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GUYANE

Depuis l'année 1635, où nous avons pris la Guyane, l'état de cette colonie n'a jamais été florissant, même au temps de la splendeur des Antilles. Les Anglais l'ont occupée à plusieurs reprises ( de 1762 à 1763, de 1794 à 1802, de 1807 à 1814] ; ils nous la rendirent en 1815, ce qui n'est pas pour prouver en faveur de ses ressources.

Depuis 1880 la découverte des mines d'or tend à relever la situation ; sur 10 millions d'exportation, 9 sont fournis par l'or. L'impossibilité absolue de trouver des travailleurs rend toute grande culture impossible. Le nègre veut bien travailler dans les mines, mais a pour la terre, y a faire venir blanc » , dit-il. Il n'existe pas de routes dans la colonie. Là, comme en Nouvelle-Calédonie, le régime pénitentiaire a fait faillite et, pourtant, ur une population de 32.000 habitants, il y a jusqu'à 4.097 condamnés, 2. 193 relégués. La métropole dépense par an environ 6 millions pour son service pénal.

Dans quelques mauvaises conditions que se trouve la Guyane, malgré le si triste avenir qui lui semble réservé, puisque depuis tantôt quatre siècles que nous y sommes établis, nous n'y avons rien fait, malgré les dépenses qu'elle ne cesse de nous occasionner, nous ne pouvons nous en défaire, parce que c'est pour la France le coin de terre indispensable à tout grand pays, pour entre-

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tenir moyennant plusieurs millions le rebut de sa civili* sation, la lie de ses viles populations, moyennant le tribut que les nouvelles collectivités sont obligées de payer au crime .

L'essai de la Nouvelle-Calédonie est là pour prouver à quel point de pareils éléments peuvent empoisonner les plus beaux pays, les rendre pour des générations inhabitables aux honnêtes gens, les rendre incolo-» nisables. C'est un essai qui n'est plus à tenter ailleurs. Contentons-nous d'avoir semé la contagion sur deux coins du monde, n'en empoisonnons pas de nouveaux et conservons Cayenne comme seul pénitencier.

Ainsi, d'après la force irrésistible des événements, d'après les lois de la force des choses qui régissent les liaisons des métropoles et des colonies, lois qui peuvent être considérées comme inviolables, parce qu'elles n'ont jamais été violées : l'Indo-Chine, nos possessions d'Océanie, des Antilles, des Indes, ne doivent pas dans la suite des temps rester sous notre domination; le Maroc, les colonies anglaises et allemandes de la côte ouest d'Afrique seraient au contraire mieux placés entre nos mains qu'entre celles de toute autre nation souveraine ; ces contrées devraient tomber sous notre direction pour être englobées dans ces établissements d'Afrique qui sont la part de territoires exotiques due à nos efforts de quatre siècles, à notre mérite, à notre capacité, aux labeurs de nos soldats, de nos marins, de nos explorateurs, de nos colons et qui nous reviennent uniquement dans le partage judicieux des terres et des mers, le seul qui soit susceptible de durer dans la suite des temps.

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