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ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS DE LA CÔTE DES SOMALIS

La France, en droit de posséder Obock dès 1862, n'occupa ce port effectivement qu'en 1884. Les conditions pitoyables de ce territoire le firent abandonner pour Djibouti qui, en 1802, devint la capitale des établissements français de la côte des Somalis.

L'objectif de cette occupation était le début des vastes projets qui menèrent l'expédition Marchand à travers l'Afrique. On espérait augmenter la solidité de nos rapports avec Ménélik et acquérir toute l'influence en Abyssinie; les établissements français seraient devenus sa liaison avec le reste du monde, l'empire du Négus étant un des rares pays qui ne soient pas en communication directe avec une mer.

Aux avantages naturels de la position géographique, il fallait ajouter ceux de l'influence politique et commerciale.

Les missions françaises de 1 897 échouèrent. Le chemin de fer faillit plusieurs fois sombrer. Les Abyssins, peuple essentiellement militaire, se détachèrent d'une nation qui avait reculé à Faschoda. Le 15 mai 1902, le Négus, dégoûté, traita avec l'Angleterre. Au lieu d'être tombée sous l'influence française, l'Abyssinie est devenue un des centres de compétition les plus actifs entre les Français, les Anglais, les Allemands, les Italiens. L'hostilité des maisons indiennes qui tiennent le commerce

27* LA FUANCE AFRICAINE

d'Addis-Abbabû, le mauvais vouloir de la Banque angolaise d'Abyssinie, annihilent une partie des avantagées de Djibouti. Les Allemands, de leur côté, font deg^rands efforts et ont déclaré qu'ils étaient prêts à défendre par n'importe quelle voie leurs intérêts en Abyssinie.

Nos armes n'ont jamais paru dans cette contrée; les indig[ènes ont, dans le temps, massacré les marins des petites canonnières Étendard et Pingouin, Faschoda a détruit le peu de prestige que nous pouvions y avoir. La côte des Somalis est un exemple frappant des résultats piteux auxquels est vouée toute opération de ce gfenre tentée sans avoir fait, au préalable, la preuve qu'on est capable de prendre e1 de défendre ce qu'on veut accaparer.

Beaucoup de personnes prétendaient en France concurrencer Aden par Djibouti. Ces personnes ig^noraient sans doute quelle immense importance un paquebot attache à ne pas perdre une heure dans sa navig^ation.* C'est ce.t intérêt qui fait que le port de Périm, situé sur ce rocher placé juste au milieu du détroit de Bab-el- Mandeb, où on entre en quelques minutes par un simple coup de barre, coulera Aden comme point de charbonnage. En 1904, 421 navires charbonnèrent à Périm; 218 seulement firent du charbon à Aden; encore Périm n'offre-t-il aucune ressource autre que le combustible ! Devant cet exemple, comment penser que le trafic à vapeur irait bénévolement faire un coude de vingt-quatre heures pour relâcher à Djibouti quand Périm et Aden sont sur sa route même? Gomme point de relâche, Djibouti ne vaut rien et ce port fait le plus grand tort aux paquebots subventionnés français forcés par leurs traités à y relâcher un voyage sur deux.

En grande partie à cause de la construction du chemin de fer, les transactions de Djibouti ont doublé depuis 1901 ; la voie ferrée prolongée jusqu'à Harrar a détourné

une importante fraction du trafic qui se faisait par Zeilah et Âden. Ce commerce ne peut que s'accroître et deviendra certainement très prospère par les exportations considérables de café, d'ivoire, de peaux provenant d'Abyssinie; mais la part infime (un dixième) dont la France bénéficie dans les importations semble vouloir se restreindre au lieu de prendre de Textension. 11 y a peu de maisons françaises et le commerce avec les colonies françaises est nul (1 .478 francs) ; celui avec l'étranger , particulièrement avec Âden, tient la plus large place, à l'exportation comme à l'importation (10.007.533 fr. en 1905 contre 8.534.000 francs en 1904) .

Nous n'avons pas à Djibouti un seul soldat. Cette possession est, non seulement entre les mains des Anglais, mais serait à la merci du premier croiseur allemand, américain, japonais. Du côté de l'intérieur, elle ne pourrait se défendre contre l'armée abyssine qui a prouvé à Âdoua qu'elle était capable de faire prisonniers 10.000 soldats européens. C'est une situation indigne d'un grand pays! La part de notre commerce est dérisoire. Pour nos paquebots et notre commerce sur Madagascar, cette relâche non seulement ne présente pas d'avantages, mais elle offre l'inconvénient d'un détour de 100 milles en dehors de la route directe. Les Abyssins ont pour nous peu de considération ; les indigènes aucun attachement. Là, nous avons joué toute la partie sur la même carte, sur Faschoda; nous avons perdu; il serait préférable de nous retirer avant qu'on ne nous force à le faire par la multiplicité des ennuis et des difficultés que Ménélik, l'Angleterre, l'Allemagne ne manquent aucune occasion de nous créer dans ces parages.

CHEIRH-SâÏD

La position de Cheikh-Saïd commande la partie Est du détroit de Bab-el-Mandeb qui, large seulement de 14 milles, est divisé en deux par Périm. Cession régu-r lière en a été faite à des commerçants marseillais qui l'ont rétrocédée ensuite à la France. Nos droits imprescriptibles sur ce point furent ratifiés en 1896 par un vote du Parlement. Malgré cela, les Turcs y ont établi des postes militaires. Nous n'y avons jamais rien fait, et nous n'y ferons jamais rien. On ne voit pas l'intérêt que nous pourrions avoir à accaparer un pays qui, en réalité, est bloqué par les Anglais et par les Turcs. Le monde n'est plus à l'époque où on pouvait occuper des territoires uniquement pour empêcher ses adversaires de s'y établir. Aujourd'hui toutes les parties de la terre entrent dans leur période de mise en valeur. Ne pouvant tirer aucun parti de Gheikh-Saïd, nous ne devons pas le garder; cette position nous appartient de par tous les droits ; nous avons la faculté et le devoir de la céder à qui en tirerait un meilleur profit si nous ne voulons pas qu'un jour ou l'autre on nous la prenne en s'appuyant sur ce que, depuis que nous la possédons, nous n'y avons rien fait.

COMPTOIRS FRANÇAIS DE l'iNDE

Les derniers débris de l'empire fondé par Dupleix sont en train d'agoniser; nos 274.000 sujets sont étouffés par les 300 millions de sujets anglais qui les entourent. Notre protection militaire dans ces possessions n'existe pas ; elles nous ont été prises neuf fois en deux siècles : en 1614, 1693, 1761, 1763, 1778, 1793, 1802, 1803,

Le commerce français de l'Inde est à la merci du gou-

vernement anglais, libre de fixer comme il Tentend les tarifs des chemins de fer.

Pondichéry, modeste et impuissante enclave, ne peut espérer de lutter avec avantage. Ghandernagor ne vit que de Calcutta dont elle est un faubourg. Mahé dépérit. Karikal, qui a eu la chance d'être rattachée au réseau indien, vit encore quoique stationnaire ; le chemin de fer, bien qu'en terre française, échappe à n^tre juridiction ; à un capital dépensé de 2 millions de francs correspond un revenu qui n'atteint pas 1 pour cent. A côté de ces moribonds, pour veiller et hâter leur fin sans doute, de grands centres ont été créés par les Anglais; c'est Gandalore à côté de Pondichéry; Négapatam près de Karikal ; Calicut et Tellicherry près de Mahé ; Cocanada près de Yanaon.

Au point de vue industriel et commercial, les Français se laissent lentement ruiner par les riches commerçants anglais. Sur quatre filatures, une anglaise, de 40.000 broches, est très prospère; trois autres françaises, de 17.000, 4.200, 3.630 broches, ne font que des affaires très médiocres. Et il ne peut en être autrement pour toutes les industries où le charbon intervient. Les Anglais font venir aisément le combustible par millions de tonnes; les maisons françaises, pas assez puissantes, sont obligées de brûler du filaos.

De 32.840.807 francs en 1889, le commerce général s'est à peine accru : 33.542.000 en 1905. On constate un mouvement de déclin déplorablement uniforme. En 1905, Pondichéry n'a embarqué que les 38,92 pour cent du rendement total de la récolte de l'année, alors qu'il y a vingt ans cette ville recevait et chargeait plus de la moitié du montant total de la récolte d'arachides du sud de l'Inde.

L'état des finances est aussi mauvais que sont défavorables les conditions d'exploitation.

Un crédit de 4.380.000 francs serait nécessaire pour des travaux publics urgents. Il faudrait entre autres 650.000 francs et 570.000 francs pour amener l'eau potable à Pondichéry et à Chandernagor. L'amortissement de cet emprunt exigerait une annuité de 274.500 francs. En outre de 200.000 francs de subvention au budget local de l'Inde, 250.000 francs ont été inscrits au budget métropolitain de 1907 au titre d'exécution de travaux publics dans la colonie.

En faisant appel à toutes ses ressources, le service local ne pourrait pas fournir une annuité supérieure à 25.000 francs, et le monopole de Talcool existe déjà! Il rapporte à la colonie plus de 500.000 francs par an, soit le quart des recettes totales de 2 millions de francs, et le petit propriétaire, très malheureux, paie comme impôt foncier 25 pour cent du produit du sol! L'avenir agricole des territoires est aussi nul que l'est celui de l'industrie et du commerce. L'agriculteur est la proie des Ghettys qui prêtent au taux de 150 pour cent.

L'Inde est la chose d'un agent d'affaires publiques hindou dont le nom quelque peu compliqué « Chanemougavelayoudamodeliar » a été prononcé à la Chambre dans la séance du 22 février 1906 ; en même temps que M. Etienne Flandin (Yonne) dénonçait toutes les conséquences de l'erreur faite en dotant les Hindous du suffrage universel, en les immobilisant dans la misère d'une façon irrémédiable, tandis qu'à côté d'eux Tlnde anglaise s'ouvre à tous les progrès de la civilisation.

Nous ne pouvons dans ces pays faire aucun acte de souveraineté. Leurs populations se développeraient bien davantage, dans des conditions très supérieures, au milieu de ce tout de 300 millions d'individus, que dans ces misérables territoires cernés de toutes parts par les possessions anglaises. Si les Hindous ne se désintéressaient pas complètement de la vie civique, leur religion

même leur ferait un devoir de ne pas s'en occuper. En conférant le droit d'électeurs à 60.000 indigènes qui ne disent pas un mot de français, qui ne parlent que le tamoul, rhindoustani, le bengali ou le sanscrit, on a créé Chanemougave, le grand entrepreneur d'élections sans électeurs. Et ces Hindous votent même en Gochinchiue alors que les Annamites ne votent pas! C'est un scandale fait pour rabaisser nos institutions et entraîner tous les abus ! « Impuissance, misère noire sans espoir » , telle pourrait être la devise de nos territoires de l'Inde. 11 ne peut être contesté par qui que ce soit raisonnant de sang-froid que ces populations seraient beaucoup mieux placées sous le protectorat de l'Angleterre que sous le nôtre.

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