PETIT-MARCHÉ, AVENUE GABRIELLE, A PORTO-NOVO
première, et ainsi de suite. Des maisons très habitables atteignent jusqu'à dix et quinze couches. Pour les rendre plus solides, on y entremêle quelques briques et des coquères.
Le royaume de Porto-No vo est composé de plateaux élevés de 30 à 40 mètres, séparés par des dépressions ou bas-fonds qui sont la continuation de la Lama, le grand marais du Dahomey. 11 faut remonter à Dogba pour trouver des cailloux. La terre est durcie et rougie par du peroxyde de fer. Le premier plateau va jusqu'au marigot de Badao; il est sillonné par des cours d'eau sans importance et des lagunes boisées sans courant défini, Vlddi, VAguidi, la lagune de Couti, et enfin la lagune cYAdjara, marais sous forêt de 600 à 800 mètres de largeur, dont le fond vaseux rend impossible le passage à gué. Ces trois lagunes convergent au village de Diégou et forment la rivière d'Adjara, qui sert de frontière entre les possessions françaises et la colonie de Lagos (convention du 10 août 1889).
Dans sa marche sur Abomey, la colonne expéditionnaire suivra les rives de l'Ouémé, la grande route commerciale du Bénin, la voie de pénétration naturelle. L'Ouémé ou Ouo (Oito, nom propre de la rivière; mé, dans) prend sa source vers le 9e degré de latitude nord; on ne connaît encore rien de précis sur son bassin supérieur. Mais, dans son cours moyen, en aval des gués de Tohdué-Adégon (To, rivière; houé, passage), Tohoué-Gbédé, Aouangi- Tohoué, il prend une direction générale nord-sud, qu'il conserve jusqu'à son embouchure
dans la lagune côtière, à Aguégué. Les pirogues pouvant partir de la base d'opérations chargées de vivres et remonter le fleuve, l'Ouéraé devait constituer la ligne de ravitaillement la plus importante, surtout aux hautes eaux. La route de terre est parallèle à la rivière et suit la rive gauche jusqu'à Adégon; mais cette voie est souvent impraticable. Comme tous les cours d'eau des régions intertropicales, l'Ouémé est sujet chaque année à des crues produites par la saison pluvieuse et qui ont lieu généralement au mois de septembre. A toute époque de l'année, des canonnières peuvent arriver jusqu'au seuil de Danou; les difficultés de la navigation commencent à partir de Dogba; des barrages sont formés par les arbres qui tombent des berges effondrées.
En aval d'Adégon, l'Ouémé reçoit sur sa rive gauche le Zounou, qui descend du versant méridional du plateau de Kétou et qui traverse la dépression marécageuse séparant ce plateau de celui de Porto-Novo. Après avoir reçu plusieurs affluents peu importants qui arrosent le pays des Hollis, il se jette dans l'Ouémé, en face du village de Zounou. Rives basses et marécageuses; à l'époque des crues, les eaux couvrent la vallée sur une largeur de plus de 1 kilomètre.
De Zounou jusqu'à son confluent avec la lagune de Porto-Novo, l'Ouémé reçoit quelques cours d'eau sans importance dans la saison sèche, mais qui, au moment des pluies, grossissent d'une manière extraordinaire et se transforment en lagunes dont la largeur atteint jusqu'à 300 mètres, comme la lagune de Tové.
Les principaux sont : 1° lagune de Bougoudou; 2° marigot de Badao; 3° lagune de Tové; 4° rivière de Niakpo ou lagune de Gocon. Quelques-uns de ces cours d'eau présenteront un obstacle sérieux à la marche du corps expéditionnaire.
La rivière de Sô double l'Ouémé, elle s'en détache à Dogba; l'accès en est interdit aux blancs; des troncs d'arbres encombrent son lit généralement vaseux.
Le royaume de Porto-Novo est divisé en dix cantons, portant le nom de leur principal village. A la tête de chacun de ces cantons est placé un chef, sur qui Toffa a une autorité plus ou moins grande.
Les opérations du mois d'août 1892 dans le Décamé et à Sakété, la destruction du camp de Békandji, la prise de Tacon ont raffermi le prestige de notre protégé.
Les habitants sont Nagots, mais les princes et les principaux notables appartiennent au noyau Éoué et parlent fongbé, ou langue dahoméenne proprement dite. Ils sont originaires d'Alada, berceau de la famille royale qui a conquis le pays entre Mono et Addo, du littoral aux montagnes des Mahis. Rien de précis, rien de régulier, rien d'historique. Pas de chroniques. Des légendes, des chansons, des complaintes symboliques. Les souvenirs du passé se transmettent verbalement de père en fils et il n'est guère possible, sans tomber dans le domaine de la fable, de remonter au delà des temps modernes. Il n'existe nulle part de centre intellectuel semblable à ceux du nord de l'Afrique et des régions musulmanes ; partout des gens absolument illettrés. Pas même de ruines pouvant guider le voyageur. Aucune trace paléontologique.