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RÉSUMÉ STATISTIQUE

Dans ce chapitre, je crois utile de résumer les principaux renseignements statistiques de ce livre qui se rapportent à Tépo- <iue actuelle.

De 1852 à 1882 (dernier recensement agricole décennal publié par le Ministère de ragricullure) le capital agricole a augmenté dans la proportion de 46,8 pour KK). La valeur des animaux domestiques a également augmenté de 103,34 pour 100, et celle des semences, de 23,10 pour 100.

Grâce au perfectionnement des races, la valeur du bétail en France s'est accrue dans une proportion plus grande que le chiffre de l'augmentation absolue des animaux domestiques.

De 1809 à 1885, les dépenses de l'État pour encouragements à l'agriculture ont presque doublé (8.186.642 francs en 1869 contre 15.386. 426 francs en 1885.) L'accroissement de la dotation de l'enseignement agricole a suivi la même proportion (1.239.282 francs en 1869 contre 2.156.219 francs en 1885.)

Les gages des domestiques employés dans les fermes ont monté, pendant l'espace de 21 ans (18621882) dans la proportion de 40 pour 100.

Le Ministère de l'agriculture a été créé et l'enseignement agricole, à tous les degrés, a pris une grande extension: ainsi, l'enseignement élémentaire s'est vulgarisé pendent que l'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur se perfectionnaient.

70i IIUITIKME PARTIE.

La crise viuicolcqui a commencé en 1875, a produit les résultats suivants : .

Exportation de vins. Importation de vins. DifTérence de la production Années. Hectolitres. Hectolitres. nationale.

Si, d'après ces indications, nous évaluons ù 40 francs rhectolitre de vin importé et a 90 francs l'hectolitre de vin exporté, nous obtiendrons le résultat comparatif ci-après :

Valeur du vin Valeur du vin Différence de la production

Années. exporté. importé. nationale.

1875. 335. 790. 000 fr. 11.680.000fr. + 324.110.000fr. 1886. 243.810.000 440.360.000 — 196.550.000

Donc, de 1875 à 1886, la France a perdu, par suite de la crise vinicole, en ce qui concerne son commerce extérieur, la somme de 520.660.000 francs.

Cette perte, évaluée au point de vue delà production, est toutefois plus considérable :

Années. Hectolitres.

1875. — Production du vin en France 83.800.000

DifFércnce en moins pour 1886 58.700.000

Mettons à iO francs, prix minimum, l'iieclolitre de tout le vin produit en France ; il faudra conclure que le phylloxéra, cause principale de la crise vinicole, a lait subir à ce pays, de 1875 à 1886, une perte annuelle de 2 milliards 348 millions de francs.

L'évaluation de 40 francs par hectolitre étant trop basse, on peut fort bien compter la perte de la production du vin en France, à la suite des ravages du phylloxéra, à plus de 3 milliards de francs par an.

Depuis l'invasion de ce fléau jusqu'en 1886, 1.000.000 d'hectares de vignes ont été détruits.

Provoqu<'e par la concurrence étrangère et aggravée depuis 1883, la crise des céréales a diminué léteiidue et les profits de cette culture. Dans certaines régions, elle est même devenue onéreuse pour les cultivateurs.

La crise des grains pèse sur une production annuelle de plus o milliards 700 millions de francs, soit plus de la moitié de la production végétale en France et près du tiers de toute la production agricole de ce pays.

Cette crise a occasionné Textension des prairies naturelles ou herbages ; et, comme conséquence, Taugmentalion du nombre des animaux de boucherie dont la valeur a diminué, ces dernières années, de 30 pour 100. Des droits protecteurs, augmentés dernièrement, ont été opposés à l'invasion du marché français par les céréales et le bétail de provenance étrangère.

Des lois récentes (i88i) sur la fabrication des sucres ont heureusement modifié la perception de l'impôt grevant le poids de la betterave et favorisé la culture industrielle de cette racine ainsi que la fabrication des sucres. Aussi la production indigène des sucres s'est-elle accrue de 270 à 406 millions de kilogrammes dans respace de 7 ans (1880-1886).

L^État n*a pas perçu 34 millions en 1886, car le rendement des betteraves en sucre s'est élevé à 8 pour 100 ; mais, sans la loi de 1884, rindustrie du sucre et de la betterave aurait continué à péricliter et n'aurait pas donné à l'Etat 150 millions de francs par an, produit moyen des années 1885 et 1886. Il faut concilier les intérêts du Trésor et ceux de cette industrie ; de nouveaux impôts pourraient la ruiner, alors qu'elle est arrivée aujourd'hui à un certain degré de prospérité.

Les récoltes de tabac indigène, culture incomplètement favorisée par le climat de ce pays, fournissent chaque année 150 millions de kilogrammes en feuilles. Prix total : 15 millions de francs, à ajouter au produit total de l'agriculture en France.

La séricuUure commence à sortir des crises produites par la maladie du ver à soie. Cette maladie, étudiée par M. Pasteur, a constitué un de ses titres de gloire. La production française des cocons qui avait baissé de 25 à 6 millions de kilogrammes par an, s'est arrêtée sur cette pente fatale et même a repris sa marche ascendante. Production actuelle : 8 millions de kilogrammes par an.

En 1850, la production des alcools de vin en France était de 11 millions 851.000 hectolitres, contre 76,000 hectolitres d'alcools fabriqués avec des produits divers. — En 1885, la proportion était au contraire de 1 pour l'alcool de vin (102.000 hectolitres), contre 17,5 (1 million 800.000 hectolitres) pour l'alcool fabriqué avec des produits divers.

De 1850 à 1885, diminution des alcools de vin dans la proportion de 1 à 7,5, et augmentation de l'alcool fabriqué avec des produits divers dans la proportion de 23,5 à 1. Production totale:

921.000 hectolitres en 1850 et i million 902.000 hectolitres en 1885, soit une proportion de 1 à 2.

L'exportation de Talcool n'ayant pas beaucoup augmenté, on peut dire malheureusement que la consommation de ce produit a doublé en 35 ans. Une des causes de cette augmentation est la diminution dans la production du vin, depuis les ravages du phylloxéra en France. En effet, dans les régions où le vin est plus rare, la consommation de Talcool est plus considérable.

La bière, plus hygiénique, tend à se répandre en France depuis la diminution du vin. L'importation des bières, en 1870, a été de 48.000 hectoHtres, et, en 1886, de 292.000 hectolitres, ou 6 fois plus considérable. En 20 ans, la consommation a augmenté de 30 pour 100. Production de la bière en France : 8 millions d'hectolitres. C'est la moitié de celle des Etats-Unis du Nord et de celle de TAutriche-Hongrie, plus de la cinquième partie de celle consommée en Angleterre (45 millions d'hectolitres) et plus de la sixième partie de celle consommée en Allemagne.

La production des graines et fruits oléagineux diminue en France, mais l'importation s'en est accrue et a donné un grand essor à la fabrication des huiles et des tourtaux.

La loi de 1874 a exercé une influence décisive sur les perfectionnements de la race chevaline. Le prix moyen des animaux de cette race a augmenté dans la proportion de 7 à 10 en 30 ans. En 1856, Texportation des chevaux (5.000) égalait le quart de l'importation (20.000); aujourd'hui la proportion est de 15 à 10 (27.500 pour l'exportation contre 17.500 pour TimportationJ.

De 1812 à 1882, la consommation de la viande en France a suivi la progression de 1 à 1,6, soit une augmentation de plus de 50 pour 100. Ajoutons que la consommation du pain s'est largement étendue et que la qualité des céréales employées est meilleure. Voilà une preuve incontestable de l'accroissement du bienêtre général. Valeur de la viande consommée annuellement en France : 1 milliard 500 millions de francs. Telle est aussi la valeur du lait consommé en nature ou transformé en fromages.

Pour favoriser l'élevage du bétail, le gouvernement français a pris certaines mesures protectrices : 1** Création du comité des épizooties, disposant annuellement de 40.000 francs pour étudier les maladies contagieuses du bétail ; 2» Consignation d'une somme de 500.000 francs destinée à indemniser les éleveurs des pertes occasionnées par les animaux abattus pour cause de pneumonie contagieuse ; 3** Consignation d'une somme de 800.000 francs destinée aux concours agricoles, régionaux ou départementaux, des animaux reproducteurs ou de boucherie; 40 Élévation des droits d'importation sur le bétail dans les propor-

lions suivantes : 38 francs pour un bœuf, 20 francs pour une vache, 8 francs pour un veau, 5 francs pour un mouton ou une brebis. Les droits d'entrée sur les viandes fraîches ou salées ont été aussi élevés dans la proportion de 12 francs par quintal métrique de 100 kilogrammes.

Ces mesures deviendront sans doute insuffisantes dans quelque temps pour arrêter Tinvasion des produits étrangers obtenus à un bon marché exceptionnel.

Les neuf dixièmes des propriétés en France ont une étendue ne dépassant pas 40 hectares ; et sur 3.362.000 petits propriétaires, il y en a 2.635.000 (plus des deux tiers) qui ne possèdent pas plus de 10 hectares. C'est à peine si on compte 142.000 propriétaires possédant plus de 40 hectares.

Ce morcellement donne un grand bien-être au peuple français, mais il est aussi une cause de la cherté des produits agricoles (voir page 65), et, jusqu'à un certain point, un obstacle à Taugmentation normale de la population (voir page 361 et suivantes).

Contrairement aux renseignements agricoles qui précèdent, certaines cultures, comme celles des arbres fruitiers, des fleurs, les cultures maraîchères et d'autres qui réclament le travail assidu de Thomme, se sont améliorées, en ces derniers temps, atténuant un peu les effets de cette crise agricole qui menace d'anéantir une grande partie de la richesse publique en ce pays. Il ne faut pas oublier que, dans cette richesse, le capital agricole seul monte à plus de 100 milliards de francs et que le revenu dépasse 11 milliards, en laissant aux cultivateurs un boni de plus de 1 milliard par an, après déduction de 600 millions de francs pour les impôts et de toutes les charges qui pèsent sur Tagriculture.

La crise industrielle bien moins terrible que la crise agricole, mais pourtant considérable, est une conséquence de l'excès de la production sur la demande. Elle peut être partiellement combattue par le moyen de Tassociation qui protégerait les intérêts communs des associs, en leur éprocurant des débouchés pour leurs produits et en les mettant à couvert des contrefaçons.

L'industrie française occupait 25 pour 100 de la population du pays, proportion quia diminué, dans les dix dernières années, de 1,6 pour 100. Et le montant de la production actuelle de l'industrie en France peut être compté à 6 milliards et demi.

L'extension donnée à l'enseignement^ technique des divers arts et métiers, les fonds accordés aux expositions, le système d'exposition des produits largement favorisé et encouragé par le gouvernement; la reconnaissance légale des syndicats ; la

formation de musées commerciaux ; la mission confiée aux consuls de France et aux chambres de commerce françaises établies à l'étranger, pour procurer aux fabricants français les renseignements nécessaires sur la production des matières premières et sur la consommation probable des produits de Findustrie nationale ; enfin d'autres moyens, trop longs à énumérerici; telles sont les mesures adoptées par le gouvernement pour combattre autant que possible ou pour atténuer les effets de la crise industrielle que traverse la France et qui existe également chez toutes les grandes nations manufacturières du monde.

L'agriculture et Tindustrie entretiennent les trois quarts de la population en France et produisent de 18 à 20 milliards de francs chaque année. Les salaires de Tagriculture et de l'industrie dépassent la somme de 6 milliards et demi par an, et ils sont pourtant inférieurs de 1 milliard et demi aux revenus nets de la propriété non bâtie, des propriétés construites, des valeurs mobilières, des créances hypothécaires et chirographaires, ainsi que des rentes de la dette française perpétuelle, amortissable et viagère. J'ajoute les salaires de Tagriculture et de l'industrie aux revenus ci-dessus mentionnés, et j'ai un total de plus de 14 milliards et demi de francs. Il reste 8 millards comme revenus du commerce et des transports, des personnes exerçant des professions libérales en dehors de l'industrie, de l'agriculture et du commerce, enfin comme solde de la force publique et des employés civils du gouvernement et des communes. On arrive ainsi à un total annuel de 22 à 23 milliards de francs, somme à laquelle M. de Foville évalue le revenu total perçu par les classes laborieuses et par les rentiers en France.

Quant au mouvement commercial de ce pays, les chiffres suivants donnent une idée exacte de son accroissement progressif:

Périodes

Importations

Millions

de francs

Exportations

Millions

de francs

Millions

de francs

La progression est évidente et, à ce point de vue, le commerce français, loin de rétrograder, a marché de l'avant.

Quelques chiffres permettront de se rendre compte deslignes de chemins de fer d'intérêt général construites sous les divers régimes politiques de la France.

Nombre annuel Lignes Lif^nes de

prèexistentes construites Total. kilomètres

Époques kilomètres kilomètres kilomètres construits

Gouvernementdejuillet

Deuxième République

Second empire (1852-

Troisième République

Quant aux chemins de fer coloniaux, il est bien plus évident que la troisième République a l'avantage sur le second empire.

Total des chemins de fer Nombre de kilomètres EpOiincs coloniaux construits. construits par an.

Second Empire

(1852-1870). . . . 517 kilomètres 48 kilomètres

Troisième République

Pour les routes carrossables, voici un résumé comparatif entre les deux époques :

Sommes dèpen-

Routes en cons- sées annuelle-

Routes carrossables truction ou ment pour les

Epoques. en exploitation. abandonnées, chemins vicinaux

Kilomètres. Kilomètres. Francs.

Second Empire

Troisième Républicjue

La valeur des routes carrossables nationales, départementales et vicinales monte au chiffre de 6 milliards qui représente exactement la moitié des frais de premier établissement des chemins de fer.

Sur les routes carrossables, on transporte annuellement 6 millions de tonnes; c'est un transport 15 fois plus grand que celui qui se fait par les chemins de fer.

Alors que, par les Messageries terrestres, ont été transportés 1. 500.000 voyageurs par an, les chemins de fer en transportent 200.000.000. Proportion entre ces chiffres : 1 à 135.

Evidemment les résultats des chemins de fer, à égalité de dépense, sont bien plus considérables que ceux des routes carrossables.

Quant au trafic par rivières et canaux, Taccroissement de 1872 à 1884 saute aux yeux :

Marchandises trans- Marchandises trans^ portées par rivières portées par canaux Total des marchaii- Années (tonnes.) (tonnes.) dises transportées.

DifTérence en fafaveur de 1884. 108.264.000 198.144.000 307.418.000

Les mouvements d'embarquement et de débarquement sur les rivières et canaux sont exactement égaux et peuvent être estimés chacun à 21 millions de tonnes. Le double mouvement de ce trafic équivaut à moins de la moitié de celui des chemins de fer.

De 1879 à 1886, le Gouvernement de la troisième République a dépensé, pour l'amélioration des rivières navigables, 196 millions de francs, et 326 millions pour l'amélioration des canaux ; ensemble 522 millions de francs. Les sommes dépensées de 1870 à 1878 dans le même but, peuvent être évaluées à 238 millions de francs. De sorte que l'administration actuelle a dépensé en totalité 760 millions de francs jusqu'en 1886, ce qui fait une somme annuellede 48 millions. C'est le double des dépenses faites par les précédentes administrations depuis le gouvernement de

Juillet.

Voici quelques chiffres indiquant exactement le progrès constaté dans la navigation maritime de la France :

Epoques.

Augmentation en faveur de 1883.

itrées et sorties

des navires.

Tonnelage.

Il y a lieu de remarquer que, tandis que l'augmentation du nombre des navires n*a pas dépassé 18,5 pour 100, l'augmentation du transport des tonnes a été de près de 66 pour 100. Cette anomalie apparente s'explique par ce que les navires nouvellement construits comportent un tonnelage bien plus grand que les anciens.

Le mouvement partiel des ports de France a profité de Taccroissement du mouvement général de la navigation de ce pays. En 10 ans, le mouvement du port de Marseille est monté de 5.250.000 tonnes (1875) à 7.800.000 (1884). Le Havre qui, en 1877,

avait un mouvement de 3.650.000 tonnes, est arrivé, en 1885, à 4.650.000. Le port de Bordeaux comptait, en 1877, un mouvement de 2.883 navires avec un tonnelage de 1.291.318, et, en 1886, il en était à 3.368 navires d'une capacité de 2.000.000 de tonnes. Un semblable progrès se fait remarquer à Rouen, Nantes, Paris comme terme de navigation fluviale, etc.

On peut donc dire que la crise monétaire agricole et industrielle n'ont pas exercé une très grande influence sur le mouvement du commerce et de la navigation en France. Le fait môme que la population vivant du commerce et des transports a augmenté énormément, ces derniers temps, prouve bien que cette branche de la vie nationale est en progrès.

Les efl'orts combinés du gouvernement et des chambres de commerce ont réalisé de grandes améliorations matérielles dans les ports.

Malgré la crise universelle sur les transports maritimes, les grandes lignes françaises de navigation ont continué à prospérer et les subventions que le gouvernement leur a accordées, leur sont d'un puissant secours.

Diverses sociétés de constructions maritimes, parmi lesquelles je nommerai spécialement celle des Forges et chantiers de la Méditerranée^ ont pu lutter avantageusement avec d'autres sociétés similaires de Tétranger, plus favorisées au point de vue du bon marché du charbon et du fer. Cette concurrence honore donc hautement l'industrie française.

La France est aujourd'hui plus que jamais le premier centre monétaire du monde par rapport au nombre des habitants. La comparaison suivante démontre cette assertion :

Circulation

Propor-

de la

Circulation

tion de

monnaie

de la

monnaie

Nations.

d'or

monnaie

Circulation

Circulation

réelle et

française.

d'argent.

fiduciaire.

totale.

fiduciaire

Milliers de

Milliers de

Milliers de

Milliers de

par habi-

francs.

francs.

francs.

francs.

tant.

France ....

Etats-Unis du

Nord ....

Angleterre . .

Allemagne . .

L'unique établissement de crédit qui possède dans la métropole le privilège d'émettre des billets de banque est la Banque de France. Cette société a résisté aux dures secousses de l'époque néfaste de 1870-1871 et a pu prêter au gouvernement national

de fortes sommes, sans que ses billets aient subi la moindre dépréciation et malgré la nécessité impérieuse qui força le gouvernement, à un moment donné, à décréter le cours forcé.

L'épargne privée, à part Tinfluence fatale de la crise économique de 1847 et de la guerre de 1870-1871, s'est accrue prodigieusement. Les sommes déposées dans les caisses d'épargne publiques et postales dépassent aujourd'hui 2 milliards 362 millions de francs. — 5 millions de déposants remettant leurs économies aux caisses de TÉtat démontrent la confiance du public dans la solvabilité du gouvernement national.

Le maximum des dépôts aux caisses d'épargne, du temps du second Empire, a été de 700 millions de francs. Aujourd'hui la somme est plus de 3 fois supérieure.

C'est encore l'épargne privée qui, en immense majorité, a couvert les grands emprunts nationaux ainsi que bien des emprunts de gouvernements étrangers. C'est cette épargne qui soutient des entreprises comme celle du canal de Panama qui a déjà absorbé des sommes énormes.

L'épargne française, calculée dans sa totalité, peut être évaluée à raison de 1.000 francs par habitant.

Les sociétés coopératives ont pris en France, dans ces derniers temps, un grand essor. Dans l'espace de 32 ans (1852-1883) les sociétés mutuelles ont passé du nombre de 50 au nombre de 2.488 avec un capital de 10.700.000 francs. En 1883, les sociétés de secours mutuel existantes dans le pays étaient arrivées au nombre de 7.496 avec 307.247 adhérents et un capital de 114.700.000 francs.

L'administration actuelle a introduit dans le service postal et télégraphique des réformes fort appréciables. Pour ce qui est du service postal, les chiffres suivants indiquent exactement les progrès réalisés :

Nombre de pièces Produit des tnxcs Produit moyen des

Années. transportées. postales. pièces transportée».

1869. . . 731.000.000 85 . 692 . 000 fr . 0,118fr.

La caisse d'épargne postale est une institution qui, en plus de 6 ans, a pris un grand développement mérité, tant elle a la confiance du public. Cette institution laisse dès à présent au gouvernement une disponibilité de plus de 195.000 francs. Le service de la caisse étant très accessible au public devient pour celuici d'une grande utilité.

De 1869 à 1885, le réseau des lignes télégraphiques a presque

triplé en France (lli.OOO kilom. à 300.000), En 1869, le nombre des télégrammes transmis était de i. 754.000, et la transmission produisait 10.367.000 francs. En 1886, le nombre total des télégrammes est monté à 2i. 950. 000, et le produit delà transmission est arrivé à 29.263.000 francs. Pendant Tannée citée d'abord, le prix moyen de transmission d'un télégramme était de 2 francs 18 centimes. Il n'était plus que de 1 franc 17 centimes en 1886.

La population française, diminuée par la séparation de F Alsace-Lorraine, a monté pourtant à un chiffre plus grand que celui de 1869. Malgré cela, il faut remarquer que l'accroissement annuel par l.(XX) habitants n'est plus aujourd'hui que de 17, tandis qu'en 1821 il était de 74. Et même l'augmentation est due en grande partie à l'immigration des étrangers. L'excédent des naissances sur les décès n'est pas plus de 78.974 pour 1884; il montait à 232.078 en 1832. Cet excédent est même descendu en 1886 jusqu'à 52.560.

La grande augmentation des habitants de l'Empire d'Allemagne, de Russie et d'autres pays contraste avec les chiffres précédents.

Ce ralentissement dans l'augmentation de la population en France n'est pas dû à la pauvreté, puisqu'on constate un plus large bien-être parmi les classes laborieuses ; et précisément dans les départements où le bien-être du peuple est plus grand, les naissances sont moins nombreuses, quoique le nombre des mariages augmente proportionnellement. 11 y a là une grave question sociale qui mérite la plus sérieuse attention des législateurs.

La population coloniale de la France, sous la troisième République, est à celle de la métropole, comme 46 est à 54 (32,878.965 habitants pour les colonies, contre 38.219.000 habitants pour la métropole).

Sous la troisième République, la France a vu grandir sa puissance coloniale dans les proportions suivantes :

Kilomètres carres. Habitants.

Colonies antérieures à 1870 892.532 16.578.965

Colonies actuelles 2.420.932 43.878.950

Empire colonial acquis sous la troisième République 1.520.000 27.300.000

Les recettes du budget, sous le régime actuel, sont 4 fois supérieures à celles du premier Empire et de la Restauration; elles dépassent de près de 3 fois et demi celles du gouvernement de Juillet; elles sont de plus de 2 fois et demi plus grandes que celles de la deuxième République et de 50 pour 100 supérieures à celles du second Empire.

Les impôts indirects ont passé d'un rendement moyen de 103 millions par an à 1 milliard 200 millions. Sous le Consulat et TEmpire, le Département des postes produisait annuellement 23 millions de francs ; aujourd'hui il atteint le chiflFre de 177 millions. Les impôts sur les revenus et produits divers ont monté, entre ces deux époques, de 33 millions et demi à 145 millions et demi de francs par année.

Les recettes totales du budget, au temps du Consulat et de TEmpire, étaient de 972 millions de francs ; actuellement, ces recettes arrivent après de 4 milliards, en y comptant le budget extraordinaire.

Quant aux dépenses, je me bornerai à citer les chiflFres suivants qui se rapportent aux deux dernières administrations :

Second Empire. Troisième République

Dette publique 573.212.000 fr. 1.314.493.458 fr.

Instruction publique . . . 25.474.000 160.646.805

Beaux-Arts 6.515.000 16.173.538

Travaux-publics 152.927.000 329.784.079

Agriculture et commerce. 17.139.000 47.312.000

Guerre 497.800.000 699.700.453

Marine et colonies . . . . 193.379.000 270.936.000

L'Empire augmenta la dette à lui transmise par la deuxième République d'une rente de 151.000. 000 de francs. La troisième République dut ajouter à la dette de l'empire une surcharge de 741 millions de francs dont plus de 550 millions ont été imposés par la triste nécessité de liquider les dépenses de la guerre de 1870-1871. De sorte que, en dehors de cette somme, la troisième République n'a réellement aggravé par elle in(*me la dette de l'Empire que de 191 millions de francs en rentes.

Dans une période égale de 18 ans pour chacun des deux régimes, la différence entre la surcharge du second Empire et celle de la troisième République est donc de 37 millions de rentes seulement.

Le 3 pour 100 amortissable, créé par M. Léon Say est appelé à devenir le type unique de la dette convertie de ce pays. Le 3 pour 100 non amortissable a vu coter son cours minimum en 1818 (49 fr. 80 cent.), vers la fin de la crise monétaire qui précéda la deuxième République; et ces mêmes titres de la dette publique ont atteint leur cours maximum en 1881 (85 fr. 75 cent.)

Ce cours élevé et les brillants résultats des emprunts destinés à la libération du territoire français, comme de ceux qui

ont été émis depuis et dont un a été couvert plus de 22 fois, prouvent que le crédit national, sous le régime actuel, est monté à un haut degré de prospérité ; et cela, bien qu'on ait été forcé d'augmenter le chiffre de la dette publique.

Trois conversions de rentes ont été effectuées en 12 ans, sous la République, depuis 1875. La première, c'était en mai 1875, pour l'emprunt du Gouvernement de la Défense nationale, dit emprunt Morgan. Capital nominal : 250 millions de francs. L'opération était terminée en avril 1876, c'est-à-dire en moins d'une année. — La deuxième conversion, ou conversion Tirard, eut lieu en mai 1883. 11 s'agissait de convertir 340,519,124 francs de rente. Remboursements demandés : 4.767 francs seulement. Pour tout le reste, la conversion a été acceptée. — En novembre 1887, eut lieu la conversion Rouvier. Les remboursements n'ont pas dépassé 80.187.514 francs en capital, et la conversion a été acceptée pour un capital de 759.812.486 francs. De plus, le public a souscrit à la nouvelle rente 3 pour cent pour un capital de 50 millions environ. Cette troisième conversion, effectuée au milieu d'une crise ministérielle, a réussi comme les deux précédentes.

L'accroissement continuel des dépôts faits aux caisses d'épargne et la masse des titres, valeurs, actions, obligations souscrites par l'épargne française, démontrent bien qu'en ces derniers temps la richesse publique a augmenté.

L'armée française, de 1871 à ce jour, a vu s'accroître son effectif. Son organisation a été réformée selon les progrès de la science de la guerre. Enfin l'armement a dû être changé et mis à la hauteur des exigences de l'époque. De même le système des fortifications a été radicalement modifié. Le budget ordinaire de la guerre, comparé à celui du second Empire, présente peu de différence, vu l'augmentation considérable des effectifs actuels (sous l'Empire : 350.000 hommes et 409 millions de francs ; sous la troisième République : 483.000 hommes et 509 millions de francs). Les grandes dépenses ont été occasionnées par le changement de l'armement, du système des fortifications et de tous les services annexes. L'entretien du soldat en France est réduit à la somme strictement nécessaire pour l'habillement, les soins d'hùpital, la nourriture, le casernement etc., et ces frais ne dépassent pas beaucoup, pour chaque fantassin, 400 francs par an.

La marine française continue actuellement à augmenter sa flotte utile, en même temps que, dans les constructions nouvelles, elle cherche à réaliser les grandes améliorations que les progrès de la navigation exigent.

En comptant les forces réunies de terre et de mer, on trouve

que la France occupe aujourd'hui un rang distingué entre toutes les grandes puissances du monde.

La statistique judiciaire marque une décroissance dans le nombre des accusés et des condamnés qui ont passé devant les Cours d'assises de 1851 à 1885. A la première date, on a compté 7.000 accusés et 4.700 condamnés; en 1885, le nombre des accusés est descendu à 4.250 et celui des condamnés à 3.150. Aux deux époques, la proportion entre les accusés et les condamnés est presque la même, ce qui décharge l'administration actuelle de la justice du reproche d'indulgence. Malheureusement Tapplication de la loi contre les récidivistes n'a pas été faite avec assez de rigueur, et les dispositions relatives à la relégation des récidivistes, permettant d'éloigner les criminels du sein de la société, n'ont pas encore produit tous leurs effets salutaires.

Les suicides, la folie alcoolique et les attentats à la pudeur se sont accrus, comme conséquence nécessaire de la consommation de l'alcool à titre de boisson courante.

La fabrication indigène a été, en 1884, de 1.934.464 hectolitres. Déduction faite de l'excédent de l'exportation sur l'importation, il eàt resté pour la consommation intérieure du pays 1.832.214 hectolitres. La consommation de l'alcool en nature, comme boisson spiritueuse, a été, en cette année, de 1.517.424 hectolitres, ce qui donne une consommation moyenne de plus de 4 litres par habitant. Cette quantité, quoique inférieure à celle consommée en Allemagne, en Hollande et en Belgique, a augmenté d'une manière extraordinaire dans ces dernières années.

Un coup d'œil jeté sur la planche XXIX démontre ce qui suit: 1' La progression du nombre des élèves ayant fréquenté les écoles primaires en France a été très remarquable, à partir de 1843 jusqu'à nos jours; 2* Le nombre des garçons ayant suivi les écoles laïques a été de 5 à 0 fois supérieur à celui des élèves (garçons) des écoles congréganistes ; 3° Jusqu'à l'année 1882, le nombre des jeunes filles suivant les écoles congréganistes était plus grand que celui des jeunes filles des écoles laïques ; mais à partir de l'année scolaire 1882-1883, le nombre des jeunes filles des écoles laïques est plus grand que celui des jeunes filles des écoles congréganistes. Et tout fait présumer que cette proportion ira sans cesse en augmentant.

Le rapport entre le nombre des élèves des écoles publiques et celui des habitants de la France était, en 1843, de 9,14 à 100; sous le second Empire (1865), il fut de 11,64 à 100; et maintenant, pour l'exercice scolaire de 1883-1884, il est monté déjà à 14,42 pour 100. Tout porte à croire que la France s'approche de l'idéal

qui est d'étendre Tinstruction publique à tous les enfants sans exception aucune.

Les efforts faits par le gouvernement de la troisième Repu, blique pour propager Tinstruction ont été très grands ; et les sommes destinées à cet objet, considérables : de puissants secours ont été accordés aux communes sous forme de subventions ou d'avances..

L'instruction secondaire a été aussi grandement améliorée à fépoque présente. D'importants édifices ont été élevés pour servir de lycées et de collèges ; le plan d'études a reçu des améliorations ; les traitements des professeurs ont été augmentés ; enfin diverses innovations secondaires ont été introduites dans renseignement, afin d*aider au développement physique des élèves. En un temps très court, de 1868 à 1883, les élèves inscrits dans les lycées et collèges publics ont passé du nombre de 76.000 à 90.000.

Les établissements laïques libres d'instruction secondaire ont diminué, parce que les perfectionnements introduits dans les lycées ont attiré sans cesse un grand courant d*élèves. Par contre, les établissements congréganistes d'instruction secondaire ont augmenté.

L'instruction secondaire officielle des jeunes filles a reçu, sous la troisième République, la large protection qu'elle devait attendre d'un gouvernement libéral.

La loi du 31 décembre 1880 a constitué les lycées et collèges du gouvernement pour les jeunes filles. Une autre loi, celle du 29 juillet 1881, a créé une Ecole normale de professeurs femmes. Aujourd'hui, il existe en France 110 établissements et cours d'instruction secondaire pour les jeunes filles, comprennent 10.218 élèves. De 1882 à 1886, plus de 11 millions ont été dépensés par TEtat pour l'établissement de ces nouveaux lycées et collèges. Les villes et les communes ont en outre contribué à la dépense pat de fortes sommes dépassant 7 millions de francs.

Enfin renseignement supérieur a également reçu, sous ce gouvernement, une puissante impulsion. D'importantes modifications ont été apportées aux bâtiments occupés par les grandes Facultés ou Écoles ; de nouvelles Facultés de droit ont été créées à Bordeaux, à Lyon et à MontpeUier, de même que les Facultés mixtes de médecine et de pharmacie de Lille et de Bordeaux ; à Marseille, à Nantes et à Toulouse ont été fondées des écoles de plein exercice de médecine et de pharmacie ; de grandes Facultés de pharmacie ont même été établies, afin de donner à cette profession le rang qu'elle doit réellement tenir.

L'Ecole normale supérieure qui constitue un titre de gloire pour la France, continue à fournir un brillant contingent d'hom-

mes capables à la politique, à radministration el à rinstitut de France. 70 anciens élèves ont été ou sont membres de rinstitut, et parmi eux on rencontre des notabilités de premier ordre.

Si Ton compare le budget général de l'enseignement supérieur en 1868 et en 1878, on remarque qu'après avoir été de 3.895.521 francs, il s'est élevé à 9.165.330 francs. Différence en faveur de la République : 5.269.809 francs.

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