INDUSTRIES DIVERSES
Objet de ce chapitre. — J'ai réuni dans ce chapitre un certain nombre d'industries, dont plusieurs très importantes, mais sur chacune desquelles je ne possédais pas de renseignements assez étendus pour en faire Tobjet d*un chapitre spécial. Les statistiques officielles annuelles ne s'occupent que d'un nombre restreint d'industries, et, pour toutes les autres, il faut effectuer des recherches longues et quelquefois infructueuses.
Industrie du papier. — Il y a, en France, 498 manufactures de papiers et cartons avec un personnel de 32.000 ouvriers et une force motrice de 28.000 chevaux.
La production annuelle s'élève à environ 110.000.000 fr. pour le papier et 10.000.000 fr. pour le carton, chiffres considérables qui correspondent: le premier à 1.530.000 quintaux, le second à 282.000 quintaux.
J'aurais vivement désiré connaître la valeur des livres et des journaux annuellement imprimés en France. Malheureusement, je n'ai pas réussi dans mes recherches, et je dois me borner à donner ici des chiffres qui résultent de calculs personnels et que je ne saurais garantir : 200.000.000 fr. pour les livres et 125.000.000 fr. pour les journaux.
Pendant les deux dernières années 1 4.816 volumes ont été déposés directement à Paris, soit 7.404 volumes pour 1885 et 7.412 volumes pour 1886.
Les départements ont envoyé pendant la même période 25.755 volumes, dont 13.458 en 1885, et 12.297 en 1886.
Parmi les départements dans lesquels le mouvement littéraire a été le plus grand, nous citerons les suivants : Gironde (412 vol.), Haute-Vienne (557), Indre-et-Loire (798), Meurthe-et-Moselle (440), Rhône (726), Seine-et-Marne (453), Seine-et-Oise (840), Seine-Inférieure (566).
Tous ces chiffres ne comprennent pas les revues, journaux ou publications par fascicules; les départements ont donné en 1885 un total de i3.619 publications de genre, et en 1886 seulement 41.268 publications.
Ajoutons que le département de la Corse a déposé 15 volumes, la province d'Oran 13, la Réunion 5 et la Guadeloupe 1.
Ces chiffres ne peuvent donner une idée du mouvement intellectuel en France; mais ils pourraient servir utilement le jour où Ton se proposerait de faire un examen sérieux de la manière dont le dépôt légal est effectué en province et surtout d'établir une comparaison entre le nombre des volumes remis aux préfectures et celui des volumes qui entrent k la Bibliothèque nationale.
L'importation des papiers, cartons, livres et gravures varie entre 20 et 30 millions. L'exportation est à peu près équivalente.
Papiers peints. — L'industrie des papiers peints mérite une mention spéciale à cause du développement qu'elle a pris depuis quinze ans. La fabrication est presque entièrement concentrée à Paris et répartie entre 70 ou 80 usines, employant 5.000 ouvriers et utilisant environ 80.000 quintaux de matières premières. *
La valeur de la production n'est pas inférieure à 22.000.000 fr.
Carrosserie. — Ou estime qu'il y a, en France, 3.000.0000 voitures de toute espèce, dont environ 2.000.000 destinées aux travaux agricoles. L'entretien et le renouvellement de ce matériel représentent à peu près 250.000.000 fr. et occupent 25.000 ouvriers.
L'importation des voitures, grevée de droits considérables (6 fr. par quintal pour les charrettes et 120 fr. pour les équipages de luxe), est presque nulle: 1.000.000 fr. environ. L'exportation frappée de droits analogues dans la plupart des pays étrangers, ne dépasse pas 4.000.000 fr. 11 faut dire, du reste, que l'on exporte aussi beaucoup de pièces séparées telles que lanternes et ressorts.
Les tarifs de chemins de fer ne sont pas sans influence sur l'activité de la carrosserie, et Ton se plaint généralement de leur taux élevé, surtout en ce qui concerne les transports à longue distance.
Industrie du meuble. — L'industrie du meuble est fort développée en Frîince, particulièrement à Paris, et sa production annuelle ne doit pas être inférieure à 300.000.000 fr. Les salaires, dans les villes importantes, atteignent jusqu'à 7 et 8 fr. ; la moyenne générale pour toute la France est supérieure à 4 fr. ; elle n'était que de 2 fr. 20 en 1853 et de 3 fr. 36 en 1877.
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L'industrie du meuble importe chaque année environ 4.000.000 francs de bois étrangers dont l'entrée est libre quand ils sont à l'état brut. L'importation des meubles fabriqués ne dépasse pas 5.000.000 fr. tandis que l'exportation s'élève à 12.500.000 fr.
On a créé récemment à Paris une école professionnelle pour les industries du meuble. Cette création répond à un véritable besoin et mérite d'être complétée par d'autres analogues. La France ne conservera sa haute situation dans les industries décoratives qu'en répandant à profusion parmi les ouvriers et les petits fabricants l'habitude du dessin ornemental et la connaissance des styles. Cette condition a, d'ailleurs, été parfaitement comprise par les autorités compétentes, et j'aurai l'occasion de montrer plus loin tout ce qui a été fait en faveur de l'enseignement technique depuis 15 ans.
L'industrie du tapissier-décorateur, connexe de la précédente, est représentée par 2.000 fabricants au moins et produit pour plus de 100.000.000 fr. par an.
La fabrication des pianos est très-prospère en France, particulièrement à Paris. Le nombre de ces instruments annuellement livrés à la consommation atteint 15.000, représentant une valeur d'environ 10.000.000 fr.
iioaillerie et bijouterie. — Voilà des industries essentiellement parisiennes, et dans lesquelles la France possède une véritable supériorité. Le nombre des fabricants, joailliers et bijoutiers, est considérable : près de 3.000 occupant 10.000 ouvriers et 3.500 ouvrières. Les salaires sont élevés et atteignent en moyenne 6 fr. 70 pour les hommes et 3 fr. 20 pour les femmes.
Quant à la production, elle a augmenté de plus d'un quart depuis la guerre, si l'on en juge par le poids des objets présentés à la garantie. L'exportation, après avoir un instant diminué, a repris dès 1874 une marche ascendante ; elle est actuellement de 50 à 60.000.000 fr. par an. L'importation ne dépasse pas 6 à 7 millions de francs.
Horlof^erie. — Voici une autre industrie bien française dont la prospérité s'est maintenue par suite de l'augmentation de la consommation intérieure, bien que l'exportation se soit ralentie en présence du bon marché extraordinaire auquel arrivent les fabricants suisses, américains et autrichiens. La valeur annuelle de la fabrication n'est pas inférieure a 80.000.000 fr. 11 y a environ 35.000 ouvriers employés directement, sans parler des horlogers dits *i rhabilleurs » dont le nombre est à peu près égal.
Les grands centres de production se trouvent à Paris, Besançon, Montbéliard. La maison la plus renommée et la plus importante est celle de Japy frères dont la famille a rendu les services
les plus signalés à l'horlogerie par toute une série d'inventions, c'est à l'obligeance de M. Japy que je dois les renseignements relatifs à cette industrie.
Photographie. — Si je signale ici cette industrie c'est que son importance n'est généralement pas appréciée à sa juste valeur. Le chiffre des affaires auxquelles elle donne lieu annuellement n'est pas inférieure à 40.000.000 fr. dont un tiers environ représente la valeur des produits chimiques, appareils et fournitures.
Bimbeloterie. — L'industrie de la bimbeloterie a fait de rapides progrès depuis 25 ans ; sa production estimée à 8.600.000 fr. en 1860, atteignait 10.000.000 fr. en 1867, puis 18.000.000 fr. en 1877, et doit dépasser actuellement 20 millions dont un tiers pour l'exportation. Cette industrie est d'autant plus intéressante qu'elle a eu à lutter dans son développement avec la concurrence des produits allemands. Elle est arrivée à les égaler, particulièrement dans la fabrication des jouets de métal, sauf les soldats de plomb qui, je ne sais pour quel motif, restent une spécialité d'Oulre-Rhin.
ParAimerie. — Il existe en France environ 350 fabriques de parfumerie avec un personnel de 4.500 à 5.000 ouvriers. La production annuelle peut être évaluée à 35 ou 40 millions de francs dont un quart environ destiné à l'exportation.
Les salaires moyens sont de 4 fr. pour les hommes et 2 fr. 50 pour les femmes.
Articles de Paris. — On comprend sous cette dénomination une multitude de menus objets destinés en grande partie à l'exportation, tels que : bijouterie fausse, brosserie, peignes, boutons et petits bibelots de métal, lunetterie. L'industrie de l'article de Paris, après être arrivée à son apogée en 1877 (l'exportation atteignit cette année-là 150.000.000 fr.), a éprouvé, depuis, un ralentissement assez sensible en présence du bon marché des produits similaires allemands qui bénéficient de la différence des salaires. L'exportation des articles de Paris atteint cependant le chiffre respectable de 100.000.000 fr. par an, et peut aisément s'y maintenir.