LA COUR DU ROI TOFFA
LE ROI TOFFA.
de leurs animaux domestiques, qui croissent comme ils peuvent et mangent ce qu'ils trouvent. Tout le long de l'Ouémé jusqu'à Danou, on voit des bœufs paître dans les prairies après l'inondation. Pendant les hautes eaux, les habitants les recueillent dans les cases sur pilotis et leur font quelques rares distributions de paille de maïs sèche.
Comme liquides, on trouve au marché du vin de palme, boisson fermentée, tirée par excision des cellules intérieures du tronc d'un palmier. Mais le tafia, le gin, l'anisado, toutes sortes de liqueurs fines à six sous le litre, dominent. Les noirs s'enivrent facilement et fréquemment. Ils ne travaillent le jour que clans l'espoir de se griser dès que la nuit est arrivée. J'ai été à même de constater que les progrès de l'alcoolisme étaient une des causes principales de leur état d'âme, pour ainsi dire adynamique.
Il n'y a pas de monument à Porto-Novo. Seul le palais du roi Toffa, maison en pisé, badigeonnée à la chaux, mérite la visite du voyageur, à cause des nombreux fétiches qui en garnissent la cour principale, où se tiennent les assemblées de justice, les palabres. Toffa, entouré de ses femmes, assis sur un trône ou couché sur un lit en cuivre doré, accueille tout le monde. C'est un homme de cinquante ans passés; les indigènes ne connaissent pas leur âge et il est difficile d'établir leur état civil. Haut de taille, dolichocéphale, les yeux éteints, la figure glabre, le roi d'Adjaché (nom indigène de Porto-Novo) se distingue de ses sujets par ses costumes bariolés. Il se drape dans un grand pagne de soie coloriée, porte sur son crâne une large casquette verte le matin, un gibus de livrée à cocarde d'argent l'après-midi, un chapeau de général de division le soir. Il met des chaussettes et des pantoufles en velours vert sur lesquelles on lit, brodés en or, les deux mots King-Toffa ; au demeurant un bon nègre, très conciliant, peu belliqueux, presque toujours entre deux vins, dégrisé subitement lorsqu'on lui annonce que les Dahoméens s'approchent. Il ne craint que le Dahomey.
Très décoratif, Toffa ne sort qu'en hamac ou en voiture. A défaut de chevaux, il attelle ses ministres ou laris, qui le tirent dans la ville pour les réceptions solennelles. L'usage veut que le peuple se prosterne sur le passage du roi ; tous ses sujets mettent genou à terre et poussent des exclamations de joie. Sa puissance est problématique : le concours de nos gardes civils lui est souvent utile. Les laris, parmi lesquels il convient de citer Rhazoumé, premier ministre, sont ses représentants ; solides gaillards, véritables académies noires, torse nu, cheveux finement lissés sur le sommet du crâne en tronc de cône, signe de leur haute fonction. On peut manquer de respect verbalement