hectol
On voit que l'alcool de farineux a pris une place considérable, quoique son prix de revient soit généralement assez élevé* ; cela
1. Un hectolitre d'alcool de betterave revient à 40 francs environ; un hectolitre d'alcool de grains à 50 ou 55 francs.
AGRICULTURE. Al
tient à la bonne qualité du produit que Ton peut obtenir en le mélangeant dans des proportions convenables à l'alcool de vin. L'alcool de betterave offre le grave inconvénient de contracter en vieillissant un goût de « légumes verts » qui le rend très facile à distinguer.
La matière alcoolisablc par excellence, dans l'état actuel, semble être le mais, traité soit seul, soit avec d'autres grains en proportions variables, et c'est pourquoi on ne saurait trop apprécier la franchise qui a été concédée à cette céréale.
Comme conclusion, je reviens sur ce fait, que la consommation de l'alcool dans un pays riche est sensiblement indépendante de rimpôt quand il est maintenu dans des limites raisonnables, ainsi qu'on pourra s'en convaince par le tableau graphique cicontre (Planche n° 4). 11 en est, d'ailleurs, de même pour une autre matière très comparable à l'alcool sous tous les rapports, le tabac, et l'ensemble des droits perçus sur ces deux produits paie largement l'énorme budget de la guerre de la République Française.
Indnsitrie sucpière. — Depuis 1810, année où, grâce au génie et à la persévérance de Benjamin Delessert, naquit en France rindustrie du sucre de betterave, jusqu'à 1887, les sucres ont été régis par quarante-quatre législations successives. L'empereur Napoléon 1*^ avait accordé l'exemption d'impôts aux champs consacrés à la culture de la betterave et affranchi de tout droit le sucre extrait de cette racine ; la seconde de ces mesures subsista seule jusqu'en 1837, époque à laquelle les réclamations des fabricants coloniaux * engagèrent le Gouvernement àfrapper d'une première contribution l'industrie indigène ^ Toutefois, l'égahté de traitement ne fut atteinte que dix ans plus tard, en 1847. Elle a été sensiblement maintenue depuis et, cependant, l'accord est loin de régner entre les deux catégories de producteurs. Le système qui a sans cesse prévalu en France de considérer le sucre comme matière éminemment imposable implique une protection contre l'invasion ne la production étrangère. Cette protection est d'autant plus nécessaire que l'industrie sucrière allemande est en mesure, grâce aux lois fiscales qui la régissent, et aux rendements considérables qu'elle obtient de faire une concurrence sérieuse à la fabrication Française. L'attention du Gouvernement fut très sérieusement attirée sur ce point et les deux Chambres
1. Plusieurs colonies Françaises, et particulièrement la Martinique, la Réunion et la Guadeloupe, sont réputées pour leurs plantations de canne à sucre.
2. Le sucre de betterave fabriqué en France paya 15 francs par quintal, tandis que le sucre de canne venant des colonies Françaises continua à acquitter 45 francs par quintal.
votèrent en 1884, une loi analogue à celle de TAUemagne. Le droit fut élevé de >I0 à 50 francs par quintal, mais, en même temps, les fabricants indigènes furent autorisés à lacquitter, non sur les quantités réellement fabriquées, mais sur le poids de betteraves employées, en supposant par quintal de cette racine, un rendement qui devait s'élever progressivement, d'année en année, de 6 à 7 kilos ^ . Ce système, dit de « la prise en charge '», ne pouvait naturellemen s'appliquer aux sucres coloniaux ; aussi les fit-on bénéficier d'un déchet de fabrication de 12 0/0. En même temps, une surtaxe non remboursable de 7 francs était appliquée aux sucres étrangers. Cette dernière mesure atteignait particulièrement les produits Allemands favorisés d'une prime d'exportation par leur Gouvernement^ . Ces dispositions donnèrent une impulsion considérable tant à la culture de la betterave qu'à l'industrie sucrière et furent l'origine d'une prospérité inattendue pour les départements du Nord. Seuls, les raffineurs des ports ne se montrèrent point satisfaits et demandèrent l'abrogation de la surtaxe qui, suivant eux, empêcherait l'introduction temporaire des sucres destinés à être raffinés puis réexportés. Mais leurs réclamations ne furent point considérées comme fondées, car ce droit additionnel ne gravite que les sucres étrangers d'origine européenne, qui sont généralement raffinés dans le pays producteur même ou sur le lieu définitif d'importation. Les résultats financiers de la loi de 1884 n'ont pas été aussi brillants pour le trésor que pour l'industrie : pendant la campagne 1885- 1886, les excédents, exempts de droits, réalisés par les fabricants, ont représenté pour le trésor une perte de 60 ou 80 millions. En effet, le rendement moyen s'est élevé pendant cette période à 8 0/0, tandis que l'impôt n'a été perçu que sur 6 0/0 au plus. La majorité de la Chambre émue de cette situation a déclaré qu'elle n'av.iit pas cru concéder un privilège aussi exorbitant à l'industrie sucrière ; en un mot, qu'il y avait une erreur à rectifier. On adopta, en conséquence, deux dispositions, Tune définitive élevant d'ores et déjà la prise en charge à 7 0/0 et fixant son maximum à 7 kil. 75, à partir de la campagne 1890-91 ; l'autre temporaire frappant d'une surtaxe de 10 francs par quintal les sucres
1. La loi avait fixé l'accroissement du rendement de la manière suivante ;
2. Le système de la prise en charge est appliqué en Allemagne avec un rendement théorique de 7 1/2 0/0 ; mais la richesse saccharimétrique des betteraves allemandes est supérieure à celle des betteranes Françaises. Il y a en outre la prime d'exploitation qui, pour 1885-1887 équivaut à 5 fr. 25 par quintal de raffiné.
indigènes et coloniaux jusqu'au 31 décembre 1887, en même temps, la surtaxe de 7 francs sur les sucres d'origine européenne fut maintenue. La seconde de ces mesures représente pour le trésor un supplément de recettes d'environ 20 millions. Elle a été accueillie très froidement par Tindustrie, ainsi d'ailleurs que l'élévation de la prise en charge.
Voici un tableau qui indique les grandes lignes de la production indigène (depuis 1870 seulement, car les renseignements exacts font défaut pour la période antérieure), de l'importation, et de l'exportation du sucre depuis 1812, ainsi que les sommes perçues par le fisc sur cette denrée :
Production indigène Exportation Importation Produit des droits
Années kilogrammes kilogrammes kilogrammes francs.
Ce tableau met en évidence l'accroissement considérable de la consommation que Ton peut rendre encore plus sensible de la manière suivante :
Consommation moyenne Années par habitant Prixdukilogramme
1812 0 kil. 200 10 fr. 00
1885 il 000 1 04
Donc, dans l'espace de 73 ans, la consommation du sucre a augmenté en France dans la proportion de 1 à 22 et le prix de cette denrée a diminué dans le rapport de 10 à 1.
La réforme du système fiscal a eu évidemment une influence prépondérante tant sur le relèvement de l'industrie locale en-
rayée par la crise de 1880 à 1883, que sur raccroissement de la consommation dans ces dernières années. La perte subie par le trésor, tout en expliquant les mesures récemment prises, sera largement compensée par l'activité et le bien-être que les départements du Nord ont recouvré depuis 1885.
L'exemple de l'Angleterre est un véritable enseignement : la consommation du sucre y atteint 27 kilogrammes par habitant et par an, grâce à la modicité des prix qui s'abaissent quelquefois jusqu'à 0 fr. 20. Il est vrai que le sucre, considéré dans ce pays comme matière de première nécessité, n'est grevé d'aucun droit. C'est l'importation des colonies qui alimente le marché, la production indigène étant nulle ou à peu près.
Le Danemark vient au second rang avec une consommation de 13 kilog. par habitant; il est suivi par la France.
Je terminerai par quelques chiffres relatifs à l'importance des usines en 1883. quoique, depuis cette époque, le nombre s'en soit sensiblement accru :
Nombre de fabriques de sucre indigène 488
— d'ouvriers employés 70.000
— de raffineries 28
— d'ouvriers employés 7 . 565
On peut dire sans exagération qu'actuellement le nombre des personnes employées dans cette industrie dépasse 100.000.
Bière. — L'industrie de la bière a son siège principal dans les cinq départements du Nord. La production annuelle est d'environ 8.000.000 hectolitres représentant à peu près 350.000.000 francs. L'exportation est insignifiante (30 à 35.000 hectol.) l'importation, après avoir augmenté dune manière assez sensible, est actuellement en diminution :
Périodes. Quantités moyennes importées.
1860-1870 48.000 hectolitres par an.
Cette importation alimente principalement Paris; elle est presque entièrement de provenance Allemande.
En supposant que la consommation de la bière en France s'élève à 8.250.000 hectolitres par an, on arrive à une moyenne de 22,3 litres par habitant pour l'ensemble du territoire. Mais si l'on envisageait seulement les régions qui consomment la bière d'une
manière régulière, il faudrait exclure 60 départements au moins dans lesquels elle ne figure que comme boisson de luxe. Voici, d'ailleurs, quelques chiffres qui éclaireront plus exactement le lecteur sur ce point :
Consommation moyenne annuelle Villes. par habitant.
Arras 311 litres.
Lille.. 280 —
Mézières 239 —
Paris 15 —
Grenoble 14 —
Marseille 10 —
Lyon 10 —
Le système fiscal de la bière est assez simple : 3 fr. 73 ou
1 fr. 23 par hectolitre suivant la qualité. ( ^ )
La bière importée acquitte un droit de 7 fr. 73 qui comprend le précédent. Les taxes d'octrois sont très-différentes les unes des autres. Elles sont plus faibles dans les villes du Nord : ainsi, tandis que Paris, Grenoble, Marseille, Lyon, perçoivent 15 francs par hectolitre, Lille se contente de 2 fr. 53 et Arras de
2 francs.
L'ensemble des perceptions effectuées par le Trésor atteint 22.000.0000 fr. Quand aux taxes municipales, elles sont très fructueuses; ainsi, la ville de Paris a perçu de ce chef 4.350.000 fr. en 1884.
La présence du phylloxéra a évidemment contribué à favoriser l'emploi de la bière pour l'usage domestique, car on constate une augmentation de 30 0/0 dans la consommation depuis 20 ans. Toutefois, la France consomme peu de bière relativement aux pays septentrionaux :
Consommations annuelle Production Pays par habitant. . annuelle.
Belgique 170 litres 9.500.000 hectolitres.
Grande-Bretagne... 130 — 45.000.000 —
Allemagne 102 — 50.000.000 —
Danemark 60 — 1 .200.000 —
Hollande 42 — 1.600.000 —
Etats-Unis 34 — 15.000.000 —
Autriche-Hongrie.. 34 — 12.500.000 —
France 22 — 8.000.000 —
l. 3 fr. 75 par hectolitre sur la bière forte (densité variant entre l,04o et 1,060), et 1 fr.25 sur la bière légère (densité comprise entre 1,029 et 1,030).
Le rôle de TEtat en la matière est assurément de maintenir à un taux modéré les impôts qui frappent une boisson hygiénique et fort utile pour les régions privées de vin.
Huiles. — Voici une industrie bien digne d'être encouragée, car elle laisse à Tagriculture des sous-produits fort appréciés. Quoique la culture des graines oléagineuses se soit ralentie en France, la fabrication des huiles est toujours considérable grâce à l'importation des matières premières qui constitue, comme je Tai dit plus haut, une opération avantageuse pour tout le monde.
On se rendra aisément compte de l'activité qui règne dans cette industrie par le tableau suivant relatif aux échanges d'huiles depuis 1869:
Quantités d'huiles Quantités d'huiles Années. importées. exportées.
1869 34.000 tonnes. 4.000 tonnes.
Les deux principaux articles d'importation sont Thuile d'olive et rhuile de palme; la première vient d'Italie et d'Espagne, la seconde du golfe de Guinée.
Les fabriques d'huiles sont disséminées un peu partout; on en compte plusieurs centaines. Les centres les plus importants se trouvent dans le Nord, la Seine-Inférienre et les Bouches-du- Rhône. La valeur totale de la production doit atteindre environ 100.000.000 fr. pour l'huile et 30.000.000 fr. pour les tourteaux fabriqués avec les résidus.
Conclusion. — Ce qui précède peut donner une idée de l'importance des industries agricoles en France. Elles forment une part considérable et la moins aléatoire peut-être de la richesse nationale ; à ce titre, elles méritent^toute la sympathie des pouvoirs. Toutefois, il faut se garder de céder à aucune exagération, car toute protection démesurée accordée à une industrie de cette espèce est payée par l'ensemble de la nation.