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CE QUE FIT NAPOLÉON EN

Paris, avait remis au ministre des affaires étrang^ères un mémoire dans lequel les raisonnements étaient appuyés d'insinuations presque menaçantes.

En informant Monroë de sa nomination de ministre plénipotentiaire, le Président lui écrivait : « Si nous ne pouvons, au prix que coûterait l'acquisition qu'il s'agit de faire, nous assurer une paix perpétuelle et l'amitié de toutes les nations, il convient de nous préparer à la guerre ; elle ne peut être éloignée. »

Le Directoire n'existait plus alors, mais il avait trop fait connaître le désordre des finances de la France pour qu'on pût s'attendre à traiter autrement que l'argent à la main. Dès le commencement du gouvernement consulaire, une convention avait été passée, stipulant que « des indemnités devaient être payées pour toutes les prises indûment faites » . Cette convention n'avait pas été exécutée par suite du mauvais état des finances. L'irritation populaire en avait été très violente aux États-Unis. « Il est temps d'apprendre au monde que la balance de l'Amérique est dans nos mains, s'écriait M. Ross, sénateur de la Pensylvanie; que nous sommes dans cette partie du globe la puissance dominante, comme d'autres le sont en Europe, que nous n'en craignons aucune, que notre adolescence est finie, que nous entrons dans l'âge de la force et que nous sommes prêts à en faire usage! » ( Février 1803.)

C'est sous le poids de pareilles menaces, qu'étant incapable de le défendre, Bonaparte vendit pour 60 millions de francs un véritable continent !

Inutile après un tel exemple de s'attarder à considérer toutes les autres cessions du même genre faites par maints peuples : la vente de l'Alaska par la Bussie pour 36.720.000 francs; celle des Palaos et des Mariannes par l'Espagne pour 20 millions de francs ; tant d'autres. Aussi bien, cet exemple est-il celui qui nous

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touche de plus près et celui qui est le plus susceptible de démontrer ce qu'en certaines circonstances doit faire un patriotisme éclairé et intelligent.

Nous ne sommes pas aujourd'hui dans la position critique où nous nous trouvions sous le gouvernement consulaire. Malgré toutes ses dépenses, la France garde un crédit universel. Non seulement sa situation politique n'est attaquée directement par aucun ennemi, mais des ententes cordiales avec ses adversaires éventuels lui donnent la latitude la plus complète pour prendre toute décision destinée à assurer l'avenir de sa puissance coloniale ; on ne s'est permis dans aucun Parlement de menacer ses territoires ; et, si on excepte les irréductibles Teutons, elle n'entretient que des relations pacifiques avec tous les peuples.

Mais, nonobstant ces ententes cordiales passagères, nous n'avons pas plus de chances de pouvoir conserver, dans l'avenir, certaines de nos possessions que n'en avait le Premier Consul en 1803 de pouvoir garder la Louisiane. Croyez-vous que, pour aviser, il soit plus digne et plus avantageux d'être menacé? Croyez-vous qu'il soit plus politique d'entamer des négociations alors qu'il est trop tard et sous le coup de dangers qu'on ne peut plus éviter que par des solutions qui sont imposées?

Vous ne le croirez pas. Vous penserez qu'il serait bien préférable de profiter d'une période de tranquillité relative, d'un temps de paix quasi générale, pour prendre une série de mesures susceptibles de consolider cette paix, dans des proportions très larges, en échangeant avantageusement des territoires qui sont placés illogiquement sous votre domination et que, dans la suite des temps, vous êtes fatalement exposés à perdre sans compensation. Vous profiterez de la leçon qui vous a été donnée par les cruelles nécessités devant lesquelles le

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