‹ La France au DahomeyChapitre 16 sur 122 · BANANIERS · texte numérisé non relu

BANANIERS

soleil éblouissant de clarté, l'Européen perd son arlificiel vernis de civilisation et arrive à l'exaspération de son individualité. Les opinions les plus divergentes se font jour et s'échangent avec une ardeur tropicale; l'irritabilité nerveuse et l'esprit de contradiction deviennent presque une nécessité de l'existence.

Il semblait, à entendre les conversations bruyantes, les discussions byzantines, tenues à l'heure de l'absinthe, que la France allait perdre son prestige et l'Europe son équilibre si on ne marchait pas sus aux amazones avec 24 hommes et 1 caporal. L'oisiveté et le milieu ambiant portent à la déclamation. Tout le monde estime que la guerre ne sera qu'une promenade militaire. Tout le monde est brave; chacun a son plan, émet des idées, donne son avis. Le premier venu fait le rodomont et se croit déjà un héros. Le troc des huiles de palme ne fonctionne plus. Les employés de commerce prennent un fusil Gras et se préparent à faire le coup de feu.

Les noirs ne s'étonnent pas des gestes et des cris que poussent les blancs. Ils sont habitués à voir leurs maîtres s'agiter bruyamment, avant, pendant et après le repas.

S'il y avait quelquefois désaccord dans la manière d'envisager la situation mal définie où nous nous trouvions, on était unanime à critiquer, à « éreinter » le docteur Bayol. On lui en veut plus qu'à Behanzin, dans tous les camps, dans tous les clans, sans rechercher les causes de l'antipathie.

Le 19 février, YAriège mouille devant Cotonou. Le chef de bataillon Temllon débarque sans encombre, avec deux compagnies de tirailleurs sénégalais. Les douaniers dahoméens, assis sur le sable poreux de la plage, comptent silencieusement les hommes en alignant des petits coquillages, et envoient des messagers à Abomey.

Le 2/ février, toutes nos mesures sont prises pour l'attaque du village nègre et l'occupation effective de Cotonou. A 2 heures 30 , Yagoligan , le sieur Houakétomé , est mandé avec ses conseillers à la factorerie, où se tiennent l'état-major de la colonne et le lieutenant-gouverneur. Après un long interrogatoire, on les met en état d'arrestation purement et simplement. Le procédé employé en cette occurrence était quelque peu cavalier. On abusait de la confiance que ces gens, venus sans armes à notre appel, avaient dans la parole du blanc, réputée sacrée, et jamais violée. On les faisait prisonniers sans lutte, en dehors du champ de bataille. Il paraît que la mesure était politique, indispensable. Nous avions des otages en cas de besoin, mais nous déclarions la guerre.

Pour qui connaît le caractère sournois et souple du djedji, il est probable que jamais le roi ne se serait directement attaqué à un de nos postes. Les bandes dahoméennes eussent, comme par le passé, et comme elles continueront à le faire, malgré les traités et les arrangements les plus authentiques, ravagé les villages de l'intérieur; mais de là à une ère d'hostilités ouvertes il y avait loin.

Nos fusils partirent tout seuls. On donnait ainsi satisfaction aux traitants, qui ne cessaient de demander des actes. On s'engageait dans l'inconnu, faute de pouvoir reculer ou

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