LES INDUSTRIES TEXTILES
Coup d'œil général. — Les industries textiles et leurs annexes représentent plus de 3 milliards de francs par an. Elles méritent donc une attention toute particulière, comme contribuant au premier chef à la richesse de la France .
La fabrication des tissus, seule, absorbe une force motrice de 118.000 chevaux répartie entre 5.000 usines, et occupe 315.000 ou vriers. Il faut tripler ce dernier chiffre si Ton considère, non plus seulement la filature et le tissage, mais aussi l'industrie du vêtement et celle des étoffes pour ameublement.
L'exportation de tissus de toute espèce atteint environ 800 millions de francs par an, tandis que l'importation n'excède pas 240 millions, soit un excédent net de 560 millions en faveur de l'industrie française. La France ne produisant que des quantités tout à fait insuffisantes de matières textiles, est tributaire de l'étranger qui lui en envoie annuellement environ pour 800 millions de francs, se répartissant à peu près de la manière suivante :
Laine 325.000.000 fr.
Coton 185.000.000
Soie grège, cocons, lin, chanvre. 290.000.001)
Le tiers h peu près de cette énorme importation est réexporté à l'état brut, de sorte que, en réalité, il y a à peu près équilibre entre les matières premières importées et les produits manufacturés exportés ^
Les industries textiles se sont ressenties depuis dix ans, en France comme partout ailleurs, d'une de ces crises qu'entraine fatalement une production excessive par rapport à la consomma-
i. Il s'agit ici de riiuportation et de rexportaiion uettes.
lion. Toutefois, cet état de choses tend à se modifier favorablement grâce à Texpérience si chèrement acquise, et la fabrication française en particulier présente actuellement un spectacle trèsrassurant (^).
Industrie da coton. — La France occupe, à ce point de vue, la troisième place dans le monde, avec 4.800.000 broches et 76.000 métiers mécaniques, bien que l'annexion de TAlsace- Lorraine lui ait enlevé 1.671.000 broches et 36.000 métiers. Cette perte, quelque considérable qu'elle fût, n'enraya nullement les progrès de l'industrie cotonnière ; le tableau comparatif suivant le démontre clairement :
Nombre de fabriques 1 .048 1 .082
Nombre d'ouvriers 81 . 000 109 . 000
Nombre de métiers 02 . 500 70 . 000
Les principales filatures se rencontrent dans l'Ouest, et spécialement dans le département de la Seine-Inférieure qui compte lui seul 1.500.000 broches. Les tissages d'étoffes fortes se trouvent en grande partie dans les \osges (24.000 métiers mécaniques), tandis que les tissus légers se fabriquent à Tarare ou à Saint-Quentin.
La France tirait jadis tout son coton dos Etats-Unis, mais d'autres pays commencent à lui en envoyer, Tlnde-Anglaise par exemple. Voici comme se repartit l'importation de 1886 :
États-Unis 90.000.000 kilog
Inde-Anglaise 27.000.000 —
Egypte 8.000.000 —
Valeur 185.000.000 fr.
Sur ces 136 millions de kilos, 26 millions ont été réexportés en Allemagne, en Suisse et en Belgique ; le reste a servi ù alimenter la fabrication française.
En ce qui concerne les produits manufacturés, le mouvement a été le suivant pour 1886 :
Importation 90.000.000 fr.
Exportation 106.000.000
Il convient de faire une réserve des plus importantes : les fils
i. Voir les rapports de M. Natalis Rondot qui ont été l'objet de plusieurs articles dans le journal le Temps en juillet 1887.
114 DEUXÎÈliE PARTIE.
de coton figurent pour 38 millions de francs à rentrée et pour S millions seulement à la sortie, de sorte que, en réalité, la France n*a reçu en 1886 que 52 millions de francs de tissus de coton et en a exporté exactement le double : 104 millions de
ik*ancs.
Si Ton considère d'autre part les moyennes des deux dernières périodes décennales, on constate la progression suivante :
Années 1807-1876.
Importation moyenne annuelle. . 71.000.000 fr. Exportation — — 66.000.000
Années 1876-ltô6.
Importation moyenne annuelle. . 106.000.000 fr. Exportation — — 71.000.000
Le mouvement libre-échangiste de 1860 n'a pas peu contribué à développer l'industrie cotonnièrc en France. C'est pour se mettre au niveau de leurs voisins, et particulièrement pour combattre la concurrence anglaise, que les fabricants français se résolurent à adopter les métiers mécaniques dont Tusage est aujourd'hui complètement généralisé. Les droits de douane sont d'ailleurs encore assez élevés : 18 fr. 50 à 37!2 fr. par quintal pour les fils et 62 fr. à 670 fr. par quintal pour le tissus, selon le degré de finesse et la teinture.
Quel [ues mots maintenant sur les salaires des ouvriers. Dans les fabriques de filés, les hommes gagnent en moyenne 3 Ir. 32, les femmes 1 fr. 92, les enfants 1 ir. 10 à 1 fr. 30, et le nombre moyen annuel des journées ne dépasse pas 292 par individu. Dans les tissages, le salaire est légèrement plus élevé : 3 fr. 13 pour les hommes, 2 fr. 05 pour les femmes et 1 fr. -40 pour les enfants. En somme, ce sont là des chiffres sinon brillants du moins raisonnables, et au reste sensiblement supérieurs à ceux que la statistique pourrait fournir pour plusieurs pays voisins.
Il v a dans le monde environ 75 millions de broches occupées à la filature du coton et la production annuelle peut être évaluée sans exagération à 8 milliards de francs. J'estime que la France y participe [>our 500 millions de francs «*t que l'avenir lui réserve une place beaucoup plus considérable encore, particulièrement en ce qui concerne les tissus légers et de fantaisie. La planche n" 6 représente graphiquement le nombre des broches de chaque pays. On remaniuera l'importance tout à fait exceptionnelle de l'Angleterre (jui, à elle seule, produit plus de tissus etde filés de coton que toutes les autres nations réunies (de i à 5 milliards par an).
PL. Vf.
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Industrie du Coton dans différents pays
Les chiffres de la colonne latérale représentent des millions de broches.
L'absence de documents sur l'industrie du coton dans l'Amérique latine a contraint à rassembler en une seule colonne l'ensemble de son industrie représentée par 1. 300.000 broches.
Toutefois, le Mexique qui entre pour 300.000 broches dans ce chiffre, peut être considéré comme le plus important à ce point de vue.
Echelle i "/m pour 200.000 broches.
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^ Lquées en pai*lant de Tagriculture, la iilature et le tissage de
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porte d'ailleurs de remarquer que l'industrie linière avait
eint un développement inattendu pendant la guerre de Séces-
»Q, par suite de la pénurie du coton. Par la suite, le lin perdit
• e partie de cette faveur éphémère et semble aujourd'hui être
venu à son niveau véritable. Le tableau suivant résume du
ïite les phénomènes que je viens d'indiquer :
Nombre Années. do broche».
Il y avait, en 1883, environ GOO filatures cl tissages de lin avec me force motrice de 20.000 chevaux et un personnel de 64.000 >iivriers. Les salaires sont sensiblement les mêmes que dans l'industrie cotonnière et présentent une certaine augmentation depuis dix ans. La statistique oflicielle réunit généralement au lin le chanvre et le jute qui occupent en France environ 90.000 broches. Le premier de ces textiles a perdu beaucoup trimportance tamh's que le second en acquiert chaque jour, spécialement pour la fa[>rication des sacs.
La France, malgré les événements de 1870, occupe le secemd rang parmi les pays producteurs de tissus, de lin et de chanvre :
Grande-Bretagne et Irlande. . . 1 .600.000 broches
France 670.000 —
Autriche-Hongrie 500.000 —
Belgique :K)0.000 —
Italie 100.000 —
Ces chilFres sont inférieurs pour la plupart à ceux de 1865 ou 1870. L'An triche-Hongrie seule présente une prospérité sans cesse croissante au point de vue de l'industrie linière : elle a triplé le nombre de ses broches en 20 ans.
lnduf>tt.ric de la laine. — La France possède 2.020 niatures et tissages de laine occupant 113.000 personnes et dis}H>sant de 3.097.000 broches, avec une force motrice de 39.000 chevaux.
La situation des ouvriers s'est complètement transformée dans cette industrie. La journée de l'homme qui ne dépassait pas
I fr. 75 en 1848, atteint aujourd'hui 3 fr. 25 ; le salaire moyen de la femme varie entre 1 fr. 81 et 1 fr. 91 ; quant aux enfants, ils gagnent de 1 fr. à 1 fr. 30.
La France est bien loin de produire toute la laine dont elle a besoin pour son industrie manufacturière ; aussi en importe-t-elle des quantités considérables (1.600.000 quintaux en 1886 . Il est curieux de comparer à ce chiffre imposant l'importation de 1830, alors que l'industrie lainière était à son enfance : 84.000 quintaux, c'est-à-dire la vingtième partiel On peut estimer à environ 1.000.000.000 francs la valeur de la fabrication annuelle des tissus de laine. C'est donc là, on le voit, une des branches les plus prospères de rindustrie nationale, et c'est aussi celle qui a le plus efficacement contribué à la prospérité des départements du Nord- Est et du Nord-Ouest.
Le régime douanier de la laine est conçu dans le même esprit que celui des autres textiles : franchise pour la matière première et droits progressifs suivant le degré de manutention.
Le commerce des fils et des tissus de laine avec l'étranger s'est fort sensiblement accru depuis trente ans. Voici quelques moyennes -
Périodes Importation Exportation Excédent
de l'exportation
1857-1866... 27.300.000 fr. 240.900.000 fr. 213.600.000 fr. 1867-1876... 81.800.000 286.000.000 194.200.000