‹ La France au DahomeyChapitre 19 sur 122 · ABMEMENT DES DAHOMÉENS EN 1S · texte numérisé non relu

ABMEMENT DES DAHOMÉENS EN 1S

ment disponibles à Alada, qui commande toutes les routes du littoral et de l'intérieur, en avant de la Lama.

Dans la nuit du 3 au 4 mars, profitant d'un orage très violent et des bois qui couvraient ses mouvements, sans feux, en silence et en ordre, l'ennemi prenait position à quelques centaines de mètres de nos avant-postes, attendant pour nous attaquer l'heure propice, le premier chant du coq. En raison de la nature du terrain et la manière de combattre des Dahoméens qui s'avancent en rampant, en se dissimulant avec beaucoup d'adresse, et aussi à cause de notre faible effectif, le commandant avait adopté pour la nuit un système de sûreté très simple : quatre petits postes d'une section, échelonnés le long de la ligne du télégraphe-Agoli ; pas de sentinelles avancées, trop faciles à enlever. Les gardes civils et deux pièces de canon en seconde ligne près d'un gourbi, appelé par euphémisme Sanatorium. Le gros dans les factoreries.

Comme les vigies des navires n'avaient rien signalé d'anormal la veille, tout le monde dormait dans les cantonnements, sauf quelques hommes de garde et le lieutenant Compérat, chef du petit poste le plus exposé, au nord de la place, dans un fortin en construction. A 4 h. 45, la tornade venait de s'apaiser; la lune disparaissait au milieu des nuages. Compérat — ancien zouave et mon camarade de promotion à Saint-Maixent (1884-1883) — entend des rumeurs sourdes, des chuchotements, des bruits étouffés parle sable humide. Il réveille sa troupe et se met en position de défense. Tout à coup des grelots, des hourras, des cris, des feux de mousqueterie , une foule immense se dresse à dix pas des palanques, entoure le bastion et veut y pénétrer à l'arme blanche. Compérat commande son premier feu, suivi de plusieurs salves tirées avec ensemble. Les Gabonnais sont calmes, malgré l'imminence du danger. L'officier reçoit trois balles dans le corps, dont l'une lui brise l'omoplate gauche. Les amazones s'élancent sur les remparts, écartent les arbres à peine enfoncés, et à travers les interstices glissent les canons de leurs fusils; nos hommes se trouvent clans une souricière : ils font une sortie pour dégager la gorge de l'ouvrage ; 3 sont tués, 8 blessés. Le fort est enveloppé; les cadavres des ennemis hissés sur le sommet des palmiers, et que l'on tue à bout portant, tombent à côté de nos blessés. Compérat, héroïque, rallie tout le monde, ne souffle mot de ses blessures, et se décide à mourir sur place plutôt que de lâcher la position. Il attend. Le secours était proche, heureusement. Le lieutenant Lagaspie, son camarade de promotion, arrive au pas de charge avec un peloton de tirailleurs, suivi bientôt de la 4e compagnie tout entière. Un mouvement d'hésitation se produit dans les hordes dahoméennes. Le jour apparaît. La petite section française est dégagée. L'ennemi recule; il avait montré une bravoure et un acharnement inouïs; mais son élan s'était brisé contre la ténacité des Gabonnais. Les abords du fort témoignèrent de la rage avec laquelle on avait combattu des deux côtés ; il y avait un véritable amoncellement de cadavres, hommes et femmes, les uns sur les autres, des mares de sang, des têtes tranchées, des figures grimaçantes, des mains crispées.

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