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I,A MER ROUGR EST UNE MER ANGLAISE

La mer Rouge est complètement en possession de r Angleterre parce qu'il est impossible , sans le bon vouloir de la Grande-Bretagne, d'y entrer, d'en sortir, d'y circuler» Les véritables goulots qui terminent ses deux

extrémités sont commandés : au nord, par les troupes angflo-ég^ptiennes, maîtresses du canal; au sud, par Aden et Périm sur lesquels peuvent s'appuyer les escadres les plus fortes. En 1905, on a inauguré Port- Soudan, destiné à remplacer Souakim. Ce nouveau port commande tout le milieu de la mer Rouge ; il est devenu le principal débouché du commerce du Soudan et de TAfrique centrale par le chemin de fer qui le relie à Berber et à Khartoum.

Maîtresse de la côte ouest de la mer Bouge et de cette mer, l'Angleterre s'efforce depuis vingt ans d'acquérir sur la côte est des points d'où elle compte accaparer l'Yémen.

L'Italie est la seule autre nation maritime qui possède une colonie dans ces parages ; elle n'a pas été assez puissante pour résister à Ménélik ; on ne peut donc pas la penser capable de lutter contre les troupes angloégy tiennes. L'Erythrée n'est pas un appui, une position forte pour l'Italie, c'est, pour elle, un point très faible à la merci de l'Angleterre.

l'océan indien est un océan anglais

Par cette Méditerranée anglaise, par ce véritable lac anglais qu'est la mer Bouge, on pénètre dans la mer anglaise par excellence, dans un océan complètement anglais : o l'océan Indien » , où les Anglais, étant seuls solidement établis, dominent sans conteste avec une puissance souveraine qui forme de ces immenses parages la plus belle des possessions maritimes de l'Empire britannique.

Gibraltar, Malte, Suez, Aden gardent la route qui y conduit. Singapour, Thursday-Island, commandent les sorties du détroit de Malacca et du détroit de Torrès dont les deux rives sont anglaises. Le Gap garde l'entrée

ouest. L'Australie avec Sidney, Melbourne et la Nouvelle- Zélande gardent l'entrée est. Les ports de premier ordre de rinde : Calcutta avec ses dix bassins, Bombay avec ses neuf , Trincomalé, Colombo; ceux de Mombaze, de Zanzibar, de Maurice, en Afrique; une quantité dé ports secondaires, assurent, sur toute cette immense surface d'eau, la liberté delà circulation et des mouvements des plus grandes flottes.

Les ports de guerre les plus proches de toute cette série d'établissements qui soient capables de résister à des forces sérieuses et d'entretenir des escadres modernes sont : Bizerte, Toulon, la Spezzia dans l'ouest, les ports de guerre du Japon dans Test.

A l'exception des colonies hollandaises de Java et de Sumatra, derrière lesquelles se trouvent encore les possessions anglaises de Bornéo et de la Nouvelle-Guinée, toutes les contrées côtières de cet océan anglais sont anglaises depuis la Nouvelle-Zélande et la Tasmanie jusqu'à la Perse : c'est le Common Wealth of Australia, les établissements des Détroits, l'empire des Indes.

A la suite de la destruction de la flotte russe et de la décision du tribunal d'arbitrage de la Haye qui, en 1904, a effacé les dernières traces de l'influence française dans le golfe Persique, c'est sans concurrent que l'Angleterre travaille pour acquérir les rives de ce golfe où elle domine et pour s'étendre du sultanat d'Oman qu'elle protège jusqu'aux frontières de sa colonie d'Aden.

L'Angleterre détient plus de la moitié de la côte d'Afrique orientale, ses plus beaux pays, ses plus grands ports : Natal, Zanzibar, Mombaze. A 600 milles environ dans l'intérieur, elle possède la large bande de territoires que va traverser le chemin de fer du Cap au Caire et qui donnera la vie à toute cette magnifique région des grands Lacs, la plus riche de toute l'Afrique. Comme des tentacules géants, partent de cette ligne centrale

vers la côte plusieurs voies ferrées; celle du « Victoria Nyanza » à Mombaze a été achevée en 1902; celle de Berber à Port-Soudan, en 1905.

Toute cette côte d'Afrique orientale arrivera bientôt à être peuplée entièrement de sujets anglais, tant y est considérable Timmigration des Indiens du concours desquels les Européens ne peuvent pas plus se passer pour trafiquer avec les nègres qu'ils ne peuvent, en Chine, se passer de l'intermédiaire des Gompradores pour commercer avec les Chinois.

Tous ces pays anglais progressent à pas de géant, en population, en commerce, en ressources de toutes sortes. Leur ensemble pourrait fournir à l'Angleterre plus de 430.000 soldats dont 103.000 soldats anglais, savoir:

L'Inde : 313.600 hommes, dont 75.600 Anglais; l'Australie : 60.060; la Nouvelle-Zélande : 18.139; les autres pays : 38.388, parmi lesquels les Anglais sont au nombre de : 19.826 au South Africa, de 3.454 à Maurice, 1.668 à Ceylan et 2.613 aux StraiU Settlements.

De plus, en prévision de la mise hors d'usage du canal de Suez, l'Angleterre compte faire passer ses troupes par les voies ferrées de Port-Soudan et de Mombaze.

Les colonies allemandes et portugaises de l'Est-africain sont misérables et sans défenses. Les premières sont encore trop jeunes pour faire des envieux. Les secondes, trop vieilles, tombent en décrépitude; les Anglais les achètent par morceaux; ils en deviendront prochainement seuls propriétaires. Les Portugais, pensant en tirer ainsi plus de bénéfices, préfèrent les débiter au détail.

Au milieu de cet océan anglais se trouve Madagascar sans ports de guerre dignes de ce nom, sans forces

navales, avec des côtes grandes comme deux fois et demie celles de France, peuplée à peine de 4 millions d'indigènes plus ou moins soumis. En 1898, il a été décidé de faire un bassin de radoub et un point d'appui à Diego-Suarez. Quelle que soit la force de cette station, quel que soit l'effectif de sa garnison, il est évident que les Anglais, commandant toutes les routes qui y conduisent, possédant, à portée des côtes malgaches, Maurice et son excellent port, pouvant se servir d'une quantité considérable de bateaux de commerce pour amener de toutes les directiolis à Madagascar une partie des 430.000 soldats dont elle peut disposer dans la mer des Indes même, la défense directe de Madagascar contre l'Angleterre est matériellement impossible.

11 est inutile de parler de Djibouti sans aucune défense; d'Obock que nous avons abandonné; deCheïk- Saïd que nous avons laissé occuper par des garnisons turques; de ces derniers débris de l'empire fondé par Dupleix : de Pondichéry, de Ghandernagor, de Mahé, de Karikal, de Yanaon qui semblent n'être conservés que pour la gloire du triomphateur, tels ces derniers chefs des nations vaincues, traînés en esclaves à la suite du char des Césars romains.

La frontière orientale de l'océan Indien anglais va s'appuyer sur les nouveaux établissements de Singapour qui vont transformer ce magnifique port de commerce en place forte et en arsenal de premier ordre.

Hong-Kong, Labouan, les ports d'Australasie, les archipels de Tonga et de Gook forment des positions avancées. Il n'est plu^ question de les développer davantage.

Au delà, l'Angleterre ne possède plus dans l'est aucune place forte jusqu'au Gap, son arsenal d'Esquimault au Canada ayant été abandonné.

Toutes les possessions australasiennes se tiennent, forment un groupe très riche, regorgeant de ressources agricroles et industrielles, trop isolé pour qu'aucune nation puisse aller y porter la guerre. Le Japon, la puissance maritime la plus rapprochée, est à environ 1.800 milles et n'est pas encore assez fort pour pouvoir aller attaquer à de pareilles distances des collectivités aussi considérables.

L'océan Pacifique australasien, prolongement et extrémité de r océan Indien, est entièrement anglais.

Là, se terminent aujourd'hui les mers anglaises. Il y a vingt ans encore elles étaient sans limites. A la fin du dix-neuvième siècle, l'Empire britannique a perdu sans guerre, par le seul fait du développement d'autres États, tout le Pacifique nord et est et les mers américaines. Pour en conserver la maîtrise, l'Angleterre aurait été obligée de s'opposer par la force à l'extension américaine età l'extension japonaise. Elle a jugé qu'une telle tâche était au-dessus de ses forces. Elle a préféré à la lutte l'abandon d'ambitions trop vastes; elle a mieux aimé concentrer tous ses efforts dans la mer des Indes ainsi que dans les mers européennes. Elle donne là un grand exemple de bon sens, d'énergie, de décision.

LES MERS d'eKTRÉME-ORIENT ET DU PACIFIQUE NORD- OUEST SONT DES MER JAPONAISES

Depuis ses victoires sur les Russes et son alliance avec l'Angleterre, le Japon règne sans rival dans tout le Pacifique ouest, au nord du Pacifique australasien. Ses forces militaires, sa nombreuse population au patriotisme si exalté, son développement agricole et industriel

ne permettent à aucune puissance d'opérer contre son propre territoire.

Depuis l'époque reculée^ impossible à déterminer où les Japonais ont refoulé les Aïnos, le sol du Japon n'a jamais pu être violé, ni par les Tartares, ni par les Mandchous. Ce n'est pas aujourd'hui, après ses victoires sur une nation européenne, qu'on parviendrait à envahir l'empire du Mikado. Dans ses lies, le Japon est inviolable. Aucune puissance du monde n'oserait aller provoquer sur son territoire sa splendide armée dont les eflFectifs de paix ont été portés en 1906 à 750.000 hommes.

Les colonies japonaises de Formose, des Pescadores, de Corée, sont des points très faibles qu'une marine maltresse de la mer pourrait song^er à attaquer. Pour les défendre, le Japon se crée une flotte de premier ordre.

Pendant la g^uerre russe, la marine japonaise a pris ou détruit : 15 cuirassés de lig^e, 5 croiseurs cuirassés, 3 cuirassés garde-côtes. Aujourd'hui, tant par la remise en état des bâtiments capturés que par l'entrée en service de nouveaux cuirassés, les forces navales du Japon sont le double de ce qu'elles étaient alors. Dans dix ans, d'après les nouveaux programmes, elles comprendront vingt-six à vingt-huit navires de ligne, appuyés sur cinq arsenaux de plein exercice. On ne peut donc penser tenir tête au Japon dans un avenir prochain qu'en disposant contre lui d'au moins trente bâtiments de ligne ; encore faudrail^il en compter bien davantage si on faisait entrer en considération l'état défectueux dans lequel se trouveraient forcément, après une longue traversée, les unités des escadres envoyées en Extrême-Orient.

Devant les armées navales allemandes de trente-deux cuirassés, il serait impossible à l'Angleterre d'envoyer de telles forces dans les mers de Chine, même en admettant que le nouvel arsenal de Singapour devienne

suffisamment important pour les réparer et les entretenir. L'Angleterre n'oserait pas compromettre la maîtrise de la Manche et de la mer du Nord pour aller conquérir la maîtrise des mers d'Extrême-Orient.

Les Philippines et l'Indo-Chine île possèdent aucun arsenal digne de ce nom ; l'effectif de leurs garnisons est dérisoire comparativement à l'importance des troupes qui pourraient les attaquer. Leurs populations jaunes sont plus attirées vers les races de leur couleur que vers les blancs. Dans de telles conditions, ces colonies sont à la merci du Japon et ne peuvent être conservées aux États-Unis et à la France que par l'habileté des diplomaties et la puissance morale des métropoles. Ces armes peuvent passagèrement être efficaces ; elles sont totalement insuffisantes pour permettre d'assurer l'avenir de colonies dont l'enfance seule dure cent ans, et pour garantir à leurs populations la sécurité du travail dans la paix que celles-ci ont le droit d'exiger des nations souveraines qui ont assumé la charge de les protéger.

LE PACIFIQUE ORIENTAL ET L ATLANTIQUE OCCIDENTAL SONT DES MERS AMÉRICAINES

Avec la progression qu'elle suit depuis ses victoires sur l'Espagne, la marine américaine, au point de vue du matériel, prendrait, vers 1920, le premier rang des puissances maritimes du monde, même avant l'Angleterre, et, vers 1930, elle serait supérieure aux coalitions maritimes les plus puissantes.

Les mêmes raisons qui ont éloigné l'Angleterre des mers d'Extrême-Orient l'ont écartée des mers américaines. Il lui devenait impossible d'envisager une guerre navale lointaine contre une marine aussi puissante que celle des États-Unis sans risquer de compromettre en

Europe rînviolabilité de ses côtes qui est l'unique sécurité de son existence.

La République des États-Unis est devenue maîtresse de tout le Pacifique oriental et de TAtlantique occidental, n'y rencontrant plus de concurrents.

Après rachèvement du canal de Panama, la puissance de la flotte américaine sera doublée. Deux bases formidables relieront les extrémités du nouveau canal. De ces places fortes, la marine américaine commandera toute la mer des Antilles et la côte ouest de FAmériquc du Sud.

« Il ne faut pas oublier, a dit le président Roosevelt, qu'en nous chargeant de la construction du canal de Panama, nous nous sommes chargés nécessairement d'assurer l'ordre sur les mers des deux côtés de ce canal. »

Le Canada, le Mexique, les républiques du centre Amérique, le Pérou, ne possédant aucun bâtiment de guerre, ont leurs côtes exposées à toutes les tentatives des États-Unis. Au sud, le Chili, grâce à son plus grand éloignement et à une marine plus forte, pourrait défendre ses côtes, et sa vigoureuse armée serait capable de repousser des débarquements de troupes de n'importe quelle nation.

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