‹ La France africaineChapitre 34 sur 68 · PAS DE SOLUTION · texte numérisé non relu

PAS DE SOLUTION

Il y a différentes façons de défendre des colonies et de leur assurer la « sécurité du travail dans la paix » , ce qui est T obligation de toute nation protectrice. On peut les défendre directement ou indirectement par des moyens militaires. On peut les protéger par Thabileté d'une diplomatie basée sur l'influence de la métropole, sur la moralité de ses adversaires, sur l'intérêt qu'ont toutes les nations à vivre en bonne intelligence, tant au point de vue militaire qu'au point de vue économique, avec un pays puissant et riche.

Pour défendre directement des colonies par des moyens militaires, on entretient, si c'est possible, des établissements de guerre, des forces suffisantes dans la colonie même; le Canada, les Indes sont dans ce cas. Si la défense locale n'est pas réalisable parce qu'elle est menacée par des forces trop importantes pour qu'on puisse la constituer assez solidement d'une façon permanente, on est réduit à s'assurer de la mobilisation rapide et des moyens d'envoi dans la colonie menacée de troupes suffisamment nombreuses pour la défendre et pour amener Tennemi à traiter; c'est le procédé dont les Russes essayèrent d'user en Mandchourie. Si la colonie n'est accessible que par la voie maritime, il faut évi-

demment, pour employer ce genre de défense, être avant tout maître de la mer.

Pour défendre indirectement des colonies par des moyens militaires, on peut assurer la sécurité de ses possessions éloignées en menaçant les forces ou les possessions ennemies rapprochées. L'armée allemande est la meilleure protection de toutes les colonies allemandes contre la France ; les escadres de la Baltique sont créées pour devenir leur protection contre l'Angleterre.

Les cuirassés anglais mouillés sur la côte anglaise protègent toutes les immenses possessions britanniques contre l'Allemagne et la France, c'est eux qui soudent entre elles toutes les parties de l'empire.

La défense des colonies uniquement par l'habileté d'une diplomatie bien conduite est beaucoup moins sûre qu'une protection effective militaire. La diplomatie peut être définie l'art de se tromper mutuellement dans les formes les plus polies. Un tel art serait trop vain pour valoir par lui-même ; il ne vaut que par la quaUté des motifs sur lesquels il s'appuie, les alliances, l'intérêt, là où il ne peut compter sur son véritable soutien : la Force. Le plus beau des cadres ne vaut que par la toile qu'il renferme.

De ces moyens, lesquels pouvons-nous employer fructueusement pour assurer la défense de tous nos territoires qui peuvent être menacés par l'Angleterre, par l'Allemagne, par les États-Unis, par les Jaunes?

l'iNDO-CHINE, la NOUVELLE-CALÉDONIE, TAHITI NE SONT PAS DÉFENDABLES CONTRE LE JAPON

Laissons de côté tous ces plans de protection fantaisistes par des défenses mobiles destinées à empêcher des débarquements. Pour sauvegarder ces 2.500 kilomètres de côtes, il faudrait avoir 200 torpilleurs répartis autour

d'une trentaine de centres convenablement fortifiés-! Encore chacun de ces petits paquets de torpilleurs ne serait-il bon qu*à être Tun après Tautre détruit par les soixante contre-torpilleurs du Japon, lesquels, attaquant, auraient Timmense avantagée de pouvoir se réunir en nombre suffisamment supérieur pour être certains du succès de leurs opérations.

Laissons de côté ces résistances à des débarquements, opposées au moyen de concentrations de troupes sur le point du littoral menacé. Le chemin de fer stratég^ique qui permettrait de les opérer court le long de la côte à quelques centaines de mètres du rivage; le premier soin de Tennemi serait de le couper en un endroit quelconque, s'il ne s'en emparait pour en user luir même.

Ite parlons que du seul plan réalisable.

Admettons que nos cuirassés aient été construits de façon à pouvoir lutter contre ceux du Japon (avec 21.000 tonnes de déplacement au lieu de 18.000 tonnes en 1906) ; que toutes les dispositions aient été prises à l'avance d'une façon parfaite pour l'envoi en Extrême- Orient de toutes les forces navales de France escortées par des convois considérables de transports. Admettons que toute la préparation à la guerre, conçue par une volonté inflexible de garder à tout jamais notre colonie, ait été menée dans tous ses détails d'une façon idéale ; que tous les crédits demandés, plus de 200 millions de francs, aient été accordés par les Chambres et que, grâce à ces sacrifices, l'arsenal de Saigon, défendu par une place forte de premier ordre, ait pu être transformé en arsenal de plein exercice, capable d'entretenir une armée navale de quarante bâtiments de combat.

Admettons que, par suite de la façon parfaite dont auraient été prises toutes les mesures, ce n'aurait été qu'une longue suite de victoires, et que les événements se

soient déroulés pour nous de la façon la plus heureuse.

Le Japon nous a attaqués brutalement, sans cause, sans aucun prétexte, uniquement parce qu'il a besoin d'argent, de débouchés, qu'il lui faut faire l'union de la race jaune et que pour lui la gfuerre est une industrie. Sa flotte a en vain essayé de forcer l'entrée de la rivière de Saïgon, avant même que la déclaration de g^uerre fût parvenue à Paris ; nos sous-marins lui ont coulé trois cuirassés; elle a été oblig^ée de se retirer. Malgré la pression exercée par le Mikado, la Chine et le Siam n'ont pas osé bouger ; les Chinois ont différé d'envahir le nord du Tonkin ; les Siamois d'attaquer le Laos et la vallée du Mékong par leur chemin de fer de Korat; ils ont appris l'arrivée de toute la flotte française, et avant de s'engager ils ont préféré attendre de voir à qui appartiendrait l'empire de la -mer. La mobilisation s'est opérée sans difficultés; 20.000 Européens et 40.000 indigènes ont pu se concentrer dans l'enceinte de la place forte de Saïgon, sans être le moins du monde entamés.

En deux mois, le Japon n'a pu débarquer que 200.000 hommes à Gam-ramh où ses flottes se sont installées après leur échec du cap Saint-Jacques. La place a été investie ; mais les assauts furieux des Nippons sont restés vains et la garnison tenait encore dans d'excellentes conditions quand, après avoir coulé la flotte japonaise, l'armée navale française est entrée victorieuse à Saïgon. Aussitôt approvisionnées et remises en état, nos escadres ont été balayer le littoral de l'Annam de tous les petits navires japonais qui l'infestaient; puis elles ont été dévaster les côtes de Corée, de Formose, des Pescadores, du Japon. Elles se sont emparé d'un nombre considérable de bâtiments de commerce et ont saccagé quantité de ports.

Ces succès obtenus?... Il ne resterait plus qu'à faire

la conquête de toute rindo-Chine contre les 200.000 Japonais qui y auraient pris pied !

C'est là que s'écroule le rêve ! C'est là qu'on retombe dans les abîmes de la réalité !

Par ce phénomène qui veut qu'en France on saute toujours d'une opinion extrême à une opinion encore plus outrée ; malgré ce qui est résulté de toutes les batailles navales du monde, depuis Lépante jusqu'à Trafelgfar et Santiago de Cuba, la puissance de la maîtrise de la mer, obtenue par des combats sur mers livrés avec des vaisseaux de ligne, était niée de la façon la plus formelle avant la bataille de Tsushima, par la plus grande partie du monde maritime influent de cette époque. Cette puissance n'était rien; elle n'existait pas. Cette puissance aujourd'hui est tout; elle est devenue omnipotente. « Après cette grande victoire sur mer, prétend-on, les troupes japonaises coupées de leurs bases, traquées par les nôtres, seront réduites aux dernières extrémités et forcées de capituler. »

C'est de cette façon que la partie optimiste de l'opinion publique fait se terminer une guerre avec le Japon dans laquelle nos flottes auraient été victorieuses.

Cette exagération de la puissance de la maîtrise de la mer est aussi fausse que l'était le peu de cas qu'on voulait en faire il y a quelques années.

Les victoires, la suprématie sur mer appartiennent au plus fort sur mer. Les victoires, la suprématie sur terre appartiennent au plus fort sur terre. La marine anglaise a conquis l'empire de la mer; mais ce sont les troupes anglaises qui ont pris l'Inde, l'Egypte, le Transvaal; ce sont ses 746.300 hommes de troupes coloniales qui gardent les contrées qu'elle détient; la mer n'a jamais vaincu la terre. Quand, en 1806, Napoléon n'avait plus de flotte, il essaya vainement de vaincre la mer par la terre en proclamant le blocus continental ; la terre n'a

jamais vaincu la mer. Les bateaux ne peuvent pas plus conquérir le sol que les soldats ne peuvent conquérir Teau.

Si en obtenant la maîtrise absolue de la mer, on coupe Tennemi de toutes ses communications, ses troupes tombent alors dans le cas d'une garnison assiégée qui, ne pouvant plus attendre aucun secours, alors que les assaillants en reçoivent d'une façon illimitée, est destinée fatalement à être réduite : tel était le cas de Port- Arthur. Tel serait le cas de notre place forte de Saïgon, si nous ne devenions pas maîtres de la mer. Tel ne serait pas celui de 200.000 Japonais débarqués en Indo-Chine, si toutes les flottes japonaises avaient été détruites.

Pendant la guerre russo-japonaise, la Chine était neutre; néanmoins 100.000 coolies chinois ont feit toute la campagne avec les Japonais : ils étaient surtout employés pour le ravitaillement. Les chemins de fer de Corée ont rendu les plus grands services aux Nippons qui ont de suite assuré leur fonctionnement. La voie ferrée qui longe toute la côte d'Indo-Chine, celle de Laokaï- Haïphong, celle de Bangkok-Korat-Kan Ton Maï, sur le Mékong, pourraient les ravitailler en armes, en munitions, en vivres par la Chine et par le Siam. Car, dans une telle guerre, que le Siam le veuille ou non, il finirait par être obligé d'aider les Japonais. Dans la guerre du Transvaal, les Boërsse ravitaillaient par Mossamédès; les Portugais ayant voulu s'y opposer, les Boërs leur répondirent : tt Nous disons la guerre à l'Angleterre, cela nous est égal de vous la faire en même temps à vous. » Les Portugais s'inclinèrent. C'est ce que seraient obligés de faire les Siamois, parce que les Japonais pourraient leur dire : « Nous faisons la guerre à la Frknce, cela nous est égal de vous la faire en même temps à vous. »

Telles sont les tristes, les misérables exigences auxquelles deviennent fatalement asservis les peuples trop

faibles, trop veules, pour n^avoir pas le courage de se mettre en mesure de défendre le sol de leur pays !

Pour le Siam, les Japonais n'auraient point d'ailleurs à recourir à des menaces de guerre, parce que de tout cœur les Siamois saisiraient avec enthousiasme la première occasion de prendre leur revanche de Pak-Nam.

Avec les voies ferrées, les routes, les rivières, le ravitaillement des troupes japonaises demeurerait assuré et, pendant que nos escadres n'auraient plus d'ouvrage sérieux à entreprendre, les Nippons pourraient continuer le siège de la place ferte.

Ce serait s'abuser que d'espérer terminer la guerre en lassant l'ennemi par la privation au pays d'un très grand nombre d'hommes. C'est Tannée 1904, pendant la guerre avec les Russes, qui a marqué le maximum du commerce japonais : 1.726 millions de francs. Les armées d'ailleurs n'enlevèrent au travail que 3 pour cent de la population masculine, et la main-d'œuvre féminine contribue pour beaucoup à la production du Japon.

D'un autre côté, la route de la mer nous restant assurée, il nous serait possible d'envoyer à Saïgon les forces nécessaires pour reprendre l'Indo-Chine contre 200.000 Japonais, aidés d'une centaine de mille de Chinois, de Siamois et d'une partie de la population. Voilà l'impasse où nous serions acculés par nos victoires mêmes !

L'expédition de 1883 faite au Tonkin contre des bandes irrégulières par 20.000 hommes a coûté un milliard de francs.

Pendant la dernière guerre, les Russes ont dépensé 4 milliards de francs; les Japonais 4.830.400 francs par jour, soit en tout : 3.477.890.800 francs.

Pour assurer la défense de l'Indo-Chine, il faudrait donc prévoir, en outre d'une armée navale de quarante bâtiments de combat, de la place forte destinée à

couvrir un arsenal de premier ordre à Saïgon, T envoi de plus de 200.000 hommes pour refaire la conquête de rindo-Chine sur les troupes japonaises qui auraient eu le temps de prendre pied dans le pays avant la victoire de nos flottes.

Ce serait une dépense de 3 à 4 milliards.

J'ai rappelé plus haut que le maintien de notre occupation du Tonkin ne fut voté en 1885 qu'à quatre voix de majorité.

Je crois que personne ne me contredira si j'avance qu'à l'époque où se passeraient les événements dont je viens de supposer l'heureuse réalisation, les Chambres d'alors refuseraient de s'engager dans des dépenses aussi considérables et dans des envois de troupes aussi importants.

Car,* même après des victoires complètes, où de telles expéditions mèneraient-elles la France? ,

Une suite de succès comme ceux que nous avons admis ne serait pas sans gloire. Mais tous ces peuples jaunes essaieraient tôt ou tard de prendre leur revanche. Nous lancerions dans une succession de guerres analogues aux guerres franco-allemandes une longue série de notre descendance; nous créerions à 8.500 milles de France une nouvelle frontière de l'Est. Cet immense effort soutenu en Extrême-Orient nous empêcherait d'en &ire un suffisamment fort en Europe. En voulant conserver nos territoires du Tonkin, nous risquerions d'en perdre en France.

Les temps ont changé depuis 1883. Aucune combinaison ne nous permettrait aujourd'hui de défendre militairement contre le Japon notre Indo-Chine et, à fortiori^ la Nouvelle-Calédonie et nos îles du Pacifique.

Devant cette impossibilité de protéger l'Indo-Chine, nous avons conclu avec le Japon un accord nous assurant

rinté^ité et la sécurité de nos colonies d'Extrême- Orient.

Pour que deux pays ou deux individus puissent s'entendre, il faut qu'ils aient la possibilité de s'accorder des avantagées mutuels équivalents au moyen de concessions réciproques. En nous entendant avec le Japon, il est facile de voir très exactement les avantagées que nous en retirons. Le Japon nous fait la concession d'abandonner toute idée d'expansion vers l'Indo-Ghine et vers nos possessions du Pacifique. Quel avantagée comptet-il en retirer? L'avantagée que nous lui prêtions des capitaux? Certes oui, il lui en faut absolument pour continuer sa politique impérialiste, et rien que la nouvelle de l'accord diplomatique franco-japonais a fait monter le 4 pour cent japonais de 90,40 à 92,58 et le 5 pour cent 1907, de 100,80 à 102,50. Mais il faut bien rester convaincus que ces g^ens essentiellement pratiques ne nous en conserveront aucune reconnaissance. En 1905, ils trouvaient qu'en nous empruntant 600 millions de francs, c'était eux qui nous rendaient service et non pas nous qui les oblig^ions, parce que nous préférons aujourd'hui placer nos capitaux plutôt que de les employer nous-mêmes et qu'eux nous servent un intérêt supérieur à celui que nous rapporteraient nos placements nationaux. Les avantages d'obtenir des conditions privilég[iées pour s'ouvrir plus complètement un marché important dans un pays avec lequel son commerce est déjà de près de 100 millions de francs? Mais qu'est-ce que des profits aussi minces comparativement aux ambitions gfrandioses des Japonais, à leur haine des étrangers, à leurs prétentions sans limites, à leur volonté inflexible d'exclure tous les Européens d'Extrême-Orient?

Penser qu'un peuple qui, depuis 1895, mène une politique conquérante avec une aussi réelle maestria et qui vient de dépenser 4 milliards de francs pour assurer

en Extrême-Orient la prépondérance de la race jaune sur la race blanche, s 'amuse à faire des arrang^ements avec une nation uniquement pour aug^menter son commerce de quelques millions, ce serait de F enfantillage. Les vues à long[ue portée du Japon sont incomparablement plus larges et plus élevées. Ce qu'il poursuit c'est l'achèvement de son plan magistral. Pour la suite de l'exécution de ses projets, il préfère n'avoir à combattre qu'un adversaire à la fois. De plus, il n'a aucune raison d'aller, en ce moment, prendre des pays neufs. Pour ses ressources financières, il a déjà à exploiter trop de vastes contrées où tous les frais de mise en valeur sont à foire. Le peuple s'est plaint que les dernières guerres n'aient rien rapporté. Pourquoi ne pas attendre cinquante ans que nous ayons mis l'Indo-Chine en complète valeur? Cinquante ans! ce n'est rien dans la vie d'une nation, et quand, dans ce laps de temps, on donnera l'Indo- Chine au peuple nippon pour assouvir ses plaintes et calmer ses réclamations, nous y aurons bien dépensé 5 milliards !

Dans de telles conditions, l'entente la plus cordiale ne peut durer plus de quelques dizaines d'années. Parce que nos colonies d'Asie constituent un appât trop attirant pour des convoitises trop aiguës, il ne peut pas y avoir indifférence. Il y aura donc fatalement choc.

Et c'est pour parer à ce choc que, jugeant toute défense militaire impossible, beaucoup proposent, pour assurer la sécurité de l'Indo-Chine, de nous en remettre à notre entente cordiale avec l'Angleterre qui, tant qu'elle sera l'alliée du Japon, nous protégera de toute agression de sa part, qui, lorsqu'elle ne sera plus l'alliée du Japon, pourra nous aider à le vaincre.

Pour n'être pas sans de très graves inconvénients, le moyen ne serait pas sans présenter de sérieux avantages. Il est, en effet, impossible à l'Angleterre de laisser le

Japon s'implanter en Indo-Chine. Le Tonkin est limitrophe du nord delà Birmanie; le Laos, le Gambodg^e ne sont séparés des colonies angolaises que par le Siam. Si jamais Tlndo-Chine venait à appartenir au Japon, le Siam serait infeilliblement absorbé par lui. Dans Tavenir, la situation de Tlnde pourrait en être gravement menacée. Les flottes anglaises avec leurs bases de Sing^apour, de Hong-Kong^, d'Australasie, les armées des Indes, constituent une garantie absolue, dans les circonstances actuelles, pour toutes les possessions anglaises dans les Indes. La protection des flottes ne serait plus aussi efficace si une Indo-Chine et un Siam appartenant au Japon permettaient aux Nippons de s'infiltrer dans les peuplades plus ou moins loyalistes de la Birmanie pour faire tache d'huile et gagner peu à peu toutes les populations indiennes. L'influence japonaise à 2.800 kilomètres de l'Inde ne peut rien sur ses habitants; l'influence, l'activité japonaises aux portes de rinde seraient au contraire des plus dangereuses pour l'Empire britannique. En cas de guerre, l'armée des Indes de 313.000 hommes pourrait être renforcée par 250.000 hommes transportables par la flotte de commerce anglaise; de tels effectifs ont été expédiés au Transvaal ; mais le Japon a envoyé en Mandchourie 520.000 hommes et les Chinois peuvent lui fournir des centaines de mille hommes de renfort. La frontière Birmanie-Indo-Chine serait comparable pour les Anglais à la fi'ontière de l'Est russo-japonaise de Mandchourie, à la frontière de l'Est franco-allemande. Malgré tous leurs efforts, les Anglais perdraient dans la suite de la lutte et seraient forcés à reculer toujours de leur côté, vers l'ouest, cette frontière anglo-japonaise.

Bref, l'empire de l'Inde prolongé par un Siam et par une Indo-Chine anglaise, ou bien par un Siam indépendant et une Indo-Chine française, est absolument garanti

contre le Japon. L'empire de Tlnde, limitrophe d'une Indo-Chine japonaise, serait destiné à échapper fatalement aux Angolais.

C'est pourquoi ces derniers ont encore plus d'intérêt que nous à ce que jamais les Nippons ne réussissent à s'implanter dans notre colonie, etqiTe, tous ses inconvénients mis à part, une alliance avec l'Ang^leterre nous est efficace pour assurer la sécurité de notre protectorat.

Il est donc aisé de percevoir très clairement ce que peut nous rapporter notre entente cordiale avec l'Angleterre au point de vue de nos intérêts. Mais il y a un point, dans ces conceptions, qu'il est difficile de saisir aussi nettement ou plutôt de percevoir.

Depuis les défaites russes, cette entente cordiale nous met notre frontière de l'Est à l'abri des ag^ressions allemandes; elle nous protège intégralement en Extrême- Orient et nous garantit la sécurité de toutes nos colonies contre l'Empire britannique lui-même, l'ennemi le plus dangereux qu'elles aient à redouter, l'ennemi qui, à travers les siècles, nous a pris périodiquement toutes nos possessions coloniales.

Vivent les alliances! clament les adversaires des défenses militaires. Nous ne voulons plus entendre parler ni d'armées permanentes, ni de soldats européens aux colonies, encore moins de cuirassés, d'arsenaux, de points d'appui ! Nous n'avons plus besoin de tout cela ! Nous ne voulons plus nous en servir ! Nous nous maintiendrons dans toutes nos possessions actuelles ; nous n'abandonnerons pas une parcelle de nos territoires !

Ce résultat nous l'obtiendrons uniquement par les habiletés de notre diplomatie !

A quoi bondes cuirassés, des croiseurs, pour protéger notre commerce maritime? En temps de guerre, il disparaîtra entièrement. C'est sous pavillon anglais, sous pavillon américain que se fera le ravitaillement de

notre pays. C'est le g^ouvernement anglais, le gouvernement américain qui réclameront et obtiendront la liberté des mers !

Que vous procurent-elles donc, ces alliances dues aux habiletés de votre diplomatie, dans lesquelles vous placez toute votre confiance, si ce n'est l'appui de ces armements, de ces cuirassés, de ces arsenaux, que vous voulez tant mépriser, si ce n'est l'aide de tous ces engins guerriers à l'emploi desquels, bien que comptant sur ceux des autres et non sur les vôtres, vous vous voyez dans la stricte obligation de recourir?

Vous ne voulez vous protéger que par des alliances, qu'en comptant sur l'intervention d'autres marines; mais ces alliances, ces interventions ne peuvent vous être utiles à quelque chose que parce que vous les contractez avec des puissances qui ont ce dont vous ne voulez plus entendre parler : u la force » ; qui ont ce que vous ne voulez plus posséder vous-mêmes, parce que vous le trouvez trop dispendieux et qu'il vous répugne d'en faire usage : « les armements les plus formidables, les plus puissantes flottes de cuirassés » !

Que vous rapporterait une alliance avec une nation intellectuelle? avec une nation qui ne disposerait que de flottilles de torpilleurs et de sous-marins incapables de quitter les côtes d'Europe?

Les cuirassés anglais protègent notre frontière de l'Est. Les cuirassés anglais protègent notre Indo-Chine, nos îles du Pacifique contre le Japon. Vous comptez sur les gouvernements anglais et américain pour assurer la liberté des mers. Ce qu'on ne perçoit plus dans toutes les conceptions de cette politique basée uniquement sur des alliances, sur des interventions puissantes, c'est ce que devient la France dans tout cela ! ce que font les Français dans toutes ces combinaisons !

C'est nous, ce n'est pas l'Angleterre, qui avons le

it

iU LÀ FRANGE AFRICAINE

devoir de défendre Flndo-Ghine, toutes nos ^colonies, tous nos territoires. Si nous nous en remettons à l'Angleterre des charges qui nous incombent, nous ne devenons plus qu'un rouage inutile entre nos colonies et la nation souveraine, TEmpire britannique, qui, réellement, les protège. Les rouages inutiles finissent toujours par sauter.

Il y a quelque dix ans, alors que le Portugal jouissait encore de la plénitude de sa souveraineté, les nations européennes avaient pris Thabitude, très £àcheuse pour les Portugais, de faire forcer Feutrée du Tage et d'envoyer des flottes mouiller devant Lisbonne dès qu'elles avaient la moindre difficulté avec le Portugal; elles obtenaient toujours ainsi satisfaction morale et indemnité pécuniaire. Les meilleures choses ont une fin. Las d'être ainsi violentés, incapables de se défendre eux-mêmes, de protéger dans le monde leurs intérêts et leurs colonies, les Portugais se donnèrent les Anglais pour maîtres. Gomme État, le Portugal n'existe plus; c'est une monarchie annexe de l'Empire britannique. Depuis, plus jamais aucune nation n'a songé à envoyer ses flottes forcer l'entrée du Tage. Le moyen est indiscutablement parfait.

Est-ce celui que vous voulez pratiquer? Est-ce au point où se trouve le Portugal vis-à-vis de l'Angleterre que vous voulez mener la France? Est-ce à faire de la patrie française une colonie anglaise, après que pendant tant de siècles nos. ancêtres ont eu si vigoureusement à lutter pour opérer la formation de notre magnifique pays, où ils ont créé notre mentalité^ notre génie, nos mœurs, nos goûts si différents de ceux de nos voisins?

Pour ce qui concerne l'Angleterre, il en est de même que pour le cas du Japon : toute alliance, toute entente cordiale, ne peut exister que si des échanges d'avantages mutuels sont compensés par des concessions réciproques.

BILAN DE LA FRANGE i9!(

C'est de plus, particulièrement, un des traits les moins contestables du caractère angolais de ne jamais donner quoi que ce. soit sans recevoir quelque chose ; la naïveté la plus grande ne peut pas permettre de croire que les Anglais songent à nous rendre d'aussi grands services, sans nous en réclamer des compensations au moins équivalentes. Ils protègent notre frontière de TEst, nos colonies! Poumons, ce sont d'immenses avantages. Quelle compensation nous demanderont-ils? Pour la deviner point n'est nécessaire d'être versé dans les secrets d'État. Eux n'ont pas besoin de noire argent; ils en ont plus que nous. Eux sont de nos meilleurs clients; notre marché n'est pas un de leurs débouchés. Mais, eux, ils doivent se battre un jour contre rAllemagne, et ils n'ont pas de soldats. Eux, ils sont dans l'obligation de continuer leur politique séculaire en jetant les unes contre les autres les nations de l'Europe pour éviter des coalitions qui pourraient leur être mortelles. La compensation, ce sera de nous lancer, comme ils l'ont fait si souvent, dans une guerre continentale à un moment où nous n'aurons aucun intérêt, ni aucun désir de l'entreprendre. Voilà, dans la situation actuelle, le prix que nous risquons de payer la sécurité de nos colonies, laissées pourtant à la discrétion de l'Angleterre, et la faculté de jeter pendant quelques dizaines d'années, en Indo-Chine, dans les îles du Pacifique des centaines de millions.

Ce que risque de nous coûter la sécurité de notre empire colonial, garantie par la diplomatie, peut arrir ver à être encore incomparablement plus ruineux que le prix d'une défense militaire directe, quelque onéreux, quelque lourd qu'il puisse être.

Même la guerre la plus malheureuse au loin ne peut avoir qu'une bien faible répercussion sur les destinées delà France; une guerre continentale, solde de l'alliance'

anglfiûse, pourrait avoir des conséquences autrement graves pour l'avenir du pays.

A l'exception de nos possessions du nord et de l'ouest-âfrigain, aucune de nos colonies n'est défendable contre l'angleterre.

Toutes nos possessions en dehors de celles de l'Afrique septentrionale et occidentale se trouvent situées, soit dans des mers anglaises (Madagascar, Djibouti, Inde, Ïndo-Ghine) , soit dans des mers plus voisines de mers anglaises que de points d'appui français conséquents (îles du Pacifique et des Antilles) .

Dans ces conditions, nos possessions lointaines ne pourraient être défendues que si, par un danger pressant, nous arrivions à maintenir toutes les forces anglaises en Europe et à les empêcher de se concentrer dans des parages où elles trouveraient tout ce qui leur serait nécessaire pour se réparer, s^approvisionner, s'entretenir et où, sans coup férir, elles resteraient maîtresses de la mer.

Aux forces anglaises composées de (en comptant comme terminés les bâtiments en achèvement en 1907) : 42 cuirassés; 38 croiseurs cuirassés; 95 croiseurs protégés, 188 destroyers, 132 torpilleurs et sous-marins, nous aurions à opposer : 16 cuirassés, 15 croiseurs cuirassés; 40 croiseurs protégés, 48 contretorpilleurs, 245 torpilleurs et environ 50 sous-marins.

Des mouillages éloignés de nos côtes, hors de portée des torpilleurs et des sous-marins, les flottes de combat anglaises bloqueraient nos principales forces navales à l'aide de bâtiments légers en se tenant prêtes à rejoindre nos escadres et à les attaquer dès leur sortie du port. Trente-huit croiseurs cuirassés, quatre-vingtquinze croiseurs protégés, donneraient la chasse à ceux

de nos quinze croiseurs cuirassés et de nos quarante croiseurs protégés qui se livreraient à la course ou à des croisières lointaines ; les cent quatre-vingt-huit destroyers anglais, appuyés sur des croiseurs, attaqueraient successivement en masse tous nos petits paquets de torpilleurs disséminés tout le long de notre littoral.

Dans ces conditions, toutes nos forces maritimes étant maintenues en échec par des forces ennemies incomparablement supérieures, il ne parait pas possible de voir comment on empêcherait T Angleterre de transporter à Taide de ses soixante-huit paquebots subventionnés, mis à la disposition de l'amirauté pendant la guerre, une partie des 430.000 hommes dont elle pourrait se servir dans la mer des Indes pour attaquer nos colonies sans défense de Dijbouti, de Tlnde, de Madagascar, de Nouvelle-Calédonie, de Tahiti et même de Tlndo-Chine.

D'une façon directe, ces colonies ne sont pas défendables matériellement contre T Angleterre.

Il n'en est pas de même de nos possessions d'Afrique où les garnisons d'Algérie et de Tunisie comportent 75.000 hommes, où les populations de rOuest-Afiricain nous donneraient la facilité de recruter autant de Sénégalais et d'indigènes que nous le désirerions et où les difficultés locales, les ardeurs du climat rendent déjà le pays presque impénétrable à tout corps de débarquement.

Non seulement, par suite de l'importance de leur élép ment militaire, ces colonies d'Afrique peuvent être considérées comme à l'abri de toute attaque anglaise, mais elles pourraient nous permettre, dans une certaine mesure, de protéger d'une façon indirecte notre domaine colonial. Elles constituent en effet les seuls territoires français en contact direct par terre avec des territoires anglais et présentant plus de ressources que ceux-ci.

Le premier principe de toutes guerres étant de faire

le plus de mal possible à son ennemi partout où on le rencontre, nous n'aurions pas à hésiter, le cas échéant, à attaquer les Nigeria, le « Gold Goast « , le a Sierra Leone » , qui restent les seules possessions de TEmpire britannique directement à notre portée.

EN CAS d'échec sur HER, NOS COLONIES SERAIENT A LA MERCI DE l'aLLEMAGNE

Une guerre avec T Allemagne se réglerait à la frontière de TEst. Il importerait donc évidemment peu pour le résultat final de la lutte qu'au cas où la marine allemande deviendrait maîtresse de la mer, toutes nos colonies restassent à la merci de ses bâtiments de guerre.

L'action directe des escadres allemandes sur nos côtes serait susceptible d'amener des résultats trop importants pour que l'amirauté allemande s'avise de tenter des expéditions importantes extra-européennes contre nos colonies : toutes nos communications par mer, qui nous ont été si précieuses en 1870, pourraient être coupées, et des opérations contre les côtes de la Manche agiraient de la façon la plus fâcheuse pour nous, sur le moral de nos troupes et du pays tout entier. Les bâtiments de guerre allemands au loin étant plus forts que ceux de nos stations navales, réduites â néant aujourd'hui, se contenteraient sans doute d'aller attaquer nos rares unités sans valeur et nos colonies dépourvues totalement de défense : « Djibouti, les comptoirs de F Inde, la Nouvelle-Calédonie, Tahiti, le sud de Madagascar » .

NOS COLONIES DES ANTILLES ET DU PACIFIQUE NE SONT PAS DÉFENDABLES CONTRE LES ÉTATS-UNIS

Nos colonies situées dans les mers américaines ne sont pas défendables d'une façon directe. Elles, pour-

raient Têtre indirectement, en attaquant les Philippines, si nous pouvions devenir maîtres de la mer dans ces parages contre les Américains.

Mais, en temps de paix, les forces navales américaines d'Extrême-Orient sont supérieures à celles que nous y avons et, en temps de guerre, ces forces pourraient être augmentées dans des proportions beaucoup plus considérables que les nôtres; la marine américaine en suivant sa progression actueller devant, au point de vue du matériel, être en 1920 supérieure à la marine anglaise et, en 1930, supérieure à l'ensemble des marines du monde.

Le problème de la défense de tous les territoires français actuels ne comporte aucune solution, parce qu'il est impossible de faire que 1 = 2, parce que, pour avoir raison d'adversaires, il faut être plus forts qu'eux et que, même en nous ruinant, nous ne pouvons songer à le devenir en suivant une politique aussi ambitieuse que l'est aujourd'hui la nôtre.

En lisant ces pages, lecteur, vous sourirez : Est-il possible, vous direz-vous, de perdre autant de temps pour énumérer des vérités qui, bien qu'étouffées par la pression la plus odieuse, sont aussi universellement connues, brillent pour tous d'un éclat aussi puissant que celui du soleil derrière les nuages les plus épais? Est-il possible d'écrire aussi longuement pour prouver que notre force militaire et maritime est devenue très inférieure aux forces militaires et maritimes de nos ennemis éventuels ; que nous sommes écrasés d'impôts de toutes

sortes et que nos dettes ne cessent d'augmenter sans que nous puissions entrevoir d'issue aux difficultés de notre situation; que des centaines de mille de viticulteurs meurent de faim; que notre industrie maritime s'effondre et tombe, par suite des g^rèves, entre les mains des étrang[ers; que notre commerce s'accroît beaucoup moins rapidement que celui de nos concurrents; que la prog^ression de notre population est la plus lente? Tout cela est évident! Pour être cru, il suffit de l'énoncer en deux lignes ! Pour le démontrer, point n'est besoin de nombreux chiffres et de fastidieuses arg^umentations ! C'est comme si vous entrepreniez de perdre du temps pour prouver que, sous ce régfime de liberté, on n'en a jamais eu aussi peu; qu'une fois au pouvoir, les révolutionnaires les plus violents deviennent les despotes les plus tyranniques ; que la doctrine antimilitariste : a Crosse en l'air et rompez les ranges » fait des prog^rès tellement effrayants qu'elle menace d'anéantir notre force et de nous foire rayer du rang des nations; que les patrons ne sont plus maîtres chez eux; que les difficultés de toutes sortes, imposées par la loi, risquent de ruiner leur industrie; que les tracasseries dont sont menacés les plus modestes revenus font fuir les capitaux à l'étrangler; que toutes les mesures prises pour diminuer les fortunes arriveront à réduire les Français à l'impuissance, car même avec le meilleur cœur et la bonne volonté la plus grande, ce n'est pas en dis* posant de 3.000 francs de rente que les citoyens d'un pays peuvent tenter de grandes œuvres ; que les impôts et la main-d'œuvre devenant plus élevés dans notre France, tout menace de crouler : production, exploitation, consommation ; que les grèves continuelles^ entretenues avec soin par tous les entrepreneurs de révolutions, menacent aussi sûrement le bien-être des ouvriers que celui des patrons et ne laissent pas plus de tran-

quillîté aux citoyens que de repos aux soldats transformés en gfendarmes ; que les fillettes ne sont plus à Tabri des satyres ; que si les condamnés à mort ne sont plus exécutés, les apaches eux n'hésitent pas à sacrifier les bourgeois et les agents. Le sire Jacques de Ghabannes, seigneur de La Palisse, n'aurait pas pu avancer des vérités aussi incontestables, des vérités d'une exactitude plus manifeste! Tout le monde sait tout cela! C'est connu, archi connu! C'est vieux, archi vieux! C'est rabâché, archi rabâché!

C'est ce qu'il y a de désolant, que tout le monde sache tout cela et que tout le monde l'admette !

Il vaudrait mieux que personne ne le sût; cela expliquerait pourquoi et comment personne ne bouge, personne ne fait le moindre effort pour essayer d'amener des changements radicaux à une situation qui pourrait devenir inextricable.

]!ïon pas qu'il s'agisse de désespérer de l'avenir de la France ou de changer un gouvernement dont la forme est l'idéal pour tout peuple arrivé à un certain degré de développement, et la seule qui aujourd'hui puisse convenir au pays. Non qu'il s'agisse de s'opposer à des lois humanitaires inscrites dans la conscience de tous les citoyens. — Non! Dans un pays qui a passé par autant de crises, où il n'y a plus de prétendants sérieux et où la charité est une des premières qualités de la race, personne ne peut songer à désespérer, à attaquer la République ou à s'opposer à des réformes destinées à améUorer les conditions de l'existence humaine. Mais chacun devrait faire tous ses efforts pour modifier l'état d'imprévoyance, d'incohérence dans lequel nous vivons, état qui donne chaque jour des preuves d'incapacité plus complète et qui, s'il se prolongeait, mènerait fatalement le pays à la décadence.

Peut-être à force de répéter toujours les mêmes

choses. avec quelques détails, le bon sens du peuple finira*t-il par s'en convaincre et par se révolter ; peutêtre Topinion publique, arrivant à s'émouvoir de leur effrayante exactitude, cherchera-t-elle à y porter remède et, voyant où nous en sommes, finira-t-elle par refuser de continuer à nous laisser rouler vers le gouffre béant où on nous entraine, celui de la plus vile anarchie et de la plus complète impuissance.

Peut-être tout le pays, comme ces milliers de viticulteurs qui ne sont que les premières victimes, finira-t-il par reconnaître à quel point il a été berné par tous les exploiteurs qui Tout mené à une aussi g^rave situation, à quel point il est devenu indispensable de mettre un terme à des chutes tellement violentes dans toutes les branches de la prospérité nationale qu'elles ne pourraient aboutir qu'à la culbute finale, et se décidera-t-il à se fondre en un groupement formidable de tous, des patrons^ des ouvriers, des riches, des pauvres, des ennemis aux haines les plus irréconciliables, en un groupement formidable de ceux qui aiment la République,

de ceux qui la détestent, de ceux qui s'en f , pour

marcher à une révolution non politique mais économique, faite non pas au nom d'un parti ou d'une religion quelconque, mais seulement au nom du bon sens et du salut public *

Page 1