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Ces magnifiques colonies d'Afrique, qui n'exijjeraient que quelques adjonctions pour former un bloc tout à fait compact, constituent à elles seules plus des trois quarts de toute notre puissance coloniale.
On a l'habitude d'en séparer, il est vrai, l'Algérie et la Tunisie, et alors la supériorité de F Ouest-africain sur l'Indo-Ghine ne se fait plus sentir que par une population plus nombreuse, une proportion beaucoup plus importante des transactions avec la France, une étendue de terres beaucoup plus grande, même en leur enlevant 6 millions de kilomètres carrés de terrains réputés jusqu'ici inexploitables. Cette habitude provient sans doute en partie de la séparation des administrations qui président à la direction de ces colonies.
C'est une cause destinée à vite disparaître : toutes ces terres, toutes ces populations doivent fatalement devenir peu à peu intimement liées, sous tous les rapports, à l'Algérie et à la Tunisie, comme celles-ci ne doivent être que le prolongement même de la France. Dans l'avenir, le bassin occidental de la Méditerranée ne doit pas séparer davantage Alger et tout l'Ouest-africain de Marseille et de la France, que les lacs américains ne séparent Chicago et l' Ouest-américain des États-Unis du nord-est, que la mer Caspienne ne divise en deux pays différents l'Asie centrale russe et les provinces du Caucase.
Si, à côté de l'aride comparaison des chiffres, on considère la situation de ces possessions d'Afrique au point de vue militaire, économique, administratif, on voit dans quelles mesures considérables elles peuvent satisfaire à tous les besoins de l'expansion coloniale qui nous est nécessaire et indispensable, et quelle trop grande place ont prise dans nos préoccupations nos possessions d'Asie, situées à 8.500 milles de nos côtes, alors que nous avons tout ce qu'il nous faut dans notre pays même ;
248 LA FRAJNCE AFRICAINE
car ce n'est qu'ainsi qu'on peut appeler à notre époque un territoire qu'on pourrait traverser dans sa plus grande longueur, de Dunkerque à Brazzaville, en cinq jours, puisqu'on va bien aller en dix-sept de Tokio à Paris.
Au point de vue militaire, ces territoires sont effectivement protégés : en Algérie, par 50.000 hommes; en Tunisie, par 19.500; au Sénégal, par 9.400 hommes dont 7 . 000 indigènes ; au Congo, par 1 . 680 dont 1.470 indigènes; en Guinée, à la Côte d'Ivoire par des milices locales.
Les Sénégalais, les Dahoméens sont des peuples essentiellement guerriers; ils ne demandent qu'à se battre et constituent d'excellentes troupes. Les Sénégalais ont été les principaux instruments de toutes nos conquêtes africaines. Un an à peine après avoir été vaincus par nous, un bataillon de Dahoméens prenait d'assaut pour notre compte les hauteurs de Tananarive. Sans difficultés, on pourrait recruter 150.000 de ces hommes dont le loyalisme ne peut, pour un long avenir, être soupçonné, parce que l'héroïsme dont ils ont donné tant de preuves sous notre drapeau lésa placés au rang de nos meilleurs soldats.
A ces forces indigènes, vient s'adjoindre cette magnifique institution humanitaire, digne de la France, qu'est la légion étrangère où peuvent se réfugier, dans ïinco" gniio le plus absolu, pour vivre une vie toute d'ordre, de devoir, de discipline, ceux-là qui dans n'importe quel pays du monde ne savent plus où aller, où vivre et qui peuvent, sous l'uniforme français, n'avoir plus à se préoccuper de tout ce que le voile opaque jeté sur leur passé cache aux yeux de tous.
De telles forces suffisent pour assurer la tranquillité intérieure de toutes nos colonies d'Afrique. De Textérieur, elles ne sont attaquables que par les États assez
puissants pour menacer le sol même de la France. Ces^ colonies ne peuvent avoir à faire face qu'aux ennemis qui assailleraient la métropole; elles n'ont pas à en redouter d'autres. C'est pour cette raison encore qu'elles forment réellement un véritable tout avec elle.
Contrairement à ce qui se passe vis-à-vis de ses autres possessions d'Asie, d'Amérique, d'Océanie, la France assure la sécurité du travail dans la paix à tous ses sujets d'Afrique dans les mêmes conditions qu'elle la garantit aux citoyens de la métropole; elle remplit pleinement, dans ces parages, les devoirs qu'elle s'est imposés vis-àvis de ces populations en s'engageant à les protéger.
Au point de vue de l'exploitation de tous ces pays, la France a marché à pas de géant. Pour la plupart d'entre eux, l'ensemble du mouvement commercial a doublé en dix ans.
Il serait difficile de ne pas se montrer satisfaits de semblables résultats, et si on les rapproche de ceux précédemment cités à propos de l'Indo-Chine; de ceux obtenus pour l'ensemble du commerce de toutes nos colonies qui s'élevait en 1904 à 1 .609 millions de francs dont un milliard de francs pour la France seule, il est impossible de ne pas être frappé par les qualités élevées de puissance colonisatrice dont fait preuve aujourd'hui le Français au point de vue de l'exploitation des pays qu'il occupe, comme il n'a cessé d'en faire preuve à travers les siècles, contrairement à ce que tant de gens ne cessent de rabâcher sous forme d'axiome : «Le Français n'est pas colonisateur » . Ces esprits critiques ne veulent pas se rendre compte que ce n'est pas par la foute du colon que l'expansion française a jamais péché, mais bien par celle des différents gouvernements qui n'ont pas été assez puissants pour défendre les immenses territoires que leur avaient conquis soldats et marins, ou ceux que.
sans massacres inutiles, leur avaient acquis des explorateurs, comme la Salle qui donnait à Louis XIV une Amérique française s'étendant de la baie d'Hudson au fleuve des Amazones ; comme Brue qui posa les premiers jalons de cette route que nos officiers du dix-neuvième siècle ont achevé de tracer jusqu'au cœur du Soudan ; comme la Boulaye, le Gouz, Thévenot, Tavernier, Dernier, Pallu, qui pénétrèrent les premiers au cœur de rinde et au Siam inconnu; comme François Martin qui put se croire maître du golfe de Bengale; comme Fiacourt qui donna Madagascar à la France; comme rillustre Brazza qui explora et conquit pacifiquement tout notre immense Congo ; comme Francis Garnier qui nous ouvrit le Tonkin !
De toutes les côtes de ces colonies, ont été lancées des voies ferrées de pénétration. C'est de Dakar à Saint- Louis : 268 kilomètres; de Kayes à Koulikoro : 558; de Konakry au Niger, 132 kilomètres sont en exploitation. A la Côte d'Ivoire, le chemin de fer fonctionne sur 176 kilomètres; au Dahomey sur 118. Dans certaines parties, les recettes brutes ont atteint 7.000 francs par kilomètre.
Depuis 1905, le cable direct de Brest à Dakar est en service. Notre colonie est indépendante de tous les câbles étrangers ; c'est la seule qui se trouve dans ce cas. De Dakar, des réseaux télégraphiques sillonnent toutes les régions de notre Ouest-africain; ils ont : 1.985 kilomètres au Sénégal; 1 .696 en Guinée; 1.760 au Dahomey; 1.392 au Congo.
Il est inutile de parler dans cette énumération de l'Algérie et de la Tunisie qui arriveront prochainement à être aménagées aussi bien que les départements français.
De tels résultats n'ont pas été obtenus sans de grands
sacrifices. La conquête et l'exploitation de TAlçérie surtout en ont exigé de considérables ; il est toujours beaucoup plus ardu de prendre pied par conquête dans un pays que de s'y étendre alors qu'on s'y trouve déjà solidement établi. Les dépenses de la France pour la conquête algérienne s'élevaient en 1900 à la somme de 4 milliards. Depuis 1830, l'Algérie n'a jamais coûté à la France moins de 20 millions par an, sans compter les dépenses militaires, et, en 1906, la part de la métropole se montait à 75 millions. Quelque lourds que soient ces sacrifices, l'énergie qu'ils ont nécessitée sera très largement compensée, si nous sommes assez puissants pour y faire œuvre de longue haleine. Qu'est-ce, en effet, que l'importance de ces capitaux, quand on a devant soi, pour en tirer profit, un temps indéfini et que l'état économique de la colonie permet déjà au bout d'un demi-siècle de commencer à récolter, par un développement considérable de l'expansion commerciale, des bénéfices qui viennent rétribuer le capital dépensé? En 1930, on peut espérer avoir, en Algérie, une population de G à 7 millions d'habitants dont un million de races européennes. De 1815 à 1850, l'Australie avait reçu moins de colons (188'. 000) que l'Algérie de 1830 à 1864 (235.000).
La Tunisie a été loin de coûter autant de sacrifices en sang et en argent que l'Algérie; elle n'était qu'un fruit sur une branche du robuste tronc algérien, qui étend ses ramifications tout à l'entour; quand le fruit fut suffisamment mûr, il tomba tout naturellement dans nos domaines. Le budget de la Tunisie, qui était en déficit constant avant l'occupation française, est depuis continuellement en excédent de 3 millions par an, en moyenne. La Tunisie se suffit à elle-même et l'impôt par tête d'habitant n'est que de 13 francs.
Le Sénégal couvre toutes ses dépenses d'administra-
Î5î LA FRANCE AFRICAINE
tioii et ne reçoit comme subvention que celles du chemin de fer. Des excédents de recette permettent aux trois colonies de la Guinée, de la Côte d'Ivoire, du Dahomey, de prendre part à la construction de leurs lignes de pénétration. La Côte d'Ivoire jouit d'une prospérité commerciale remarquable qui se traduit tant dans ses finances publiques que dans les affaires des particuliers. L'avenir de ces pays parait brillant et assuré.
Et il n'y a pas jusqu'à ces fameux sables, qu'en se moquant, on a laissé à gratter au coq gaulois, qui ne puissent rendre des services inappréciables, par la facilité très grande que leur monotonie, leur uniformité même présentent pour relier par des voies ferrées l'Algérie à Tombouctou, au lac Tchad, à Brazzaville. Ces sables si plaisantes peuvent être de la plus haute utilité pour Texploitation de l'Afrique; ce ne sont pas de ces barrières infranchissables comme ces chaînes de montagnes à travers lesquelles les Anglais ont essayé en vain de passer, par quatre endroits différents, pour p.énétrer de la Birmanie dans le Setchouen.
Pour des hommes énergiques et travailleurs, il n'y a pas de coin de terre qui ne puisse rapporter, si ce n'est par sa valeur intrinsèque, au moins comme voie de communication. Dans tous les pays, la terre est nourricière ; il n'est pas de sol qui n'ait sa fonction utile ou du moins utilisable ; le tout est de discerner quelle peut être cette fonction et d'y déployer assez de labeur et de force pour en tirer profit.
tt Que nous importe, écrivait Voltaire, quelques arpents de neige au Canada ! "
Que n'a-t-on dit lors des premiers établissements de Botany-Bay, sur lesquels a été élevée l'immense puissance de la « Common Wealth of Australia w !
Que de gens ont voulu faire abandonner TAlgérie où il n'y avait rien à faire !
tt Le commerce de TAngleterre avec Tlnde n'est pas plus important que celui de cette même Angleterre avec l'île de Man ou l'île de Jersey », écrivait en 1811 Mr. Mac Culloch. Aujourd'hui ce commerce dépasse 1.500 millions de francs.
u S'il s'agit de faire un cadeau à la Russie, donnezlui l'argent et laissez-lui sa glacière ! » s'écriait un sénateur américain lors de la discussion au Congrès à propos de l'achat des territoires de l'Alaska, aujourd'hui si riches par leurs fourrures et par leurs mines.
Toutes les expériences faites sont tellement probantes que, quoi qu'on dise d'une contrée nouvelle, quelque mauvaise qu'on lui fasse sa réputation, on doit rester convaincu que, d'une façon ou de l'autre, elle peut rapporter.
Toutes les parties de l'Ouest-africain exportent à peu près les mêmes produits : « arachides, caoutchouc, gomme, huile et graines de palmes, coprah, kola, bananes et fruits divers, café, ivoire, or n . Les exportations d'arachides (25 millions de francs) et de caoutchouc (4.698.000 francs) sont en accroissement constant. On peut concevoir de grands espoirs des plantations de coton; dans l'intérieur, les indigènes font tous les tissus nidimentaires dont ils se couvrent avec les produits de cotonniers sauvages. Les conditions de culture sont au moins aussi bonnes que celles des plantations des États-Unis dont la production, en cent vingt ans, a passé de 100 balles à 10 millions. La France consomme de tous ces produits ; elle en a besoin. Ces pays importent des tissus contre lesquels aucune industrie locale ne peut lutter, des articles métallurgiques, des liqueurs, des boissons, toutes matières que la France exporte. De
1904 à 1905, Taugmentation de Timportation des tissus a été de près de 4 millions de francs, dont 2 millions pour la provenance française. C'est le meilleur critérium de la prospérité économique d'un pays neuf.
L'Europe est le débouché naturel de ces contrées; elles en sont les clientes forcées. Pour les articles qu'elle produit, la part de la France ne s'élève pas à moins de 80 pour cent dans les importations de l'Afrique occidentale et à moins de 70 pour cent pour les exportations. Ce n'est plus là le cas de nos autres colonies et de rindo-Chine, dont le débouché naturel est l'Asie, dont la production principale est le riz, beaucoup plus demandé aux Philippines, à Java, au Japon qu'en Europe.
La part du commerce de la France avec ses colonies d'Afrique, y compris l'Algérie et la Tunisie, est de 74 pour cent; elle n'est que de 38 pour cent avec l'Indo- Ghine.
Cette plus grosse fraction du commerce français donne une plus grande part à la navigation française. Quatre lignes françaises desservent Dakar, contre deux lignes étrangères et, dans toutes les colonies d'Afrique, nos services maritimes sont plus importants que les services maritimes étrangers.
Des milliers de tribus différentes habitent ces immenses contrées de 9 millions de kilomètres carrés. Certaines nous détestent; celles-là sont les dernières des partisans des dévastateurs, les derniers débris de ces énormes flots de bandits qui, à la suite des Ahmadou, des Samory, des Rabah, engloutissaient tout sur leur passage : les récoltes, les femmes, les enfants, les esclaves; flots immenses qui périodiquement comme ceux de la marée venaient ramasser tout ce qui se trouvait devant eux pour l'emporter ensuite en ne laissant
derrière que les cadavres des mâles, la désolation, la ruine.
C'est une des plus grandes g[loires de la République d'avoir donné la paix à toutes les autres peuplades beaucoup plus nombreuses, décimées ainsi depuis si longtemps, en détruisant tous les tyrans qui les opprimaient.
Du caractère des indigènes qui peuplent nos colonies d'Afrique; des preuves de loyalisme que des milliers d'entre eux nous ont données en combattant avec nous depuis un demi-siècle; de l'état de paix absolu qui n'a cessé de régner dans ces immenses espaces depuis que nous les occupons, nous pouvons être assurés de l'attachement de toutes ces populations, peut-être pas parce qu'elles seraient dévouées à la France que la plupart d'entre elles ignorent, mais parce qu'elles le sont à tant d'explorateurs, de gouverneurs, de commandants de poste, de chefs de province, qu'elles finissent par être profondément attachées à la nation même.
En 1890, encore, au Congo, il était inutile, à vingtquatre heures de la côte, de parler de la France. « Moi, y a pas connais » , vous répondait-on. Au nom de Brazza, vous auriez soulevé tout le pays!
Avant notre conquête, toutes ces tribus divisées à l'infini avaient chacune leur idiome. Elles parleront toutes le français parce qu'elles n'auront pas d'autre moyen de s'entendre entre elles et que, déjà dans tous les sens, notre langue a envahi toutes les parties de l'Ouest et du Nord-africain, tandis que l'anglais ne peut s'infiltrer que par la « Nigeria »» et la « Gold Coast » et que l'allemand est trop difficile pour que ceux qui le parlent essaient même de l'apprendre aux indigènes.
Cette immense partie de la terre, du Nord et de l'Ouestafricain, nous est réservée parce que nos navigateurs l'ont abordée les premiers des Européens; parce que
nos explorateurs, les premiers, Tont parcourue dans toutes les directions; parce que nous l'avons conquise; parce que nous assurons à ses populations, par une force matérielle suffisante, dans ces mers qui nous reviennent dans le partage contemporain des océans, la sécurité du travail dans la paix; parce que c'est la France qui exploite le mieux et est le plus à même, de par sa situation, de faire valoir dans les conditions les meilleures les richesses économiques de ces contrées; parce que nous avons su nous attirer le loyalisme absolu de la plus grande partie de ces populations.
Et précisément pour des causes identiques à celles qui font qu'aucune nation ne peut, « en justice et en droit» , nous contester l'Algérie, la Tunisie, la Guinée, la Côte d'Ivoire, le Dahomey, pas plus que le sol même de la France; pour des causes identiques, dis-je, le Maroc, la Libéria, toutes les enclaves étrangères qui se trouvent encastrées au milieu de nos colonies d'Afrique seraient mieux placés sous notre protectorat que sous le gouvernement d'aucune autre nation souveraine.
Les débuts des affaires du Maroc sont encore trop présents à tous les esprits; ils ont failli entraîner de trop graves complications ; notre action militaire est encore trop dans son plein pour qu'il soit utile d'insister sur des événements dont le cours nous oblige à achever vigoureusement par la force l'action pacifique que nous avions entamée.
Au- point de vue militaire, la France seule peut assurer au Maroc la sécurité du travail dans la paix, le calme et la tranquillité qui font complètement défaut dans l'intérieur du sultanat. La France entretient dans le nord de l'Afrique 75.000 hommes; aucune autre nation européenne n'aurait été capable d'accomplir dans cette partie du monde l'œuvre qu'elle y a faite et qu'elle y fait encore. L'Angleterre a oublié trop longtemps;
r Allemagne fait preuve de la plus grande mauvaise foi, de la brutalité la plus révoltante, la plus contraire à toute justice, elle se rend excessivement odieuse, elle se montre de la dernière sauvagerie, en oubliant encore que c'est la France qui a purgé toutes ces côtes de ces terribles pirates barbaresques contre lesquels Charles- Quint n'avait rien pu et qui, pendant des siècles, ont infesté toute la Méditerranée; en ne se rappelant pas que notre intervention au Maroc n'est que la suite de l'œuvre d'assainissement de cette partie du monde, commencée par Louis XIV, continuée au prix de tant de sang et d'argent par Louis-Philippe et par la République !
La France doit à ses populations algériennes la suppression de ces bandes de brigands qui ne cessent de franchir la frontière occidentale de l'Algérie ; toutes les razzias auxquelles elles se livrent sont encouragées par le gouvernement marocain; on n'en aura raison qu'en s'appuyant sur une force matérielle dont la France plus facilement que toute autre nation peut disposer dans ces parages, et avec laquelle il lui est nécessaire d'agir le plus vigoureusement sous peine de perdre vis-à-vis des Arabes le prestige du plus fort et de voir s'étendre dans toute l'Afrique les flammes envahissantes de ces foyers de l'Islam, jamais éteints, couvant toujours.
Au point de vue des transactions commerciales totales, en comptant l'ensemble de celles qui s'opèrent par la frontière algérienne et par la voie maritime, la France tient de beaucoup la première place au Maroc, l'Angleterre ne vient qu'au deuxième rang, l'Allemagne et l'Espagne ne la suivent que de très loin. Presque la totalité des importations de tissus de soie, des soies grèges, sont de provenance française, et nous fournissons une très grande partie des sucres, des articles
d'épicerie, des farines, de la papeterie qu'achète chaque année le commerce marocain.
En comparant Tétat de prospérité où, en soixante et onze ans, la France a placé T Algérie, la Tunisie, et l'état de désordre, de guerres continuelles où les descendants du Prophète ont plongé le Maroc, pays beaucoup plus riche, offrant encore beaucoup plus de ressources que les territoires que nous occupons, il faut être Allemand pour ne pas reconnaître que c'est, pardessus tout, du résultat même de nos actes dont nous avons le droit de nous prévaloir, pour prétendre faire régner l'ordre et la prospérité là où une anarchie, permanente cause les plus grands torts non seulement à nous, mais à tous les Européens.