KM
II est essentiel d'ajouter que les fils représentent 1/5 environ de l'importation et 1/10 seulement de l'exportation.
L'augmentation des salaires que je signalais plus haut a coïncidé avec la substitution des métiers mécaniques aux métiers à bras dont le nombre s'est réduit de ^0 0/0 en dix années. Si l'on ajoute à cette circonstance que, dans le même intervalle, lefTectif des travailleurs de cette profession s'est augmenté de 3 0/0 environ, il est facile de voir combien sont vaines les déclamations des utopistes qui prétendent que les machines sont la ruine de l'ouvrier.
Je le répète, l'industrie lainière compte parmi celles qui honorent le plus l'activité française, car on ne saurait dire ici comme on serait peut-être tenté de le faire pour la soie que la France fabrique parce qu'elle a la matière première, chez elle. Dansune situation inférieureàcellel'Angleterre, dont les comptoirs
d'Australie assuraient la supériorité, elle a su se créer, cependant une situation sans égale dans TEurope Continentale.
Il est assez difficile de classer avec quelque certitude les difîérents pays producteurs de tissus de laine. 11 est certain que l'Angleterre occupe la première place et que sa fabrication s'élève à plus de 1.300.000.000 francs ; la France et les Etats-Unis doivent venir ensuite à peu près au même rang ; enfin, l'Autriche-Hongrie, la Russie et la Belgique. Beaucoup de pays de l'Amérique Latine possèdent des filatures et des tissages d'une certaine importance. Je citerai, entre autres, le Mexique qui fabrique tousses draps unis et alimentera un jour les marchés lainiers de l'Amérique Centrale.
Industrie de la soie. — La France est le premier pays du monde pour la fabrication des fils et des tissus de soie.
Elle possède environ 1.500 fileries et moulineries, avec 50.000 ouvriers et ouvrières (ces dernières en majorité) et une force motrice de 7à 8 mille chevaux. D'autre part, les filatures et les tissages sont au nombre de 1.250, occupent 67.000 travailleurs et disposent de 8.000 chevaux activant plus d'un million de broches et i7.000 métiers mécaniques. On compte, en outre, 60.000 métiers à bras, qui sont peu à peu remplacés.
Le salaire moyen, dans les fileries, est de 3 fr. 45 pour les hommes, 1 fr. 53 pour les femmes, 1 fr. 30 à 1 fr. 10 pour les enfants. Les hommes sont d'ailleurs très peu employés dans cette industrie (1/10* de l'effectif); les enfants, au contraire, sont en majorité. Dans les filatures et les tissages, les hommes gagnent en moyenne 3 fr. 20, les femmes 1 fr. 86, et les enfants 1 fr. 26 à 1 fr. 16. On y compte environ 30.000 ouvriers, autant d'ouvrières, et 7.000 enfants.
La production des tissus de soie est soumises aux caprices de la mode, mais elle s'est ressentie surtout depuis 1870 de deux circonstances défavorables : 1*^ Certains pays, jadis importateurs d'étoffes de soie, sont devenus producteurs. Il faut citer, au premier rang, les États-Unis, dont l'importation d'articles de soie d'origine française, après avoir atteint 140.000.000 fr. dans chacune des années 1870 et 1871, ne s'élève plus aujourd'hui qu'à 80.000.000 fr. ; 2^ La maladie des vers à soie, quoique singulièrement atténuée par les belles découvertes de M. Pasteur, a diminué, d'une manière générale, la production des cocons. Toutefois, c'est un fait remarquable que les prix se maintiennent actuellement à un niveau moyen : le kilogramme de cocons après s'être abaissé jusqu'au prix de 3 fr. en 1826 et avoir atteint le maximum de 22 fr. en 1886, valait 10 fr. 50 en 1885.
Le tableau suivant met en lumière l'importance du commerce extérieur des tissus de soie :
Périodes Importation Exportation Exportation nette.
1847-1856 7.500.000 274.700.000 267.200.000 fr.
Le tarif douanier de la soie n'a pas été conçu dans le même esprit que celui des autres textiles. La matière première est, bien entendu, libre de droits. Quant aux produits manufacturés, comme il s'agissait d'une industrie ayant des racines profondes et puissantes dans le pays, on leur a imposé des droits relativement très modérés : 93 à 195 fr. sur les fils, 186 à 1.500 fr. sur les étoffés ^
Le grand centre de production est Lyon, 150.000 personnes y vivent de Tindustrie de la soie. Quant aux fileries et aux filatures, elles sont répandues dans le bassin du Rhône.
J'ai dit plus haut que la France occupait le premier rang dans rindustrie de la soie. Après elle, viennent : la Chine qui a conservé, sans l'accroître, son antique renommée ; l'Angleterre, l'Allemagne, les États-Unis dont la production s'accroît de jour en jour. Je citerai encore : le Japon qui possède des manufactures très bien montées et suffit à ses besoins intérieurs ; le Mexique dans lequel l'industrie de la soie ne fait que naître.
Industries annexes. — Aux industries textiles se rattachent une infinité de branches annexes qui présentent dans leur ensemble une véritable importance.
La fabrication des vêtements « confectionnés » pour dames occupe 40.000 personnes et représente 180.000.000 fr. par an, dont 35 à 40 0/0 au plus pour les matières premières. Quant aux costumes et manteaux faits sur mesures, il est impossible d'en évaluer la valeur, supérieure, sans aucun doute, à la précédente.
La confection pour hommes occupe au moins 50.000 personnes et se chiffre par 300.000.000 francs dont 60 0/0 environ pour les matières premières. J'ai à faire la même restriction que pour les vêtements de dames au sujet des articles non confectionnés.
L'industrie des tapis représente 80.000.000 francs par an. Ici, la main-d'œuvre joue un rôle considérable, et j'estime à 20.000 le nombre des ouvriers. Il suffit de rappeler les noms d'Aubusson et des Gobelins pour indiquer la supériorité de la France sur les autres pays d'Europe dans la confection du tapis riche.