‹ La France au DahomeyChapitre 9 sur 122 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Événements antérieurs à 1892. — La situation en 1888. — Monsieur Tom. — Conflits et palabres. — Mission Bayol en 1889. — Un couloir de vase sous un bosquet de verdure. — Un casque de dragon au milieu d'amazones. — Sacrifices humains. — Un pantalon à bande d'or dans une mare de sang. — Mort de Glé-Glé (30 décembre 1889).

e tout temps le Dahomey a eu le don d'attirer les explorateurs et les hommes politiques soucieux d'ouvrir à leur patrie des débouchés commerciaux. Depuis le xv° siècle jusqu'à nos jours, Dieppois et Marseillais, Danois et Hollandais, Portugais, Anglais et Brandebourgeois ont commercé le long de la Côte des Esclaves, y trouvant des éléments considérables de trafic, y créant des installations permanentes dites factoreries. Les fortins ruinés, disséminés le long du rivage, de Cape- Coast-Castle à Lagos, rompent l'uniformité des plages et attestent les efforts constants de l'Europe marchande pour exploiter cette riche partie de la Guinée septentrionale. Malgré les dangereuses volutes de la barre qui rendaient difficile l'atterrissement des embarcations légères, malgré les tracasseries administratives des autorités dahoméennes, jalouses et inquiètes à la vue du blanc, malgré la poli- FÉT1CHE- tique sanguinaire des féticheurs et les exigences des rois d'Abomey,

le commerce français, représenté aux xvu" et xvme siècles par la Compagnie des Indes- Occidentales, au xixe siècle par la Compagnie du Sénégal et par les maisons de Marseille Régis et Fabre, conserva toujours une position prépondérante. Cette position, conquise depuis longtemps au prix de grands sacrifices, et que la jalousie d'une concurrence étrangère n'a pu parvenir à ébranler, s'est maintenue de nos jours. Cette force de résistance de la part de nos nationaux autorise les plus belles espérances.

La Compagnie des Indes-Occidentales avait été créée par un édit de Louis XIII, le 31 octobre 1626. Mais c'est à Colbert que revint l'honneur d'avoir cherché dès cette époque pour la France des marchés nouveaux. L'édit de 1664 confirma la charte de la Compagnie, libre de commercer avec les capitaux français du cap Vert au cap de Bonne-Espérance.

L'ancien royaume d'Ardres, qui a donné naissance aux États d'Abomey et de Porto- Novo, s'étendait à l'ouest jusqu'à la Volta, à l'est jusqu'au Bénin. Les Popos actuels, les Éoués, qui occupaient les ports de Ouidah et de Savi, le royaume de Juda, étaient sous sa dépendance. Mais en 1670, lorsque d'Elbée, commissaire de la marine française, vint rendre visite au roi d'Ardres, les Dahoméens ou Fons avaient commencé la conquête du pays. Adahounzo ou Adanzou Ier régnait déjà à Abomey, comme on verra lorsque je parlerai des acquisitions faites par la famille royale actuelle. Néanmoins le i*oi d'Ardres fit à l'envoyé du roi de France une brillante réception. « Le monarque noir le reçut avec déférence, dit le chevalier des Marchais, et le fit boire dans son verre, témoignage de considération et d'amitié qui n'a rien d'égal dans la nation! Depuis, le commerce fut ouvert et les Français eurent la liberté de traiter avec les sujets du roi. »

A son retour en France, d'Elbée est accompagné par un ambassadeur, Mattéo Lopez, qui fut reçu à Versailles le 16 décembre 1670 en audience solennelle. Ils offrirent à Louis XIV deux bons coutelas, deux zagaies, une veste et un tapis. Le cabécère supplia le roi des blancs d'accepter ces présents envoyés par le roi d'Ardres, ajoutant que le pays ne produisait rien de plus rare.

Nous possédions un établissement commercial très important, où nous avons entretenu des troupes jusqu'en 1797, le Fort royal Saint-Louis de Grégoy, situé à Ouidah. Le directeur de ce comptoir tenait le premier rang dans les cérémonies officielles, marchant avant ses collègues anglais, portugais, danois, hollandais. Le fort français ayant cessé d'être occupé par une garnison, la jouissance et la garde en avaient été remises à des négociants français, qui entretinrent les meilleurs rapports avec les rois d'Abomey et créèrent l'industrie des huiles de palme.

Le lor juillet 1851, le lieutenant de vaisseau Bouët signa à Abomey un traité d'amitié et de commerce. Treize ans plus tard, le roi Glé-Glé nous cédait verbalement à Cotonou une bande de plage de 6 kilomètres de profondeur. La cession de Cotonou fut confirmée par le traité écrit du 19 mai 1868 et la France, en vertu de cet acte, était autorisée à prendre possession de ce territoire.

En 1857, les Minas nous vendaient la plage de Pla, plus connue sous le nom de Grand- Popo, et, en 1868, Ajigo ou Agoué. Le 19 juillet 1883, le gouvernement français affirma son protectorat sur ces contrées.

Le petit État nègre que l'on désigne sous le nom de royaume de Porto-Novo s'était constitué de la même manière que le Dahomey. Les habitants, de famille fon, avaient une origine commune. Les souverains étaient cousins, et un lien de vassalité subordonnait le

Page 1