ÉVÉNEMENTS ANTÉRIEURS A
roi tVAdjaché (Porto -Novo) au monarque d'Abomcy. En 1863, le roi Mecpon, successeur de Soiulji, fit alliance avec nous et se mit sous notre protectorat pour s'éviter la guerre avec les Anglais qui, au mois de décembre, venaient de s'emparer de Lagos, à l'embouchure de FOgoun. Le traité de protectorat fut renouvelé sous. Toffa, successeur de Mési, le 25 juillet 1883.
Dans l'intervalle, un conflit entre le Dahomey et l'Angleterre provoqua une intervention de notre part. Le gouvernement britannique avait infligé à Glé-Glé une forte amende pour l'obliger à respecter ses nationaux. Le roi refusa de payer. L'Angleterre ordonna le blocus de la côte, qui ne fut levé que le jour où les commerçants français de Ouidah eurent payé eux-mêmes l'amende, pour ne pas voir leurs transactions interrompues. M. Paul Serval, capitaine de frégate et chef d'état-major de l'amiral commandant en chef de la division navale de l'Atlantique sud, reçut mission de négocier un nouveau traité avec le Dahomey. Ce fut la convention du 19 avril 1878. Elle stipulait la cession de Cotonou pleine et entière; le roi abandonnait même ses droits de douane. Pendant une dizaine d'années, aucune difficulté ne surgit quant à l'application des clauses de ce document. C'est sans opposition qu'en septembre 1885 on mettait une petite garnison à Cotonou, en même temps que l'on installait quelques miliciens à Porto-Novo, avec un résident, pour donner à nos nationaux un peu de confiance et de prestige. Cette prise de possession des pays soumis à notre protectorat était la conséquence de l'acte général de Berlin du 26 février 1885 qui, dans son article 35, stipule l'occupation effective des établissements de la côte d'Afrique. Jusqu'en 1887 aucun incident ne trouble le pays.
Je suis arrivé à Grand-Popo pour la première fois le 14 décembre 1887 et je me rendis
E.Giffault.Del
CARTE DU ROYAUME DE l'ORTC-NOVO.
immédiatement à Porto-Novo, pour saluer le commandant des établissements, M. Victor Ballot. La plus grande sécurité régnait partout. J'ai traversé le Dahomey la canne à la main après avoir accompli les formalités d'usage. Le respect de la personne du blanc était absolu. En janvier 1888, je rentrais à mon poste, après avoir pris mes instructions, par la route de l'intérieur, Cotonou-Godomey-Ouidah. A une halte, mes porteurs me demandent à soupeser ma sacoche, à voir de l'or par curiosité. Le trésorier m'avait confié 200 livres sterling pour les besoins du poste. J'étais seul, sans armes; mon boy, un enfant de dix ans, Komlavi, suivait en arrière avec mon revolver, qu'il portait sur la tête pour se gonfler d'importance aux yeux de ses congénères plus âgés. Je n'eus pas un instant la pensée que les Dahoméens pouvaient facilement me dévaliser, m'assener deux ou trois coups de bâton et m'abandonner clans la brousse. Je leur exhibai la fortune de l'État. Ils demeuraient émerveillés, mais ne se faisaient pas une idée exacte de ce que représentaient tant de pièces. Je dus leur expliquer qu'une livre valait 20 shillings, un shilling 4 000 cauris, que j'avais de quoi remplir plus de 200 sacs de piastres fortes (monnaie de compte en usage), enfin la nourriture du Dahomey tout entier pendant un mois. Un hourrah enthousiaste accueillit mon arithmétique. Je promis une bouteille de tafia par homme en plus du salaire convenu et j'arrivai vers quatre heures du soir, sans encombre, à l'hospitalière factorerie Fabre, après 40 kilomètres de voyage en hamac sous une forêt ombreuse. Ces hommes s'estimaient fiers de transporter un yévoghan (chef de blancs) si cossu. Je suis convaincu que l'idée d'un crime ou d'un vol ne leur aura même pas traversé le cerveau. Le noir de la Côte des Esclaves ne connaissait pas encore ce rude combat contre la mort que l'on appelle la lutte pour la vie.
J'ai cité plus haut le nom de Komlavi. Ce négrillon, que tous ont vu là-bas, mérite une mention dans ces souvenirs.
Monsieur Torn, Thomas, surnommé Komlavi, m'a fidèlement servi de domestique pendant deux ans.
Quand je l'ai connu, sa taille était de 95 centimètres. Trois années après, il n'avait pas grandi d'un pouce. Ce pygmée n'avait pas d'âge et ne savait où il était né. Quand on le questionnait, il répondait simplement : « Moi, Thomas, boy du Résident ».
Toutes les fois que l'on voyait apparaître cet enfant au bout d'un chemin, à l'avant d'une pirogue, dans la cour d'une case, les indigènes riaient et se disaient : « Le yévoghan est là ». Ceux qui avaient un palabre (procès), quelque affaire embrouillée à me soumettre, quelque cadeau de rhum ou de tissu à me soutirer, cherchaient à gagner les bonnes grâces de Thomas.
La principale préoccupation de l'Européen qui débarque sur la côte occidentale d'Afrique doit être le choix de bons domestiques.
Le soleil est ardent, la chaleur accablante; la plus insignifiante corvée fatigue et rend pénible le moindre effort musculaire. Il serait d'ailleurs impolitique de ne pas avoir plu-