ARMEMENT DES DAHOMÉENS EN 1S91-1S
fanterie de marine, connu par un remarquable voyage de Siguiri à Benty, très au courant des affaires indigènes, est envoyé en mission à Abomey, accompagné de M. l'enseigne de vaisseau d'Ambrières :
Voici un extrait du rapport de cet officier de vaisseau qui nous initie au cérémonial de la cour d'Abomey.
« Enfin nous arrivons à Gobo (Abomey) à 9 h. 30, dit M. d'Ambrières.
« A 3 h. 30, on nous fait aller au milieu de la grande route, en face du palais du roi. On y installe des chaises et des parasols; nous nous asseyons avec le Père Dorgère et les sœurs, entourés de tous les cabécères qui nous ont accompagnés pendant le voyage. Au loin devant nous, sur la route, de nombreux parasols et pavillons multicolores qui flottent au-dessus des têtes d'une foule énorme de gens et de soldats, avec cela une poussière et un soleil aveuglants. Nous allons recevoir successivement les cabécères d'Abomey. Les premiers tournent trois fois autour de nous, viennent nous saluer, et dansent un instant selon les rites. Ils sont précédés de leurs guerriers et suivis de leur musique. Leur personnel varie de 20 à 50 hommes. Eux-mêmes sont montés à cheval, souvent en amazone; ils sont soutenus de chaque côté par un individu, tandis que le cheval est tiré devant par le licou et qu'un quatrième personnage le pousse par derrière. Le parasol, signe distinctif du rang de cabécère, est toujours porté avec un balancement méthodique au-dessus de sa tête. Comme l'heure avance, le grand maître des cérémonies conduit directement les cabécères devant nous sans les faire tourner et supprime les danses; néanmoins les présentations durent longtemps. « Après les cabécères, vient le défilé des troupes deparade qui sont actuellement à Abomey.
« Une dizaine de compagnies, dont les effectifs varient de 30 à 50 hommes, passent à tour de rôle devant nous. Ces troupes sont invraisemblablement habillées de costumes des plus grotesques et à la fois pittoresques. Chaque compagnie a son uniforme spécial ; en général il est très léger. Il se compose d'un pagne d'une couleur déterminée, de nombreux fétiches autour du cou et des bras et d'une coiffure plus ou moins excentrique.
« Deux compagnies se distinguent parmi les autres. Les guerriers de l'une ont des pantalons dont les jambes droites sont vertes et les gauches noires ; les casaques sans manches géonéda, gardien du parasol royal.
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EQUIPEMENT DES DAHOMEENS.
qui recouvrent leur buste, se terminent dans le clos par une queue. Les soldats de l'autre ont la tête ceinte d'une queue bien fourrée , qui leur forme une auréole, et ils se peignent des cercles blancs et rouges sur les mollets. Les soldats dansent très bien. et avec ensemble; un coutelas entre les dents, ils brandissent leurs fusils de différentes façons en se balançant de droite à gauche et en tournant sur place. En même temps, ils font des contorsions horribles et roulent des yeux féroces. Tantôt ils foncent sur nous en courant, s'arrêtent au moment où ils sont sur nous et nous font des gestes menaçants; tantôt ils se retirent, pour recommencer le même manège. Tout cela en chantant, pendant que le bruit du tam-tam s'allie aux sons lugubres des cornes en dent d'éléphant et au son criard des clochettes de fer. Les coups de fusil ne cessent pas un instant. A 5 heures, le défilé se termine par la présentation de tous les drapeaux et d'une dizaine de piques surmontées de crânes humains. Nous nous levons et suivons en hamac la route d'Abomey. Nous sommes précédés par les cabécères et les troupes, tandis qu'une multitude innombrable de gens du peuple nous accompagne des deux côtés de la route. Deux ou trois cents mètres avant d'arriver, nous rencontrons une longue fde de grands fétiches qui sont assis sous des apatames au milieu de la route. Enfin voici les portes de la ville ou, pour parler, plus exactement une percée dans les murs. Il ne reste d'ailleurs que quelques vestiges de ces murs, qui sont bien tombés en ruine. De distance en distance, des pans de 50 mètres de long restent encore debout. Nous apercevons également les traces d'un ancien fossé qui a dû faire le tour des murailles, mais il n'existe guère qu'au passage par lequel on nous a fait entrer dans la ville ; il y a un petit pont que nous passons : le mur a 1 mètre d'épaisseur environ à cet endroit. Le gardien de la porte, qui est un cabécère, vient nous saluer; on tire 21 coups de canon en notre honneur, puis nous remontons en hamac. Nous marchons très lentement et nous mettons près d'une demiheure à arriver sur une place immense.
« Un des côtés de cette place est formé par les murs du palais royal. A la porte d'entrée, sous un apatame se trouve le roi.
« Il est allongé sur un grand divan en soie; à ses côtés se tiennent ses femmes de service. Un peu plus loin, une centaine de femmes du palais sont accroupies autour de femmes cabécères. A une dizaine de pas en avant et de chaque côté, se trouvent des amazones, au nombre de 900. En suivant le contour de la place, on trouve une centaine de cabécères