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CHAPITRE VIII

INDUSTRIE DU BATUHENT

Son importance. — L'industrie du bâtiment, considérée dans son ensemble, occupe la dixième partie environ des forces productives de la France, et, à ce titre, mérite d'être placée immédiatement aprùs les industries alimentaires et les industries textiles. Le nombre des personnes employées dans le bâtiment s'est notablement accru depuis le milieu du siècle. J'emprunte les chiffres suivants à un remarquable rapport de M. Clemenceau sur la situation générale des ouvriers:

Nombre de patrons et Années. d'ouvriers du bâtiment

On peut compter que ce dernier chiffre se décompose en 520.000 patrons et 780.000 ouvriers appartenant à 250 professions diverses.

La production annuelle est bien difficile à évaluer à cause de la multiplicité des facteurs qui y concourent. Une série d'inductions fort remarquables amène M. Clemenceau à penser que l'industrie du bâtiment représente à Paris 676.000.000 francs par an et que cette somme se répartit à peu près également entre les matières premières et la main d'œuvre, le nombre des travailleurs et patrons intéressés atteignant HO.GOO. 11 me paraît qu'il n'y aurait aucune exagération à évaluer à 2.500.000.000 francs la production totale de Tindustrie du bâtiment en France, sans supposer, d'ailleurs, la même proportionnalité que précédemment entre la valeur des matières premières et les salaires, car la main-

d'œuvre est au moins 20 0/0 meilleur marché eu province qu a Paris.

Lies crises de l^ndustrie du bÂtiment.. — L'industrie du bâtiment a éprouvé récemment une série de vicissitudes capables de compromettre sérieusement les conditions d'existence d'une partie de ceux qu'elle occupe. L'exemple de l'État et des villes qui avaient entrepris dès 1865 d'importants travaux de transformation, engagea démesurément les capitalistes dans la voie de la construction. Particulièrement de 1877 à 1882, on bâtit de toutes parts sans avoir égard, le plus souvent, aux besoins véritables de la population. Ainsi, selon M. Cochut, on a bâti à Paris, de 1874 à 1882, 14.407 maisons contre 8.239 démolies ; on a agrandi 12.444 constructions, contre 5,239 démolitions partielles, ce qui représente en tout plus de 4.000.000.000 fr. de travaux pour Paris seulement.

11 résulta de cette surproduction une augmentation exagérée dans Teffectif des ouvriers du bâtiment, et, lorsque la réaction qui devait fatalement arriver, survint vers 1883, un grand nombre de travailleurs, habitués à un salaire moyen de 6 fr. 50 par jour, se trouvèrent sans ouvrage.

Les avis furent partagés, au sein même des intéressés, au suje des remèdes capables de mettre fin à cette situation et d'en éviter le retour. Les uns se prononcèrent pour le principe de l'intervention de l'État et demandèrent la mise en œuvre de grands travaux d'intérêt général. Les autres protestèrent contre ce système qui devait, selon eux, entretenir les ouvriers dans des espérances irréalisables. Il valait mieux, disaient-ils, laisser l'industrie du bâtiment reprendre son niveau véritable et aider au besoin l'excédent des travailleurs à regagner leur pays natal.

Quoi qu'il en soit, et sans prétendre trancher une question aussi délicate, je suis d'avis que les derniers travaux votés par la ville de Paris et plusieurs autres grandes cités, joints à ceux de l'Exposition universelle, constituent une précieuse réserve appelée à suppléer pendant quelque temps l'industrie privée du bâtiment momentanément paralysée par la dernière crise.

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