‹ La France africaineChapitre 44 sur 68 · COLONIES DES ANTILLES · texte numérisé non relu

COLONIES DES ANTILLES

Nos vieilles colonies des Antilles sont dans l'état le plus lamentable. La Martinique a été désolée par des catastrophes. La Guadeloupe est dans une situation financière déplorable. Les luttes politiques, électorales, achèvent ces malheureux pays qui succombent. Les administrations municipales ont donné des preuves répétées d'un esprit de désordre intolérable. Dans certaines communes, on fait trafic des mandats municipaux . L'administration de la Guadeloupe s'abandonne à un mouvement de recul qui rappelle les plus fâcheux jours de l'histoire coloniale. La situation économique est telle que, sur onze usines à la Grande-Terre, cinq sont fermées et les six autres font difficilement leurs affaires.

La sévérité avec laquelle la France frappe les produits coloniaux contribue puissamment à entretenir le marasme dans lequel végètent nos anciennes colonies .

La Martinique a vu percevoir 7.026.000 francs par la métropole sur 13.609.000 francs de marchandises expédiées qui consistent surtout en sucre (8.596.000 fr.) et eau-de-vie (3.761.000 fr) , soit 51,6 pour cent!

La Guadeloupe nous vend 15.223.000 francs de produits (sucre: 10.683.000 fr.; eau-de-vie: 2. 259. 000 fr.). Nous percevons 8.510. 000 francs de droits, soit 55,9 pour cent!

Le mouvement commercial ne fait que décroître tandis que les subventions de la métropole n'ont cessé d'augmenter jusqu'en 1904. De 1877 à 1904, l'ensemble du commerce est tombé de 40 à 27 millions à la Martinique et de 34 à 25 millions à la Guadeloupe.

On est saisi quand on compare ces tristes résultats à

ceux obtenus à Cuba et à Porto-Rîco depuis que ces vieilles colonies ont cessé d'appartenir à TEspag^e!

Principales données sur Cuba et Porto Rico,

COMMERCE EN MILLIONS DE FRANCsIl

SlPIinC!!

kikBétKi CArrét.

PiriUTIOM

IipirtatiMs

Années.

Importa-

Exporta-

et

tions.

tions.

exptrtiUoii.

Porto Rico

léfablifiede Cuba..

Dans ce dernier chiffre de 1.075 millions, 620 millions sont la part des États-Unis.

Là, on peut vérifier un exemple frappant des avantagées que retire forcément une petite collectivité à être rattachée à l'État voisin le plus puissant plutôt que de dépendre d'une ancienne métropole située au delà des mers, avec laquelle les relations quotidiennes sont impossibles, les débouchés très désavantageux par suite de la plus grande cherté des frets, et dont Téloignement même constitue une source de difficultés dans toutes les branches de la vie journalière.

La France entretient 1.180 soldats français à la Martinique et 128 à la Guadeloupe. Pourquoi? on se le demande. Ces garnisons, trop importantes pour assurer Tordre intérieur qui, dans une vieille colonie, devrait être garanti uniquement par des citoyens, seraient absolument impuissantes contre la moindre attaque de Textérieur. Au vingtième siècle, la France ne peut songer à assurer à ces îles la sécurité du travail dans la paixf

Î96 LA FKANCE AFRICAINE

radminîstratlon, les mœurs politiques de la République ne peuvent convenir à ces populations qui, sous cette direction, n'exploitent plus leur sol.

Les Américains travaillent les populations des Antilles françaises comme celles de toutes les iles. Un parti américain important s'y est constitué. Bien que jouissant de toutes les prérogatives de citoyens français, ces habitants des Antilles n'ont jamais fait aucun service militaire ; ils voudraient faire preuve de loyalisme qu'ils en seraient incapables parce* qu'aucun enfant de ces pays n'apprend le métier de soldat.

On ne voit pas d'issue à une situation aussi mauvaise et qui comparativement deviendra encore plus critique quand le canal de Panama sera en exploitation. Ces lies pourraient en tirer grand profit; mais, cela a déjà été répété, le commerce maritime français n'a aucune raison pour augmenter de ce fait dans ces parages. Là, comme aux iles de la Société, voulez-vous faire des travaux considérables pour que d'autres en profitent ou voulez-vous condamner ces iles à l'impuissance, au milieu de l'activité qui va faire revivre toutes les iles des Antilles?

Non, vous ne voudrez ni l'un ni l'autre; vous envisagerez froidement la situation et vous jugerez que vous n'avez plus rien à faire dans les iles des Antilles; que vous ne pouvez plus en tirer aucun parti profitable à leurs citoyens et à vous-mêmes; que, dans ces conditions, vous n'avez pas le droit de les condamner à l'arrêt complet d'un développement qu'elles peuvent espérer acquérir sous l'égide de la puissante république des États- Unis. Vous quitterez avec peine ces vieux colons des époques passées, ces sujets des anciens jours; mais, pour leur bonheur à eux, vous aurez la grandeur de caractère de les laisser prendre une voie qui leur offre un avenir plus prospère que celui que vous êtes en me-

sure de leur assurer. A ceux d'entre eux d'ailleurs, qui voudraient continuer de vivre sur une terre française, vous pouvez offrir les concessions les plus vastes soit en Guyane, soit dans l'Afrique occidentale, soit à Madagascar, assez grande pour recevoir les êtres de tous les pays qui voudraient vivre sous vos lois, à l'abri de votre drapeau.

Page 1