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CHAPITRE VI

ANIMAUX DOMKSTIQUKS

Race chevaline. — Depuis cinquante ans, Teffectif de la race chevaline n'a pas sensiblement varié en France, mais Tespèce a été considérablement améliorée. On peut évaluer à 3.500.000 le nombre des chevaux actuellement employés; 2.900.000 environ servent aux travaux des champs et le reste se répartit entre l'armée, les particuliers et Tindustrie.

Le prix moyen par animal a beaucoup augmenté et Ton peut dire sans exagération que si l'évaluation moyenne par tête était 330 fr. vers 1830, elle atteint aisément 300 fr. aujourd'hui, ce qui assignerait aux 3.300.000 chevaux du pays une valeur de 1.730.000.000 fr.

La loi de 1874 qui réorganisa le service des haras en France donna une très vigoureuse impulsion à l'élevage. Le tableau suivant, relatif aux échanges depuis 1817, fait voir que, dans ces dernières années, il y a eu un incontestable progrès grâce auquel l'exportation est devenue supérieure à l'importation :

Périodes.

Nombre moyen

Nombre moven

de chevaux

de chevaux

exportés.

importés.

Le» ±^ haraâ de l'Ktat contieonent actuellement 2.550 étalons sans parler de ceux des haras particuliers dont le Gouvernement favorise l'existence par des subventions spéciales. En 1884, plus de 200.000 juments ont été couvertes dans ces divers établissements, tandis qu'en 1874 il n'y avait, pour toute la France, qu'un millier d*étalons couvrant tout au plus 60.000 juments. En f»utre, une race nouvelle, très-propre au service de guerre, a été crée et développée dans la région Sud-Ouest de la France (Tarbcs et Pau; : elle résulte d'un croisement particulier entre chevaux anglais et arabes.

Pour obtenir de semblables résultats, il faut à l'Etat un personnel supérieur des haras offrant une instruction technique plus sérieuse que les agents choisis jadis par la volonté du souverain. En conséquence, l'école du Pin (Orne) a été rétablie ; les candidats n'y sont admis que par voie de concours et en sortent, après deux années d'études, avec de sérieuses connaissances du métier î chaque promotion compte au plus 10 élèves.

11 est donc facile de constater les modifications profondes subies par le service des haras. Voici, en outre, quelques chiffres qui fixeront le lecteur sur l'importance des sommes annuellement dépensées par l'Etat dans le but d'améliorer la race chevaline :

Personnel, matériel et remonte des haras. 5.800.000 fr.

Subventions aux Sociétés de courses 600.000

Primes de reproduction 1 .600.000

Total 8.000.000 fr.

En 1869, le môme service ne disposait que de 4.100.000 francs.

Les primes de reproduction sont spécialement destinées aux étalons et juments remarquables appartenant à des particuliers. La prime varie entre 500 et 3.000 francs pour les étalons et entre 500 et l.oOO francs pour les juments.

La répartition de la race chevaline sur le territoire français présente beaucoup d'inégalités. Les départements qui comptent le plus de chevaux sont : la Seine (130.000), la Manche (96.000), les C6tes-du-Nord (95.000) ; ceux qui en comptent le moins : les Pyrénées-Orientales (6.900), les Hautes-Alpes (5.200), les Alpes- Maritimes (4.400), la Savoie (2.500).

Race anino. — On évalue à 390.000 le nombre des animaux de cotte race en France. En leur attribuant une valeur moyenne de 00 francs, on voit qu'ils ne représentent guère que 23 ou 24 millions. L'importation et l'exportation des ânes sont à peu près nulles.

tf^

Race mulassièpe. — Le nombre des mulets diminue assez sensiblement ; de 374.000 en 1840, il est descendu à 270.000 en 1883. Cependant, cette race est assez intéressante à cause de ses qualités de résistance, et TEtat. l'utilise à titre auxiliaire pour les services de l'artillerie et du train des équipages. Ce sont les départements du Midi qui contiennent et élèvent le plus grand nombre de mulets.

Chevaux, Ânes et nmlets dans les différents pays. — Les renseignements, d'ailleurs approximatifs, que Ton peut réunir à ce sujet, permettent de former le tableau suivant :

Russie 17.000.000 chevaux, ânes, mulets.

Etats-Unis... 15.000.000 —

France 4.160.000 —

Autriche.... 3.500.000 — ^

Allemagne... 3.400.000 — —

Angleterre... 2.200.000 — — .

Italie 1.600.000

Espagne 70.000 —

La République Argentine, le Mexique, l'Uruguay contiennent un nombre considérable, mais indéterminé de ces animaux.

Race bovine. — La statistique de la France évalue à 11.793.000 les animaux de cette race répandus sur le territoire. Elle les divise de la manière suivante :

Taureaux et bœufs 2.395.000

Vaches 7 . 463.000

Veaux l .935.000

En admettant l'exactitude de ces chiffres, et en les comparant à ceux de Tenquéte agricole de 1862, on constate une diminution d'environ 1.000.000 têtes qu'il faut vraisemblablement attribuer à la transformation de nombreuses prairies en terres labourables.

Le prix a, d'ailleurs, notablement augmenté. Le tableau suivant compare les valeurs moyennes du gros bétail à différentes époques :

18 iU 1862 1883

Bœufs 153 fr. 364 fr. 400 fr.

Vaches 89 179 250

Veaux 30 60 80

J'attribue cette augmentation à deux causes : l'amélioration <le la race et l'accroissement du bien-être général.

En prenant pour base d'évaluation les prix de 1883, on est

56 PREMIÈRE PARTK.

conduit à conclure que la valeur totale du gros bétail français atteint 3.000.000.000 francs.

Les échanges de celte nature se résument de la manière suivante :

Nombre moyen Nombre rooy«wi Périodes. d'animaux d^animaux

importés. exportés.

Le chiffre croissant de l'importation favorisée par les tendances libre-changistes de 1860, a suscité les protestations des éleveurs en faveur desquels le Gouvernement actuel vient de relever très sensiblement les tarifs de douane relatifs au bétail. Les pays importateurs sont surtout la Belgique, l'Italie et l'Algérie .

La comparaison entre les divers pays donne le résultat suivant :

États-Unis 40.000.000 têtes de gros bétail.

Russie 30.000.000 —

République Argentine. . 20.000.000 —

Allemagne 16.000.000 —

Autriche-Hongrie 14.000.000 —

France 11.000.000 —

Angleterre 10.000.000 —

Italie 5.000.000 —

Espagne 4.000.000 —

Certaines contrées de l'Amérique Latine, entre autres TUru • guay et le Mexique renferment énormément de gros bétail.

Le nombre des vaches laitières est considérable en France et la production annuelle du lait atteint 5 à 6 milliards de litres représentant une valeur de 1.200 à 1.500 millions de francs. Une partie de ce lait sert à la fabrication du beurre qui se chiffre par 200.000.000 kilog. valant 450 à 500 millions de francs. L'expor-

talion du beurre est très active et dépasse de beaucoup Timportation :

Valeur du beurre Valeur du beurre

Années. inoporté. exporté.

1869 .... 12.200.000 francs. 72.200.000 francs.

La majeure partie de cette exportation, est dirigée vers T Angleterre.

L'Industrie des fromages, est assez prospère en France. Toutefois, les variétés spéciales, telles que le fromage de Hollande et le fromage de Gruyère, sont Vobjet d'une importation qui s'élève à environ 23 millions de francs, tandis que l'exportation ne dépasse pas 6 millions de francs.

Les droits de douane sur le gros bétail étranger ont été très sensiblement relevés en avril dernier : un bœuf paie maintenant 38 francs, une vache 20 francs, un veau 8 francs. Cette mesure a eu pour conséquence immédiate un ralentissement considérable dans l'importation, déjà notablement diminuée par une modification antérieure du même genre.

Race ovine. — La race ovine décroît graduellement d'importance, tant en France que dans les autres contrées d'Europe. Il semble qu'elle soit plus spécialement appelée à enrichir les pays neufs dont le territoire peu morcelé se prête à l'existence de vastes prairies.

11 y a, en France, deu^ catégories de moutons : ceux de race ordinaire qui servent aux besoins de la consommation locale et ceux de race fine destinés à la production de la laine. Les premiers représentent environ 19.0^0.000 têtes, tandis que les seconds atteignent à peine le chiffre de 2.500.000, mais leur valeur relative est beaucoup plus considérable :

Animaux. Valeurs moyennes.

Brebis ordinaire 17 à 20 francs.

Brebis perfectionnée » 30 —

Mouton ordinaire » 35 —

Mouton perfectionné 55 60 —

Si l'on tient compte de ces différences et aussi du nombre des agneaux, on est amené à assigner au bétail de race ovine en France une valeur totale de 400 à 450 millions de francs.

Les départements qui comptaient le plus de moutons en 1883 étaient :

Nombre de tètes. Production de laine.

L'Aisne 027 . 000 tètes. 2 . 100 . 000 kilog.

Eure-et-Loir... (522.000 — 2.094.000 —

L'Indre 618.000 — 700.000 —

Seine-et-Marne. 506.000 — 1.656.000 —

Le Tarn 164.000 — 1.223.000 —

La Somme 406.000 — 1.181.000 —

L'Oise 404.000 — 1.323.000 —

La production annuelle de la laine en France est d'environ 35.000.000 kilog. représentant de 60 à 70 millions de francs, mais elle est bien loin de suffire aux besoins de l'industrie ; l'importation, d'origine Argentine ou Australienne fournit les 4/5 des quantités employées. Quelques chiffres mettront mieux encore en relief l'importance croissante des laines provenant d'outre-mer.

Importation sur les marchés Années. d*Euroi)e.

1860 320.000 balles.

Le tiers environ est destiné à la France. On voit donc bien qu'il ne s'agit pas d'une transformation locale, mais bien d'un phénomène général commun à la plupart des pays européens.

L'importation des moutons a été sensiblement en croissant depuis vingt ans, tandis que l'exportation demeurait à peu près stationnaire :

Importation moyenne Exportation moyenne Périodes. annuelle. annuelle.

1847-1856 161.000 têtes. 48.000 têtes.

L'importation s'est développée sous l'influence des tarifs ib re-échangistes de 1860 (1), mais les modifications successives apportées à la législation douanière depuis 1881 ont singulière-

(1) L'entrée des moutons n'était soumise qu'à un droit de statistique de 0,31 par tête.

ment ralenti ce mouvement, à la grande satisfaction des éleveurs français qui prétendaient leur industrie compromise par la concurrence étrangère. Le droit actuel est de 5 francs par tète. Voici un tableau indiquant d'une manière approximative le nombre d'animaux de race ovine et la production de laine de divers pays :

Nombre d'animaux de Production annuelle Pays. race ovine. de laine.

République Argentine.. 75.000.000 têtes. 120.000.000 kilog.

Australie 68.000.000 — 170.000.000 —

États-Unis 50.000.000 — 125.000.000 —

Russie 50.008.000 — 180.000.000 —

Angleterre 30.000.000 -^ 70.000.000 —

Allemagne 27.000.000 — 35.000.000 —

France 21.500.000 — 35.000.000 —

Espagne 20.000.000 — 30.000.000 —

Autriche-Hongrie 15.000.000 — 25.000.000 —

L'observation que je faisais plus haut, relativement au gros bétail, pour certains pays de l'Amérique Latine, s'applique également ici.

Race caprine. — L'importance de la race caprine diminue beaucoup en France. L'effectif de cette espèce ne dépasse pas 1.300.000 têtes et se réduira vraisemblablement sous peu à 1.000.000. La distribution de ces animaux est fort inégale : on en attribue 190.000 à la Corse, 98.000 à l'Ardèche, 60.000 à la Drôme, 54.000, à l'Indre, 48.000 aux Deux-Sèvres; quand à leur valeur, elle ne dépasse pas 12.000.000 francs.

L'importation et l'exportation sont nulles.

Le nombre total des animaux de cette espèce en Europe est d'environ 17.000.000 têtes.

Race porcine. — Voici une race qui est en bon chemin, tout au moins au point de vue numérique : il n'y avait en France que 4,800.000 porcs en 1810, on en comptait 4.900.000 en 1840 et 5.800.000 en 1852, chiffre qui ne semble pas avoir sensiblement varié depuis. Mais le progrès s'accuse mieux encore, si l'on considère le poids moyen de chaque porc : 104 kilog. en 1852, et 116 k. en 1876.

La valeur totale des animaux de cette espèce est d'environ 350.000.000 francs.

Les départements qui contiennent le plus de porcs sont :

La Dordogne 203.000 têtes.

Saône-et-Loire 170.000 —

Les Côtes-du-Nord 155.000 —

Quand à Texportation et à rimporlation, elles ont subi des variations que met en évidence le tableau suivant :

Importation moyenne Exportation moyenne Périodp. annnelle. annuelle.

1847-1850 14 . 300 têtes. 23 . 700 têtes.

Voici maintenant quelques chiffres relatifs au nombre de porcs dans différents pays :

Russie 50.000.000 têtes.

Etats-Unis 45.000.000 —

Autriche-Hongrie 7.000.000 —

Allemagne 7.000.000 —

France 5.800.000 -

Angleterre 4.000.000 —

Espagne 2.000.000 —

Italie 1 .000.000 —

La consommation locale n'est, d'ailleurs, presque nulle part en rapport avec le nombre des animaux. Les Etats-Unis exportent dans le monde entier la viande deporc qu'ils préparent en immense quantité.

Consommation de la viande. — Il est fort difficile d'évaluer exactement la consommation de la viande en France, car, pour les campagnes, les données statistiques font ^ 'esque complètement défaut. Les estimations faites à différentes époques peuvent se résumer de la manière suivante :

1812 17 kilog.

De même que le pain, la viande a donc pris une place plus large dans l'alimentation, et ce double phénomène accuse bien nettement le progrès survenu dans le bien-être général.

La consommation varie d'ailleurs notablement d'une ville ù une autre :

Pau 93 kilog.

Melun 91 —

B2auvais 87 —

Paris 84 —

Lyon 73 —

Marseille 69 —

Lille 53 —

Nantes 50 —

Draguigan 42 —

Ajaccio oO —

On remarquera que la ville où Ton consomme le moins de viande est encore bien au-dessus de la moyenne générale, ce qui implique un chiffre très faible pour les populations rurales.

Si Ton considère maintenant la consommation totale annuelle en France, on voit qu'elle atteint 1. 050.000.000 kilogrammes de viande se repartissant à peu près de la manière suivante au point de vue de la nature :

Viande de porc 120.000.000 kilog.

Viande de bœuf 358.000.000 —

Viande de veau 145.000.000 —

Viande de mouton 127.000.000 —

On peut estimer la valeur totale à un milliard et demi.

L'élévation des droits d'entrée sur les besliaux a eu comme complément naturel et indispensable celle du tarif des viandes qui paient maintenant un droit de 12 francs par quintal, qu'elles soient fraîches ou salées. L'importation ne dépasse pas 14 millions de kilogrammes et il y avait intérêt à ne pas la laisser se développer, car, malgré l'activité du contrôle sanitaire, des produits suspects peuvent se glisser et déterminer de graves accidents. Le porc salé, que les Etats-Unis envoyaient jadis en quantités considérables, vient maintenant de Belgique et d'Allemagne. Quand à la viande de mouton, c'est d'Autriche-Hongrie qu'elle arrive dans de wagons frigorifiques.

Il est très difficile d'évaluer la consommation de la viande dans les différents pays, et je n'ai pu recueillir sur ce point que quelques chiffres isolés dont je ne garantis pas l'authenticité :

Pays. Consommation muyeie par habitant et par an.

Grande Bretagne et Irlande 45 kilogrammes.

États-Unis 30 —

France • 28 —

Danemark • 28 —

Espagne 18 —

Italie 16 —

Il est très vraisemblable qu'en cette matière la France figure à l'un des premiers rangs, sans doute immédiatement après l'Angleterre et les Etats-Unis.

Il faut bien considérer, d'ailleurs, que la quantité consommée n'est pas le seul élément à considérer ; il y a encore la nature de la viande, et il n'est pas indifférent qu'un homme mange un même poids de bœuf ou de porc par exemple.

Les mesures sanitaires jouent un rùle très important dans cette branche de l'alimentation, car la consommation de viandes Irichinées ou provenant d'animaux malades peut engendrer de grands malheurs. Il existe en France une inspection sanitaire du bétail étranger, faite par 80 vétérinaires qui reçoivent de ce chef des indemnités s'élevant annuellement à 130,000 francs. Quant à la vente en général, elle est surveillée la plupart du temps par les soins des municipalités. A Paris, le service est très bien organisé et les chiffres suivants indiquent suffisamment sa raison d'être :

1884. Bœufs atteints de fièvre aphteuse présentés aux abattoirs 97 têtes.

— Porcs atteints de fièvre aphteuse pré-

sentés aux abattoirs 3.263 . —

— Veaux saisis et rejetés de la consommation 21 —

— Moutons — — 75 —

— Porcs — — 483 -^

— Viandes saisies aux Halles centrales 225.822 kilog.

Le service n'est d'ailleurs pas limité à cette catégorie de l'alimentation. L'on pourra aisément se convaincre par ce qui suit du nombre et de la variété des saisies :

1884. Poisson saisi 363.896 kilog.

— — (pièces non évaluées au poids.) 180.520 pièces

— Gibier saisi 512.180 kilog.

— — (pièces non évaluées au poids.) 548 pièces

— Fruits saisis aux halles 48.560 kilog.

Sans préjudice des procès-verbaux dressés par l'inspection de police à la suite des analyses du laboratoire municipal.

Encouragements à. l'élevage. — Il existe un comité consultatif des épizooties qui dispose d'une somme annuelle de 40,000 francs pour recherches sur les maladies contagieuses du bétail. En outre, une somme de 500,000 francs figure au budget pour couvrir les pertes d'animaux abattus conformé-

ment à la loi comme atteints de pénpneumonie contagieuse. D'autre part, TÉtat intervient pour 800.000 francs environ par an dans les concours régionaux ou départementaux d'animaux de boucherie ou d'animaux reproducteurs, et son patronage est bien plus efficace encore que sa participation financière.

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