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L.ES ÉCOLES I1VDUSTRIEL.L.ES

Mouvement en faveur de l 'Enseignement technique. — L'esprit démocratique qui a inspiré le développement récent de l'Enseignement primaire, s'est naturellement porté ensuite vers la réorganisation de l'Enseignement technique dont rinsuffîsance était unanimement reconnue. Cette tâche, quoique très activement menée, particulièrement depuis l'Exposition de 1878, est encore loin d'être terminée. Cependant, si l'on tient compte de ce qui a été déjà fait, si l'on considère la faveur dont jouissent aujourd'hui les études pratiques, il y a lieu de croire que, dans vingt ans, l'enseignement technique aura atteint, en France, le haut degré d'extension qu'il comporte.

Variété des Écoles industrielles. — Les Ëcoles industrielles peuvent être conçues sur des plans infiniment variés, suivant qu'elles sont destinées à l'enseignement d'une ou de plusieurs spécialités ou qu'elles s'adressent à des élèves possédant une instruction élémentaire plus ou moins développée.

L'École centrale, par exemple, quoique absolument hors de proportions avec toutes les autres, est aussi une École industrielle ; seulement ses programmes comportent l'étude approfondie de toutes les sciences appliquées, et c'est ce qui la place au premier rang.

Je ne puis malheureusement donner à ce chapitre un long développement, et je le regrette d'autant plus qu'il s'agit de l'un des facteurs les plus importants de la grandeur industrielle française. Je me bornerai à une énumération accompagnée de quelques renseignements généraux.

École des mines de Saint-Étienne. — L'École des mines de Saint-Étienne a pour but de ioumir des ingénieurs et des directeurs à l'industrie extractive. Elle complète utilement

rÉcole supérieure des mines dont l'enseignement très élevé ne^ répond qu'imparfaitement aux nécessités pratiques de l'exploitation. La durée des études est, à Saint-Étienne, de trois années, et les programmes comprennent la mécanique théorique et appliquée, les machines, l'analyse chimique des matières minérales, la métallurgie, la géologie. Le niveau des études est à peine inférieur à celui de l'École centrale; toutefois, l'enseignement est beaucoup plus spécialisé, et le diplôme de sortie n'ouvre guère d'autres voies que celles de la métallurgie et des mines.

Écoles des maitres-ouvrieps mineup» d'Alais et de Douai. — Il existe à Alais depuis 1845 une école destinée à former en deux années des contre-maîtres pour l'industrie minérale. Le prix de la pension est excessivement modique (500 francs par an, nourriture et logement compris) et des bourses peuvent, en outre, être accordées. Le gouvernement actuel a fondé en 1878, à Douai, une autre école, identique à celle d'Alais, dans le but de desservir le bassin houiller du Nord. Les deux établissements sont très fréquentés, et les élèves sortants trouvent aisément un emploi dans la région.

École centrale. — L'Kcole centrale des arts et manufactures est Tun des types les plus parfaits d'écoles industrielles. Fondée en 1829 par quatre hommes dont le nom mérite d'être conservé (1), Lavallée, Olivier, Péclet et le grand Dumas, donnée à l'Etat par M. Lavallée en 1857, elle a fourni à la France et à l'Étranger plus de quatre mille ingénieurs qui ont pris une part considérable au mouvement industriel de notre époque. Il devait appartenir à la République d'aider l'Ecole Centrale insuffisamment logée rue des Coutures-Saint-Gervais às'établir dans un édifice digne d'elle et à la suite d'un rapport très remarquable de M. Spuller, les Chambres votèrent en 1881 un crédit de 4.583.000 francs élevé en 1884 à 6. 183.000. L'École de son côté, participant pour 1.792.000 fr. et la ville de Paris donna une partie du terrain évaluée 1.020.000 fr. Tels furent les sources grâce auxquelles s'éleva l'Ecole actuelle dont l'installation est citée à bon droit comme modèle. Le niveau des études est un peu inférieur au point de vue scientifique à celui de l'Ecole des Ponts-et-Chaussées, mais, en revanche, les cours techniques sont sensiblement plus développés. Le but à atteindre n'est d'ailleurs pas le même dans l'un et l'autre cas, et, comme le fait judicieusement observer M. Cauvet, l'ingénieur de l'Etat, ayant en vue des travaux d'un caractère essentiellement durable, n'est pas toujours astreint aux exigences économiques qui s'imposent

\. Olivier ot Péclet ont ailleurs à leur actif d'importantâ travaux scientifiquos : le premier fut le continuateur de Mouge en géométrie descriptive et le second acquit une juste réputaliou comme pliy<iicieu.

à son collègue de Tindustrie. L'École Centrale forme quatre catégories cringénieurs : mécaniciens, constructeurs, métallurgistes, chimistes. Ces divisions ne correspondent pas, à vrai dire, a des spécialités, car les études sont communes pendant les deux premières années, et c*est seulement au cours de la troisième année que les élèves se spécialisent, particulièrement pour le grand projet présenté à l'examen de sortie, projet qui les occupe pendant les six derniers mois et donne la mesure à peu près certaine de leur initiative et de leur acquit. Le nombre annuel des diplômes s'est graduellement élevé jusqu'à 120, soit 3/5 environ des concurrents; les autres obtiennent généralement un certificat de capacité avec faculté de se présenter l'année suivante pour Tobtenlion du diplôme. Ce qui caractérise l'École Centrale, c'est que les notes de l'élève depuis le premier jour jusqu'au dernier contribuent au résultat final, de sorte que rien n'est laissé au hasard d'un examen.

Écoles d'Arts-et-Métieps. — Si TÉcole Centrale est placée au sommet de l'enseignement industriel, les écoles d'Arts-el- Métiers occupent dignement le second rang, leur création est fort ancienne, et leur histoire présenta plus d'une péripétie avant leur installation définitive à Aix, Angers et Chàlons-sur-Marne. Les trois écoles contiennent ensemble environ 800 élèves répartis entre les spécialités de mécaniciens, menuisiers, fondeurs, forgerons, et particulièrement nombreux dans la première. L'enseignement à la fois théorique et pratique a été complètement refondu récemment.

Les nouveaux programmes permettront de développer le cours de mécanique dont plusieurs parties importantes devaient être précédemment négligées par suite de l'insuffisance des cours de mathématiques pures. Ce remaniement, qui représente un grand travail, élève les écoles d'Arts-et-Métiers à la hauteur des meilleurs établissements d'instruction technique.

L'enseignement du dessin est l'objet de soins tout particuliers et la plupart des élèves sortants deviennent dessinateurs dans la spécialité à laquelle ils se sont voués.

Les écoles d'Arls-el-Métiers étant essentiellement destinées aux (ils d'ouvriers ou de petits commerçants, le prix de la pension y a été fixé à un chiffre très faible (000 fr. par an), et le nombre des bourses, très largement calculé, en rend l'accès facile à tous ceux qui possèdent une bonne préparation et de sérieuses qualités.

La création d'une quatrième école d'Arts-et-Métiers à Lille est décidée en principe et ne tardera pas à devenir un fait accompli.

École d'apprentissage de Dellys. — Le gouvernement

actuel, désireux d'étendre a l'Algérie les bienfaits de l'instruction professionnelle, a créé à Dellys une école d'apprentissage qui reçoit, moyennant 400 francs par an^, comme internes, les fils de colons ou d'indigènes. Cet établissement, dont l'enseignement à la fois théorique et pratique dure trois années, a déjà fourni un grand nombre d'excellents contre-maîtres et ouvriers d'élite.

Éicole des Arts décoratifs. — Dans un autre ordre d'idées, l'École des Arts décoratifs rend les plus grands services à l'industrie en lui fournissant des dessinateurs et des sculpteurs qui joignent à une pratique sérieuse la connaissance des styles et des genres. L'École n'avait jadis que des cours du matin et du soir ; maintenant, elle est ouverte toute la journée, et, en outre, son enseignement a été notablement augmenté. L'État y entretient huit boursiers ; les départements et les villes en envoient un nombre bien plus grand, et, de plus, l'émulation est assurée par de nombreux prix annuels, dont plusieurs fondés par des particuliers.

Écoles ppoiessionnclles, coups du soir. — A côté de ces grands établissements, fonctionnent depuis longtemps dans les villes les plus importantes des écoles d'instruction technique et des cours du soir dont le nombre s'est prodigieusement accru sous le régime actuel.

Je me bornerai à citer quelques-unes des fondations les plus importantes faites depuis 15 ans :

i<* Ecoles de dessin ou de beauv-arts: Nancy (120) 2, Carpentras, Clermont-Ferrand (300), Fécamp, Grenoble (118), Tours (260), Morlaix, La Rochelle (130), Rodez, Nevers (140), Rennes (500);

2<» Écoles de tissages : Sedan (20), Saint-Étienne (70), Roanne, Charlieu, Fourmies, Cambrai, La Ferté-Macé, Lyon (deux écoles);

3° Écoles professionnelles: Saint-Étienne (60j, Saint-Chamond (125, garçons et filles), Nantes (310), Reims (115), Nancy (190, garçons et filles), Nevers (120), Lille (150), Roubaix (200), Fourmies, Cambrai, Fiers, Rouen (200), Le Havre (230 jeunes filles), Mazamet (AO), Carhaix (20), Châteauneuf (20), Marseille ;

4** Cours du soir : la nomenclature en serait trop longue, car cet enseignement accessible à toutes les personnes de bonne volonté a pris une extension inespérée. Les sociétés philotechnique, polytechnique, philomathique, représentent dignement la part de l'initiative privée dans ce mouvement. Il faut dire, d'ailleurs que l'État les encourage de son mieux en leur prêtant des locaux et

1. L'État, les départements et les communes de rAlgérie entretiennent dans cette école une forte proportion de boursiers.

2. Les chiffres placés dans les parenthèses indiquent le nombre des élèves.

en conférant des distinctions honorifiques aux plus zélés de leurs membres.

Cet aperçu de renseignement technique, quoique fort incomplet, suffira, je l'espère, à donner une idée de l'importance que l'État attribue aux études professionnelles. Il faut reconnaître qu'il y a encore beaucoup à faire, mais aussi que beaucoup a été fait.

Tout porte à croire que, dans un délai rapproché, tous les centres industriels posséderont, non seulement des écoles appropriées aux spécialités de l'endroit, mais encore des ateliers d'apprentissage.

Quant au dessin qui, suivant la frappante expression de M. Tresca, « doit devenir la langue universelle de Touvrier », le conseil supérieur de l'enseignement technique le considère à bon droit comme devant être inscrit en tête de tous les programmes.

Li'enseim^neiiient technique À l'étraiif^ep. — Il ne serait pas sans intérêt d'étudier l'organisation des écoles et de cours industriels à l'étranger; les limites de mon cadre m'interdisent cet intéressant examen. Je me bornerai à reconnaître, avec M. Tresca, la supériorité incontestable de TAu triche-Hongrie, au point de vue de l'enseignement technique et à signaler les curieuses tentatives faites en Allemagne pour remettre en honneur les corporations avec de petits ateliers comptant deux ou trois apprentis. Ce système présente quelque analogie avec celui des écoles d'apprentissage belges, dans lesquels l'apprenti est astreint à fournir 9 heures de travail par jour durant trois années.

La direction de ces établissements qui ne compte ensemble pas moins de 2.000 élèves, est confiée à des entrepreneurs.

Une particularité digne d'être signalée et commune à toutes les écoles d'enseignement technique supérieur d'Europe, est la spécialisation des élèves, spécialisation dont l'École Centrale des arts et manufactures s'est presque complètement affranchie. Cette circonstance me paraît être en somme une cause d'infériorité, car les travaux du génie civil et de la grande industrie exigent de jour en jour des connaissances plus variées.

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