INDUSTRIES AGRICOLES
Industries ag^ricoles. — Aux destinées de Tagriculture sont intimement liées celles d'un grand nombre d'industries auxquelles elle fournit la matière première : la meunerie, la boulangerie, la féculerie, lamidonnerie, la distillerie, la sucrerie, la brasserie, etc. Je les désigne ici sous le nom général d'industries agricoles quoique cette dénomination soit quelquefois restreinte aux élaborations simples telles que la fabrication du beurre, du fromage, du cidre ou du vin.
Memiepie. — La meunerie est la plus importante et la plus répandue des industries agricoles ; elle compte, en France, 140.000 paires de meules, occupe 500.000 ouvriers et produit annuellement 55 à 65 millions de quintaux de farine et plus de 20 millions de quintaux de son et d'issues. Le salaire des ouvriers est d'environ 3 fr. 50 par jour et atteint 5 fr. à Paris.
Une récente exposition, entreprise sous les auspices du gouvernement, a mis en lumière les progrès accomplis dans Toutillage de cette belle industrie dont les produits ne sont surpassés en fini et en qualité par ceux d'aucun pays.
L'importation et l'exportation de la farine dans les dernières années ont été les suivantes :
Années. Importation. Exportation.
1878 74.000 quintaux. 1.397. 000 quintaux.
Les modifications récemment apportées au régime douanier des blés entraînaient comme conséquence immédiate une élévation du droit d'entrée sur les farines ; la question était de fixer la relation de proportionnalité. Divers raisonnements, tous fort acceptables, conduisaient à des conclusions difTérentes. Si, par exemple, on considère qu'à 100 kilos de blé correspondent 72 kilos de farine environ, au droit de 5 fr. par quintal de blé correspond un droit de 6 fr. 90 par quintal de farine. Mais il convient d'ajouter que le transport de la seconde matière est moins coûteux puisque, à valeur égale, les poids sont entre eux comme 100 et 72 ; de là, pour l'étranger, un avantage qui peut s'élever à 0 fr. 75 par quintal quand il s'agit de transporter de la farine plutôt que du blé des Etats-Unis en France. En prenant 0 fr. 60 comme différence moyenne de fret, on arrive à conclure à un droit de 6 fr. 90 + 0 fr. GO = 7 fr. 50 Une autre manière de voir la question, et c'est d'ailleurs celle qui a prévalu, consistait à admettre que la meunerie, en tant qu'industrie, a besoin d'une protection, car certaines minoteries, comme celles de Belgique, par exemple, trouvent dans le bon marché du combustible, de la main-d'œuvre et des transports un auxiliaire fort important. Restait à fixer celte protection ; 0 fr. 50 par quintal, tel est le chiffre auquel on s'est arrêté, et le droit sur les farines a été arrêté à 8 francs (mars 1887). Le chiffre de 9 fr. qui avait été proposé constituait une véritable protection industrielle incompatible avec les exigences auxquelles doit satisfaire une matière de première nécessité. D'ailleurs, le législateur a très prudemment laissé au gouvernement la faculté de suspendre en tout ou partie, par décret, les effets du tarif actuel relativement aux céréales et à leurs farines, au cas où le prix du pain s'élèverait d'une manière inquiétante.
La France n'est pas le seul pays qui ait accordé une protection à sa meunerie ; elle n'a fait que 'suivre l'exemple que lui offraient la Russie, l' Autriche-Hongrie, les Etats-Unis, la Serbie, la Grèce.
La minoterie Hongroise est celle qui semble occuper le second rang et les moulins à cylindres de Pesth jouissent d'une réputation européenne. Toutefois, les essais de ce système entrepris en France n'ont pas jusqu'ici, donné de résultats sérieux. C'est la Hongrie qui, avant le relèvement des tarifs, fournissait une partie de la farine destinée à la confection du pain riche.
Boulangerie. — La boulangerie ne saurait être l'objet d'une statistique bien exacte ; en effet, en dehors des agglomérations un peu importantes, on se heurterait à des difficultés incessantes. Cependant cette industrie est intéressante au premier
chef car le bon marché du pain est un bienfait inestimable et sa cherté peut être l'origine des plus désastreux conflits. On conçoit d'après cela, que les gouvernements qui se sont succédés en France aient cherché à conserver cette industrie sous leur dépendance et que TAssemblée nationale de 1789 elle-même ait hésité à lui rendre la liberté. Jusqu'à Tannée 1863, c'est Tadministration qui a fixé le prix du pain, et, cependant, comme il arrive pour la plupart des immixtions du pouvoir dans l'industrie nationale, cette tutelle n'a pas donné les résultats que l'on espérait, et n'a pas empêché le pain de monter à 0 fr. 62 le kilogramme en 1847. Depuis 1863, la boulangerie est devenue complètement libre ; nonobstant, les fluctuations des cours ont été moins considérables.
Le rôle de l'administration se borne à afficher les cours des blés, des farines et du pain dans les communes ayant plus de 1.500 habitants.
La consommation du pain est l'un des éléments les plus sérieux pour l'estimation du bien-être d'un pays ; j'ai eu l'occasion de dire antérieurement dans quelle proportion elle s'est accrue. Le chiff're de 530 grammes par jour, ou 192 kilog. 450 par an et par personne, qu'indique M. Biaise (des Vosges) peut être adopté pour l'ensemble de la France. Dans les agglomérations urbaines, la consommation est très variable ; le tableau suivant fait ressortir cette inégalité :
Consommation par habitant et par an.
Tourcoing 282 kilogrammes.
Tulle 252 --
Marseille 244 —
Lille 227 —
Lyon 159 —
Paris 152
Oriéans 132 —
Quant à la consommation rurale, il est impossible de l'apprécier exactement : la coutume de faire le pain à la maison même, subsiste dans une grande partie de la France et beaucoup de fermes possèdent un four pour la cuisson.
On ne saurait trop appeler l'attention sur les avantages que présentent les boulangeries coopératives tant au point de vue de l'économie qu'à celui de la fixité des cours. Malheureusement, la coopération qui a si bien réussi en Angleterre, son pays natal, et aux Etats-Unis, n'a pas encore trouvé sa vraie voie chez les peuples Latins et n'est encore, en France, qu'à ses débuts.
Pft.tesi alimentaipes. — L'industrie des pâtes alimentaires importait autrefois annuellement deux millions d'hectolitres de blé dur d'origine russe ; depuis le relèvement des droits, c'est à TAlgérie qu'elle s'adresse pour le plus grand profit d*ailleurs de cette colonie. Le même phénomène s'est produit pour les semoules dont la production, localisée aux environs de Marseille, a pris depuis vingt ans une extension extraordinaire *. Les fabricants de pâtes alimentaires et de semoules ont vivement protesté contre l'élévation du tarif douanier des céréales qui, suivant eux, créerait une situation désavantageuse par rapport à leurs concurrents italiens grevés seulement d'un droit de i fr. 40 par hectolitre de blé importé. Sans vouloir discuter la légitimité de cette réclamation, je ferai seulement observer qu'elle démontre bien la complexité des questions économiques et la difficulté pour le législateur de satisfaire tous les intéressés. 11 faut ajouter que les pâtes et semoules étrangères sont frappées d'un droit d'entrée de 6 francs par quintal, ce qui constitue une assez belle protection industrielle.
Fécnlerie. — La fécule de pommes de terre, dont l'extraction avait pris une certaine importance depuis 1833, s'est vue supplanter par le maïs dans la fabrication de la glucose. Il en est résulté un dommage sensible pour la féculerie. Toutefois, cette industrie, dont la production annuelle ne dépasse pas 50.000.000 kilogrammes, trouve, dans la fabrication du tapioca et du sagou, un important débouché qu'elle n'utilise même pas complètement, car l'étranger (particulièrement la Rolande), envoie en France des quantités croissantes de fécule (12.000.000 de kilog. en 1886), en dépit du droit de 4 francs par quintal. Ce fait est dû au bon marché atteint par les fabricants hollandais qui peuvent livrer leur fécule à raison de 25 francs le quintal, à Paris, alors que les producteurs français la vendent à ce prix sur les marchés de province.
Les féculicrs ont vivement insisté pour obtenir un droit sur le maïs, mais leurs intérêts ont dû être subordonnés à ceux des industries puissantes et nombreuses qu'alimente cette céréale dont la culture est limitée en France par des difficultés climatériques dont j'ai parlé plus haut.
Les nombreuses transformations dont la fécule est susceptible sous l'action de la chaleur ou des acides peuvent lui ouvrir dans l'avenir de nouveaux débouchés industriels. Elle sert déjà à fabriquer la dextrine et la gommeline employées pour l'apprêt des tissus et le glaçage du papier.
1. Cette industrie utilisait 90.000 hectolitres de blé par an avant la guerre ; à partir de 1877 il lui en a fallu plus de 2.000.000 chaque année.
Amidon. — Avant 1860, il y avait en France 150 grandes fabriques d'amidon, car cette substance payait un droit d'entrée
de 21 francs par quintal. L'amidon ayant été, après cette date, considéré cemme une matière de première nécessité, le droit fut réduit à 1 fr. 50, et, actuellement, il est de 6 francs; en même temps, le nombre des fabriques s'est abaissé de 150 à A, Tel est généralement le résultatdes mesures qui fontpasser brusquement d'un système dans un autre diamétralement opposé.
Lesbrisures de riz (5.000.000 kilog.), le maïs (5.000.000 kilog.), un peu de blé, telles sont les matières premières utilisées pour produire annuellement en France 5.000.000 kilog. d'amidon valant 2.500.000 francs. Cette quantité, bien inférieure aux besoins 4e l'industrie, représente à peine la moitié de la consommation. La Belgique envoie 2.600.000 kilog. et l'Allemagne à peu près autant. Cette importation se fait en boîtes très petites (62 grammes), que ces pays fabriquent à bon marché et introduisent comme carton brut d'emballage à la faveur des traités actuellement existants. L'amidon est bien soumis à un droit de 6 francs par quintal, mais le fractionnement extrême, qui fait jouer un rôle si considérable au cartonnage, annihile les effets de ce droit.
Glucose. — La quantité de glucose annuellement fabriquée en France est d'environ 25.000.000 kilogrammes valant 12.000.000 francs. La glucose sert principalement à la confection des sirops « massés » et à la saccharifîeation de la bière ; elle est préférable au sucre toutes les fois que Ton tient à éviter la cristallisation du sirop ou de la confiture et surtout lorsqu'il faut mettre à profit les qualités fermentescibles du produit saccharifié. Toutefois, elle a beaucoup perdu de son importance depuis le développement de l'industrie sucrière. Le maïs est actuellement la matière première la plus économique pour l'extraction de la glucose et son emploi offre l'avantage de laisser des sous-produits utilisables dans l'agriculture.
Alcool. — Jusqu'en 1854, l'alcool de vin alimentait presque exclusivement le marché Français; l'apparition de Voidium^ en diminuant notablement la production des vignes, enseigna la nécessité d'extraire l'alcool des matières amylacées qui le contiennent en proportions variables. C'est de là que naquit cette vaste industrie de la distillation des céréales, des betteraves, etc., qui a pris une place d'autant plus considérable qu'un nouveau fléau, le phylloxéra^ a envahi les vignobles et y fait des ravages bien plus considérables que n'ont jamais été ceux de Yoïdium. Cette substitution est mise en relief par les chiffres suivants :
Moyenne annuelle. Alcools de betterave^
Période Alcool de vin de grains, etc.
1840-1850 851.000 hectolitres 76.000 hectolitres
Le tableau ci-dessus fait voir, en même temps, Timportance croissante de la consommation de l'alcool. Si Ton tient compte de l'importation (202.000 hectolitres en 1885) et de l'exportation (270.000 hectolitres dans la même année), on est amené à considérer que chaque Français consomme 3 litres 95 centilitres d'al • cool absolu par an, et, comme les 3/4 de la population ne font pas usage de cette boisson, la moyenne pour le 1/4 restant atteint à près 16 litres par an, soit environ un décilitre d'eau-de-vie par jour. Ce chiffre est assurément fort élevé et digne d'attirer l'attention des économistes et des philanthropes; il assigne cependant à la France un rang assez enviable lorsqu'on la compare à ce point de vue avec les autres nations.
Les départements qui consomment le plus d'alcool sont :
La Seine-Inférieure 13 litres 20 par habitant et par an.
La Somme 8 — 50 — —
L'Eure 8—00 — —
La Seine: 6—30 — —
Ceux qui en consomment le moins sont :
Le Gers 1 litre 70 par habitant et par an.
La Savoie 1 — 00 — —
Les Landes 1 — 00 — —
La Haute-Savoie 0 — 60 — —
Il est intéressant de remarquer que les départements de la première série sont tous riches et remarquables par la densité de leur population et leur activité agricole, industrielle, ou commerciale, tandis que ceux de la seconde sont dans une situation absolument opposée.