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FORÊTS

Rôle de l'Etat dans l'exploitation des Forêts. —

« Si Ton jette un regard sur la physionomie de la terre de Gaule dit M. Henri Martin, les deux grands traits qui apparaissent d'abord de cette physionomie sont la foret et le pâturage. »

On peut, en effet, évaluer sans exagération aux deux tiers de la surface totale les immenses régions boisées de cette ép()(|ue ; aujourd'hui, les forêts occupent à peine un tiers du territoire français (9.455.245 hectares).

Cette transformation justifie pleinement l'expression de M. Alfred Maury : « Déboisement et civilisation ont été longtemps <t des termes corrélatifs. » Toutefois, la mesure a été de beaucoup dépassée, et depuis plusieurs siècles déjà les efforts du pouvoir ont tendu à arrêter le déboisement par des mesures énergiques, en apparence même attentatoires à la liberté : je citerai seulement le Code forestier de 1827 qui interdisait aux propriétaires l'exploitation des bois avant que la marine eût fait son choix, et le défrichement sans autorisation préalable. Le privilège de la marine a pris fin en 1837, mais la seconde disposition, bien qu'abrogée, subsiste encore de fait par suite des formalités nécessaires pour obtenir l'autorisation.

Cette intervention du gouvernement est pleinement justifiée par le rôle important que jouent les forêts dans Thygiène publique (assainissement des terrains marécageux) et dans l'économie agricole (régularisation du régime des eaux et amélioration des climats).

Le Reboisement. — Cependant, le mal était tellement grand qu'il ne suffisait pas d'arrêter le déboisement pour assurer il la sylviculture un fonctionnement normal; il fallait en outre pratiquer le reboisement sur environ un million d'hectares, sous peine de s'exposer aux désastres qui résultent des inondations. Le gouvernement de Louis-PhiHppe reconnut cette nécessité, mais la loi qui la sanctionnait ne devint jamais exécutoire.

Plus tard, en 1856, l'Empereur Napoléon III fit commencer le reboisement dans les forets de l'Etat et encouragea en outre les efforts des particuliers dans ce sens. Malgré la faiblesse des crédits affectés à ce service, environ 100.000 hectares étaient reboisées en 1870. Le gouvernement actuel a continue avec succès, et en lui donnant une grande extension, Tœuvre entreprise sous Napoléon 111, particulièrement en Sologne, dans les Landes, dans la vallée du Rhône et les bassins côticrs de la Méditerranée ; 200.000 hectares ont été depuis 1870 plantées d'essences résineuses à croissance rapide auxquelles on substituera plus tard, lorsque le sol sera suffisamment préparé, des arbres précieux, tels que les chênes, qui ne sauraient actuellement se développer dans les terrains ravinés sur lesquels on a opéré. Le reboisement figurait au budget de 1886 pour une somme de 3.304.000 francs.

Administration des Forêts. — Dépendant jusqu'en £881 du Ministère des Finances, elle a été rattachée au Ministère de TAgricullure lors de sa formation. Elle figure en 1886 pour 13.257. 11 4 francs au budget des dépenses, et pour 35.085.600 francs î\ celui des recettes ; les forets de TEtat entrent dans ce dernier chiffre pour 34.053.800 francs provenant de coupes faites avec la plus louable prudence, car cette somme n'est que 2,5 0/0 du capital réprésenté par les forets domaniales ; et si l'on ajoute que les frais d'exploitation s'élèvent à 10 millions, soit environ 0,80 0/0, on voit que l'Etat ne tire que 1,70 0/0 de revenu de son domaine forestier, ainsi qu'il convient à un propriétaire soucieux de garantir l'avenir.

Divisions de la propriété forestière. — Les 9.455.225 hectares que les forets occupent en France se répartissent de la manière suivante :

Nombre d'hectares. Valeur approximative.

Etat 1.050.000 hect. 1 . 300 . 000 . 000 fr.

Communes... 2.000.000 — 1.400.000.000 — Particuliers.. 6.400.000 — 4.800.000.000 —

Ce qui assignerait à Tensemble une valeur de plus de 7 milliards. Toutefois, il ne faut pas accorder une confiance absolue à ces chiffres, attendu que la superficie même des forets est l'objet de contradictions : ainsi, le Journal Officiel leur attribue 9.185.310 hectares, soit 2li3.915 hect. de moins que V Annuaire statistique de la France, Ce (jue l'on peut toutefois affirmer, c'est (jue le domaine forestier de l'Etat a une valeur relative beaucoup plus considérable que chacune des deux autres catégories.

Domaine fore.stier communal* — Les biens forestiers communaux constituant une propriété d'intérêt général, l'Etat

s^en est réservé Tentretien et la surveillance moyennant une contribution des communes qui s'élève à environ 1.000.000 francs ; les défrichements et les aliénations y sont aussi subordonnés à sou consentement et, du reste, peu importants.

Domaines particuliers. — Les bois des particuliers, quoique moins directement placés sous le contrôle de TEtat sont néanmoins soumis à la disposition du Code Forestier dont je parlais plus haut. D'autre part, les encouragements donnés au reboisement produisent des effets très-sensibles, de sorte que, malgré les défrichements, on constate une certaine augmentation sur Tensemble.

Personnel forestier. — La conservation et l'entretien des forets de l'Etat et des communes nécessitent un personnel considérable (plus de 4.000 agents, sans compter ceux qui sont détachés aux colonies). Les employés subalternes de ce service sont tous des hommes choisis, et leur recrutement se fera désormais d'autant plus facilement qu'ils pourront prétendre aux grades intermédiaires, grâce à la création d'écoles spéciales dont je vais parler. Quant au cadre supérieur, il est composé de fonctionnaires sortant de l'Ecole de Nancy, c'est-à-dire possédant les connaissances techniques les plus étendues.

ESeole supérieure forestière. — Etablie à Nancy le 26 août 1824, elle se recrute par voie de concours (le niveau de Fexamen est à peu près celui de Saint-Cyr). Après deux années d'études, les élèves sortent avec le grade de garde général stagiaire et deviennent habituellement titulaires Tannée suivante. L'éloge de cette institution n'est point à faire et la présence d'élèves étrangers envoyés par leurs gouvernements justifie l'excellente réputation dont elle jouit.

Ecole secondaire forestière. — Le gouvernement de la République, soucieux de généraliser les connaissances techniques relatives au service des forêts et de rendre les grades intermédiaires accessibles aux agents inférieurs, a établi aux Barres (Loire tj une Ecole secondaire forestière dont le but est de préparer au grade de garde général les simples gardes et brigadiers. La durée des éludes est de deux années.

Ecole primaire forestière. — Un principe démocratique analogue a présidé à rétablissement dans la m«!'me localité de VEcole Primaire Forestière destinée aux fils d'agents inférieurs désireu;c de suivre la carrière. Les élèves sortent de l'Ecole après onze mois d'études et sont nommés gardes avec la faculté d'entrer à l'Ecole secondaire après deux années de service dans ce grade.

l«es Forêts à. l'étranger. — Au point de vue forestier la

6 PREMIÈRIi: PARTIK.

France occupe le huitième rang en Europe, comme il résulte du tableau suivant :

Proportion pour 100 Etats couverte de forûts.

Russie d'Europe 40 pour 100.

Suède et Norwègo 34,1 —

Autriche 29,4 —

Allemagne 2G,1 —

Turquie 22,2 —

Italie 22,0 —

Suisse 18,0 —

France 17,3 —

Grèce 1 4,3 —

Espagne 7,3 —

Belgique 7,0 —

Hollande 7,0 —

Portugal 5,1 —

Angleterre 4,1 —

Danemark 3, i —

Mais il convient d'ajouter que les forets françaises sont surtout composées de bois à brûler et que la France est tributaire de 1 étranger pour une somme annuelle d'environ 200 millions ; le chêne et le sapin sont les deux principaux éléments d'importation. Les efforts du gouvernement actuel tendent, comme je l'ai dit plus haut, à modifier celte situation fâcheuse en rendant à la sylviculture de vastes étendues de terrains en montagne. Toutefois, cette œuvre n'est point de celles qui comportent des effets immédiats et le bénéfice n'en saurait être recueilli que vers le milieu du siècle prochain.

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