‹ La France africaineChapitre 41 sur 68 · NOMBRE · texte numérisé non relu

NOMBRE

de tonnes à l'entrée.

CIUMS de fer.

LiGXfS ph!<|De>.

Algérie . . .

Maroc

kilora.

kilom.

L'européanisation du Maroc est une très lourde tâche ; elle vaut la peine qu'on s'y attache; non pas qu'il s'agisse de faire une conquête analogue à celle de l'Algérie; mais seulement qu'on s'efforce d'y acquérir un protectorat identique à celui que nous avons établi en Tunisie d'une façon si favorable, si avantageuse pour les Français comme pour les Tunisiens; aussi bien l'exemple de la Tunisie est-il suffisant pour prouver combien ce genre d'administration d'une race protégée est supérieure à une administration départemen-

taie comme celle de T Algérie, Sans rintervention des autres nations européennes, ce protectorat arriverait sans doute, tout naturellement, à son heure; quand le fruit serait assez mùr il tomberait dans nos propriétés. La plupart des industries nouvelles à Tanger sont entre les mains des Français. Le Comptoir national d'escompte est le principal établissement de crédit européen ayant une agence à Tanger. L'emprunt de 62 millions de francs souscrit en France en 1903, payable de 1906 à 1941, nous donne droit à la surveillance des finances du sultanat. Avant tout, ce qu'il faut éviter, c'est la création en Afrique d'une nouvelle frontière de l'Est, Serait-ce digne de la civilisation actuelle, de la politique élevée que se flattent de pratiquer tous les gouvernements, particulièrement celui de S. M. Guillaume II, que d'aller transporter par delà les mers les désastreux effets des luttes intestines franco-ailemandes? Si l'Allemagne veut faire la guerre à la France, elle sait où la trouver; il serait plus digne d'elle de ne pas aller exporter chez les Arabes les horreurs révoltantes de ses brutalités.

Pour la meilleure marche de l'humanité dans cette partie de l'Afrique la France doit être la seule nation européenne à protéger le Maroc ; ses efforts passés lui en donnent le droit; ses succès africains présents rendent justement fondées ses revendications; l'obligation d'assurer dans toutes ses possessions africaines la sécurité du travail dans la paix lui en fait un devoir.

Si on voulait peindre fidèlement le génie de la colonisation, on devrait le représenter sous les traits d'un Anglais. Ce n'est pas parce que les colonies anglaises de la côte d'Afrique sont les seuls territoires britanniques qu'il nous serait possible d'attaquer par terre, les seuls

OÙ Télément ançlo-saxon soit noyé au milieu d'éléments français, que la Grande-Bretagne n'aurait pas doté ces pays de tous les moyens dont elle use vis-à-vis de tous ses protégés pour leur assurer la paix et la prospérité.

Au point de vue militaire, elle y entretient une quinzaine de mille hommes. Freetown est un des plus grands ports de la côte ouest d'Afrique et un centre de charbonnage de deuxième classe. L'exploitation des colonies anglaises se fait aussi activement que dans n'importe laquelle de nos possessions voisines. L'Angleterre peut être aussi sûre du loyalisme de ses sujets de cette partie de l'Afrique que nous le sommes de l'attachement de nos Sénégalais. Sa façon de mener les indigènes n'est pas semblable à la nôtre; elle est beaucoup plus dure ; elle n'a rien de la familiarité que nous témoignons peutêtre dans une trop grande mesure aux indigènes que nous protégeons, mais comme la façon de faire britannique est toujours basée sur l'honnêteté, sur l'intérêt, elle obtient des résultats au moins aussi bons parmi des populations, qu'il vaut beaucoup mieux ne pas faire sauter trop brutalement des régimes tyranniques des rois nègres au régime de liberté des républiques blanches.

Aucune nation souveraine ne pourrait mieux remplir ses devoirs vis-à-vis des peuplades de la Nigeria, de la Gold Coast, du Sierra Leone que le fait la Grande- Bretagne.

La convention de 1890 abusa étrangement de notre simplicité. Tout ce qui semblait avoir quelque valeur entre le Niger et le Tchad, c'est-à-dire le Sokoto et le Bornou, fut attribué à l'Angleterre sans qu'elle eût fait autre chose que le réclamer, alors que nos explorateurs avaient accompli dans toutes ces régions les voyages les plus admirables. On laissait là encore au coq gaulois « les terres légères à gratter » . Actuellement que les relations de l'Anglçterre et de la France sont plus cor-

dîales, ne serait-ce pas Theure de revenir sur de telles injustices? — Peut-être. Ce n'est pas là le principal argument que nous puissions faire valoir pour prétendre que les colonies anglaises de la côte d'Afrique seraient mieux placées sous notre protectorat que sous celui de T Angleterre.

Mais est-il logique, est-il admissible qu'un des plus beaux fleuves d'Afrique, un des plus grands du monde, soit coupé ainsi entre deux nations, que le Niger soit français en amont de Say, et anglais en aval?

Est-il logique, est-il admissible que les trois nations les plus rivales qui soient au monde aillent occuper chacune le tiers des rives du lac Tchad?

Ces partages ressemblent trop à celui que fit du monde entre les Portugais et les Espagnols la bulle d'Alexandre VI, pour qu'ils n'aient pas à subir le même sort ; l'abolition presque immédiate.

Quelles complications dans l'avenir entraîneraient tous ces morcellements, quand il s'agira de réunir ces tronçons de voies ferrées qui s'élancent dès aujourd'hui des ports de ces colonies vers l'intérieur. Nous savons où peut mener ce genre de complications. N'a-t-il pas fallu, en 1894, diriger en toute hâte une colonne dans le haut Oubanghi pour protéger nos territoires? L'affaire de Faschoda n'eut-elle pas lieu surtout pour assurer le passage de la voie ferrée du Cap au Caire?

Défavorables à l'exploitation générale du pays, ces morcellements des territoires entre différentes nations le sont encore davantage pour l'état de paix que les Européens doivent s'efforcer de faire régner parmi les populations qu'ils ont été envahir. Des bandes de pillards, restes des anciennes hordes des marabouts, vont-ils se livrer aux pires méfaits en Guinée, au Dahomey? Avant qu'on ait pu les châtier, ils ont passé la frontière. Les Européens voudraient perpétuer en

Afrique la race des forbans, qu'il leur serait impossible de trouver mieux que ce morcellement pour assurer son existence.

Le « Cameroun » et le « Togo » allemand présentent, au point de vue de l'exploitation et de la paix générale de la côte de Guinée, les mêmes inconvénients que la « Nigeria » et le a Gold Goast » . Le partage de cette côte entre Français, Anglais, Allemands transporte chez les nègres les basses rivalités des Européens ; c'est un article qu'ils ne devraient pas exporter; ce genre d'exportation risque d'amener dans l'avenir des guerres auxquelles il serait répugnant de la part des nations dites civilisées d'astreindre des indigènes qui n'ont pas à être mêlés aux luttes séculaires de la France et de l'Empire germanique.

Il ne peut être contesté qu'à tous les points de vue, militaire, économique, bien-être général, tous ces pays seraient mieux placés dans la même main : les incidents de frontières ne pourraient plus avoir lieu; l'ensemble des voies ferrées, des ports, pourrait être conçu dans des conditions beaucoup plus pratiques et sans risquer de mettre tout à feu et à sang pour passer à droite ou à gauche d'une ligne fictive tracée sur une carte. Si tous ces peuples étaient instruits dans la même langue, recevaient la même éducation, étaient groupés dans la même collectivité, on ne créerait pas là les nations tout à fait différentes et ennemies, que tendront à former les nègres français, les nègres anglais, les nègres allemands; on ne jetterait pas les germes des discordes qui dans l'avenir seront fatalement amenées par les différences de mœurs, de caractères, d'ambitions, discordes qui seront d'autant plus violentes qu'en copiant ceux qui les élèvent les nègres adoptent surtout leurs défauts, leurs travers en les exagérant. Au lieu de faire la grande

œuvre de paix que doit être toute colonisation pour vivre, on fait œuvre de destruction ! On ne peut pas croire qu'arrivées à Tétat de développement de leur civilisation, de g^randeur de vues, de conceptions élevées où elles sont parvenues, la France, l'Angleterre, TAllemaçne puissent considérer comme définitifs des partages aussi illogiques, aussi menaçants pour l'avenir!

Pour la bonne marche des progrès humains dans cette partie du monde, pour la dignité de l'œuvre colonisatrice européenne, tous les pays de l'Ouest- africain devraient faire partie d'une même collectivité.

Les rivières ne peuvent se jeter dans les ruisseaux ; les océans ne peuvent se jeter dans les fleuves ; l'empire d'Afrique français ne peut être absorbé par les colonies anglaises ou par les colonies allemandes de la côte de Guinée. Comme toutes ces parties ne devraient former qu'un même tout, toutes ces contrées devraient être réunies aux possessions françaises actuelles.

On ne peut pas adresser aux colonies allemandes du Togo et du Cameroun les éloges qu'on est dans l'obhgation de décerner aux Anglais pour le développement et la mise en valeur de la « Nigeria » et de la « Gold Coast» .

Les Allemands réussissent peu dans leurs colonies africaines, malgré les sommes énormes qu'ils y consacrent. En 1905, sur 75 millions de francs que ces pays ont dépensés, 63.900.000 francs ont été payés par le gouvernement impérial.

L'Allemand, qui réussit si bien partout à l'étranger, n'obtient que de maigres résultats dans les colonies gouvernées à l'allemande ; son caractère brutal le fait vite exécrer de toutes les races indigènes qu'il a la prétention de mener à la prussienne. Quand les populations sont assez fortes, elles se révoltent comme l'ont fait les Herreros dans le sud'-ouest africain ; ceux-ci ont réussi

à détruire le chemin de fer, à couper les communications entre les côtes et l'intérieur; la répression de leur insurrection a coûté à rAllemagne, de 1903 à 190G, de nombreuses victimes et une dépense de 23 1 millions de francs. Quand les habitants sont trop faibles pour chasser Tenvahisseur, ils s'exilent; ils s'en vont comme les indigènes de l'Afrique orientale qui ont émigré chez les Anglais de Mombaza; comme les Chinois qui ont abandonné tous les territoires allemands de Kiaou-Tchéou pour s'enfoncer dans le Chan-Toung; mais, là, l'Allemagne a dû se retirer à son tour et s'est vue forcée d'abandonner ses prétentions sur cette magnifique province, la plus peuplée de la Chine.

Le Cameroun possède 100 kilomètres de rives sur le lac Tchad ; mais l'Allemagne n'a jamais occupé que le quart à peine de cette colonie; c'est la seule possession européenne de ces contrées qui n'ait pas encore de voies ferrées. Au Cameroun comme au Togo, l'ensemble des transactions commerciales est très inférieur à ce qu'il est dans les colonies françaises voisines. Tandis que la Guinée française et le Dahomey couvrent leurs frais depuis des années, le gouvernement de l'Empire est obligé de contribuer pour la plus grande part aux dépenses de ses colonies; il paie au Togo 3 millions de francs sur 5.300.000 francs de dépenses; 2.380.000 francs au Cameroun sur 5.108.000 francs.

Quelque importants que soient les sacrifices consentis pour le Togo et le Cameroun, ils sont loin d'être comparables à ceux qui sont faits pour les colonies du sudouest et de l'est africain.

Il semble que cela soit surtout vers ces deux colonies qui, incontestablement d'ailleurs, présentent beaucoup plus de ressources, que les Allemands veulent porter leurs efforts en Afrique. Dans cette fièvre de coloni-

«ation qui a saisi T Allemagne en 1882, toutes les terres encore disponibles ont été prises par elle ; toutes celles qui pouvaient être achetées Tont été. Peut-être, en Afrique, T Allemagne en a-t-elle pris un peu trop pour ses forces. L'Empire germanique arrive à posséder des territoires immenses qu'il n'a même pas pu encore occuper ni exploiter; où il n'a fait que s'attirer la haine des indigènes. Dans ces conditions, sa colonisation africaine, qui n'est basée que sur le prestige de sa puissance militaire métropolitaine, est vouée aux pires échecs, aux plus grandes dépenses, aux plus tristes résultats.

Ce serait lui rendre service que de la débarrasser du Cameroun, peut-être aussi du Togo, que nous avons occupé bien avant elle. Ce n'est pas pour un tel motif que nous pourrions lui proposer un échange de ces deux colonies, parce que c'est toujours le contraire de ce qui serait susceptible de lui être agréable que le passé et sa conduite à notre égard nous obligent à faire ; mais, pour la bonne exploitation générale et l'avenir de notre empire d'Afrique, il serait tellement important de ne pas avoir à lutter contre des infiltrations, contre des influences étrangères que, dans cet exposé de la situation des différentes colonies, il convient de signaler la valeur minime de ces possessions allemandes dont l'Empire germanique, venu trop tard dans le partage du globe, se débarrasserait sans doute volontiers contre d'autres points où nous ne pouvons rien faire, et qui seraient, au contraire, très favorables à la marine de commerce allemande, aussi active, aussi florissante, aussi importante que les colonies allemandes d'Afrique restent peu avantageuses et peu prospères.

La république nègre de Libéria, proclamée en 1847, par les anciens esclaves libérés des États-Unis, est une trop petite puissance^ et se trouve dans une situation

trop lamentable ; sa fondation a été une œuvre de philanthropie trop intéressante pour que jamais la République française puisse songer à aller nuire au bon fonctionnement d'une société libre, vivant sous des institutions à peu près identiques aux siennes. A peu près seulement; car, si nous avons souvent le plaisir d'entendre les représentants de la Guadeloupe et de la Martinique revendiquer bien haut à la tribune française la liberté pour tous, à la tribune de la Chambre des députés de Monrovia, on a interdit aux hommes de race blanche Taccès de toutes les fonctions publiques et même le droit de propriété réservé exclusivement aux hommes de race noire, qui seuls peuvent être citoyens de la république de Libéria.

Dans ce petit domaine d'esclaves libérés et devenus propriétaires de par la seule générosité de l'Angleterre, de l'Amérique et de la France, régnent ainsi une étroitesse d'idées et une tyrannie plus extravagantes que dans n'importe lequel des pays les plus autocrates du monde.

Gomme tous les régimes de ce genre, celui-ci est fatalement destiné à disparaître. Si, d'ailleurs, ses prétentions exorbitantes n'étaient suffisantes pour le faire crouler sous le grotesque de son ridicule, l'état véreux de la République de Libéria suffirait pour amener un jour ou l'autre sa faillite et l'intervention des intéressés.

En 1871, un emprunt de 2.500.000 francs à 7 pour cent fut contracté; les intérêts non payés de cette dette s'élevaient à 4.507.000 francs, en 1896. A cette époque, des arrangements intervinrent pour faire face à cette triste situation; des garanties furent données sur les douanes. En 1905, la dette ainsi diminuée se montait à 1.955.650 francs et les intérêts non payés à 473.000 francs auxquels il fallait ajouter une dette intérieure de 473.360 francs.

Et tous ces emprunts n'ont pas été employés à des

travaux utiles; sur les rares routes du pays, les citoyens nègres ne circulent que dans des charrettes à bœufs.

En cas de difficultés, la république des États-Unis ne manquerait pas d'intervenir. « L'Amérique aux Américains w . C'est très juste! « L'Afrique septentrionale et occidentale aux Français » . Cela l'est autant. La population de Libéria sera tôt ou tard forcée d'admettre le protectorat d'une nation plus apte à exploiter le sol dont elle se montre incapable de tirer parti et d'où elle a la prétention d'expulser les êtres d'autres races; ce jour-là, dont aucune nécessité d'ailleurs ne force de hâter la venue, son territoire devra tomber sous le protectorat de la France.

Nous n'avons pas à nous occuper de la Tripolitaine et des différents territoires espag^nols enclavés dans nos possessions d'Afrique. La Tripolitaine revient à l'Italie et, c'est avec l'aide de nos frères latins espagnols et italiens, et non pas en nous opposant à eux, que nous devons peupler et faire prospérer tous ces magnifiques territoires qui doivent procurer à la fois, à la France, à l'Espagne, à l'Italie, la richesse, l'espace qui leur sont nécessaires pour ne pas être étouffés par les Anglo-Saxons ; le prestige, la vigueur, l'extension qui leur sont indispensables pour ressusciter dans des États-Unis d'Amérique du Sud l'union des races latines et créer ainsi une immense traînée de terres comprenant la France, l'Espagne, l'Italie, l'Afrique occidentale, l'Amérique du Sud où les Latins perpétueront les splendeurs des idiomes de Rome et édifieront de nouveaux monuments aux arts et aux lettres menacés d'être de plus en plus submergés par le flot envahissant des dollars.

La France ne peut qu'applaudir aux succès de l'État indépendant du Congo. Si jamais ces magnifiques pos-

sessions devaient tomber entre les mains d'autres maîtres, de par les traités, ce serait entre les mains de la France; mais celle-ci n'a pas à le désirer; elle a déjà suffisamment à faire avec les parties de l'Afrique qui lui reviennent de droit; elle ne peut que se féliciter d'avoir à sa frontière au Congo, comme en Europe, un peuple francisant avec lequel ne seront jamais trop nombreux les points de contact susceptibles de l'attirer vers elle et de l'éloigner de l'envahissement teuton.

Nos premiers établissements à Madagascar datent de 1642. Les campagnes de 1882 et de 1895 nous ont rendus maîtres incontestés de la grande île, la troisième du monde par ses dimensions. Nous y dépensons 21 millions de francs par an pour entretenir 12.000 soldats dont 3.900 Européens. Ces troupes sont destinées, surtout à assurer la tranquillité intérieure du pays. De l'extérieur, Madagascar n'est attaquable que par l'Angleterre. Contre cette puissance,' la défense n'est pas possible par des moyens directs; elle est efficacement protégée contre toute tentative conséquente des autres par les effectifs de ses garnisons, par les difficultés de pénétrer dans l'intérieur de l'île, et, surtout, par l'isolement où elle se trouve au milieu de la mer des Indes.

Au point de vue économique, Madagascar s'est développé aussi rapidement que le permettaient des conditions d'exploitation aussi difficultueuses. L'augmentation considérable des importations de 1900 à 1902 n'était qu'un accroissement tout fictif dû à l'importation du matériel de chemin de fer, pour lequel 60 millions de francs étaient dépensés à cette époque; l'importation est redevenue en 1904 ce qu'elle était normalement en 1899 avant ces mouvements exceptionnels. Les exportations, et c'est l'essentiel, n'ont cessé de croître depuis 189(3 ; en vingt ans, la somme des impor-

talions et des exportations a triplé, les exportations ayant sextuplé. Dans un pays aussi neuf, aussi peu organisé, ce serait exiger trop que de demander davantage.

La faible densité de la population, la multiplicité de tribus sans relations communes, sans cohésion, toujours en lutte, dans ce pays plus grand que la France où on peut voyager des semaines sans rencontrer un habitant, le manque complet de routes avant notre occupation, sont des difficultés que le temps et une énergie patiente, soutenue, indomptable, peuvent seuls arrivera vaincre. Quand une simple plantation de café ou de cacao demande pour commencer à rapporter des efforts de six à dix ans, il serait enfantin de vouloir exiger qu'une colonie aussi vaste, présentant autant de difficultés pour sa mise en valeur, produisit dès le lendemain de sa conquête. De tels résultats ont pu se voir au Dahomey, où le pays n'est qu'une forêt de palmiers à huile dont on n'a qu'à récolter les fruits deux fois par an. Les richesses de Madagascar ne peuvent s'extraire aussi facilement, mais on ne peut douter qu'elles soient considérables. Si les mines ne sont pas encore exploitées, on en a trouvé de toutes sortes : d'or, de cuivre, d'argent, de fer, de zinc, d'antimoine, de manganèse, de nickel, de graphite. La production d'or n'a cessé d'augmenter depuis 1897 ; cette année-là, elle était de 79.115 grammes; en 1898, elle fut de 125.378 grammes; en 1899, de 401.423; en 1903, de 1.910.000. Les chercheurs de mines sont souvent arrêtés par de très grandes difficultés provenant de l'originalité de la structure même du sol. La constitution géologique de Madagascar est différente, en effet, de toutes les formations de terrain connues, ce qui vient, avec l'existence d'animaux spéciaux tels que la maque, avec les découvertes de squelettes d'épyornis, de mammouths, d'animaux antédiluviens, confirmer

t70 LA FRANCE AFRICAINE

Texactitude de Topinion qui fait de la grande île malgache le dernier sommet d'un ancien continent disparu, continent tout à fait séparé de TAfrique, de l'Asie, de l'Australie . Dans ces conditions, on ne peut prévoir ce qu'on arrivera à trouver. Quoi qu'il en puisse advenir, les minés n'ont jamais fait la fortune d'un pays. C'est surtout l'élevage et l'agriculture qui sont les véritables richesses de Madagascar. On s'y livre également à la culture riche : caoutchouc (3 millions de francs d'exportation), vanille, cacao, coton, tabac; et à la culture pauvre : manioc, riz, maïs. Vohemar approvisionne de bœufs et de bétail Maurice et la Réunion ; Tuléar approvisionne tous les riches établissements de la côte sud orientale d'Afrique. Pendant la guerre du Transvaal, toute la consommation de bœufs fut tirée de Madagascar.

La part de la France dans le commerce de l'ile est considérable : 86 pour cent à l'importation, 67 pour cent à l'exportation, cela dû, il est vrai, à l'application de droits presque prohibitifs. Sur 2.228.000 tonnes représentant le mouvement de la navigation en 1905, 1.985.000 tonnes ont été transportées sous pavillon français.

La France, en somme, exploite Madagascar au moins aussi activement qu'aucune autre nation pourrait le faire.

On retrouve à Madagascar les mêmes défauts d'administration qui nous ont enlevé en Indo-Chine le loyalisme des populations. L'impôt, autrefois de 5 francs par tête, est monté progressivement à 10 francs, à 15 francs et même à 20 francs et à 30 francs dans certaines provinces. Les recettes en ont été accrues de 13 à 24 millions entre 1899 et 1905; mais le mécontentement des indigènes n'a pas manqué de grandir dans la même proportion, et il serait bon de ne pas continuer dans

cette voie, si on veut éviter les frais, que nous nécessiterait la répression des révoltes qui deviendraient inévitables si on continuait à exagérer les charges des habitants, dépenses qui seraient beaucoup plus importantes que les maigres bénéfices produits par les odieux systèmes de capitation.

Les 850.000 Hovas, nos anciens ennemis les plus irréductibles, sont ceux qui se sont plies le plus rapidement à notre domination; les Sakalaves, nos alliés d'hier, se sont déclarés nos plus mortels adversaires; les nombreuses autres tribus supportent plus ou moins docilement notre joug, suivant qu'elles sont plus ou moins tracassées ou bien traitées par Tautorité locale, la seule qu'elles connaissent. Avant la prise de toute Tile par la France, jamais ses populations n'avaient été groupées sous une même autorité. Les Hovas ne sortaient guère de ïananarive et de quelques points de la côte où ils régnaient par la terreur; jamais, ils ne s'étaient aventurés au sud de Fianarantsoa .

Ce sont des conditions toutes différentes de celles des populations du Tonkin réunies depuis des siècles en collectivités plus importantes; elles sont beaucoup plus favorables; car pour s'unir entre elles par le contact forcé où elles sont mises aujourd'hui, elles sont obligées là, comme en Afrique occidentale, de parler, de penser français, et le jour où leur union sera formée, elles ne pourront constituer qu'un tout français. C'est une bien belle œuvre à entreprendre que d'aller faire régner la paix, la concorde, le bien-ê^e, entre tous ces peuples jusqu'ici ennemis et misérables. C'est une œuvre digne de la République! Mais elle est trop ardue à entreprendre dans un pays trop lointain, sous un climat trop meurtrier, dans des espaces trop vastes pour qu'elle puisse être menée à bieif entièrement par des Français de France, Ceux-ci peuvent fournir leurs capitaux et

leur force; ce sont les Français créoles de la Réunion qui doivent pratiquement exploiter la grande i!e et créer dans la mer des Indes un établissement français solide lequel, dans un avenir lointain, deviendra assez puissant pour être autonome, pour vivre de sa propre vie, en restant juxtaposé à la métropole etlié à elle par des intérêts communs et un amour aussi ardent pour la mère patrie !

C'est vers cet idéal que tous les créoles de la Réunion doivent diriger leurs efforts. La République leur a donné un véritable continent; car sans eux elle ne se serait pas lancée dans une entreprise aussi pleine de difficultés. C'est à eux d'y travailler, de l'exploiter, d'en assurer le brillant avenir. La tâche avait paru tellement lourde à Napoléon III qu'il avait refusé le protectorat de toute l'île que Radama était venu lui offrir.

Si ce n'était l'aide puissante qui peut être apportée par les créoles de la Réunion à la colonisation de Madagascar, malgré les quantités de richesses qu'elle renferme, il n'y aurait pas lieu de se montrer enthousiaste de cette colonie. Le climat n'est supportable pour les Européens que dans les régions arides des hauts plateaux de l'intérieur; c'est sur la côte et dans les basses régions, où le blanc ne peut vivre guère plus d'une dizaine d'années, que se trouvent toutes les ressources et tous les terrains riches. Le Français de France ne peut songer à s'acclimater dans la grande île malgache; il peut seulement en diriger la colonisation et l'exploitation. C'est au créole de la Réunion qu'il appartient de la faire valoir avec l'aide des Hovas, des tribus de l'intérieur et de tout ce qui voudra venir s'y établir, car, dans un pays neuf inhabité, il faut commencer par amener des êtres humains quels qu'ils soient, d'où qu'ils viennent, pourvu qu'ils travaillent et qu'ils peuplent.

Avec ses ressources et l'aide de ses enfants de la

Réunion, la France a la force, la puissance de faire prospérer Madagascar, d'y assurer la sécurité du travail dans la paix. Aucune autre nation du monde n'aurait donc le droit de venir revendiquer une possession qu'elle a acquise par ses sacrifices, par le sang de ses soldats et où, en vingt ans, elle a fait faire des progrès immenses à l'état intérieur et à l'état extérieur du pays.

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