiquée par près de 2 millions de Français et qu'elle formait jadis le plus clair de la richesse agricole dans 20 ou 25 départements du Midi.
Les maux qui ont atteint la viticulture en France ont sévi avec beaucoup moins d'intensité dans les pays étrangers. Voici les principales productions annuelles :
Italie 30.000.000 hectolitres.
France ^26.000.000 —
Espagne 22.000.000 —
Autriche-Hongrie 8.000.000 —
Allemagne 2.5(K).000 —
Portugal 2.000.000
Etats-Unis 2.000.000 —
La plantation fait des progrès très rapides dans ce dernier pays ainsi qu'au Mexique et au Chili qui possèdent plusieurs centres vinicoles. Laculturede la vigne semble aussi appelée à un bel avenir en Algérie et la production y dépasse aujourd'hui 1.000.000 hect.
Cidre». — La France consomme une quantité considérable de cidre, particulièrement dans le Nord et l'Ouest. Toutefois, la production est éminemment variable à cause de l'influence du froid et de la sécheresse sur les pommiers.
La movenne des dixdernières années atteint 12.500.000 hectolitres, avec un maximum de 23.000.000 hectolitres en 1883 et un minimum de 5.500.000 hectolitres en 1880.
La récolte de 1880 a été mauvaise (8.300.000 hectol.) ; il est
vrai qu'en 1885 la production avait été de près de 20.000.000 hect.
Les départements qui produisent le plus de cidre sont: l'ille-
et-Vilaine, le Calvados, l'Orne, la Manche, la Seine-Inférieure, le
Côles-du-Nord, l'Eure et le Morbihan.
â6 PREMIÈRE PARTIE.
Les xîidres sofit soumis comme les vins à des droits de circulation (0 fr. 80 par hectolitre), de consommation (12,125 0/0 de la valeur) et d'entrée (0 fr. 35 à 1 fr. 35 par hectolitre). Ces taxes produisent de 12 à 15 millions, auxquels il faut joindre les 2 à 3 millions recueillis par les octrois. Le droit de douane de 1 fr. par hectol. sur les cidres étrangers ne produit rien, car l'importation est nulle. L'exportation est insignifiante, (10.000 hectolitres environ).