CACHET ET SIGNATURE DU ROI TOFFA
à un lari, mais il est très grave de leur toucher les cheveux; cela occasionne des palabres interminables. Ces personnages perçoivent fréquemment des impôts pour leur propre compte, mais Toffa craint les intrigues de palaise et se voit obligé de fermer les yeux sur les irrégularités administratives de ses favoris, qui se disputent ses bonnes grâces, en lui tenant le parasol, en lui présentant le crachoir. La salive royale ne doit pas aller jusqu'au sol foulé par les
simples prolétaires. Lorsque Sa Majesté va boire, les laris et tous les noirs de la suite se précipitent à terre, automatiquement, comme des clowns, et mettent la tête dans la poussière. Elle-même se cache derrière son pagne et vide son calice d'un seul trait. Dès que le roi a bu, tout le monde doit manifester son bonheur en sifflant des soupirs de satisfaction.
La cour de Toffa et la personne même du roi de Porto-Novo frisent quelquefois l'opéra bouffe. Tout ce que peut contenir un magasin de bric-àbrac de Paris est réuni à Porto-Novo ou à Bécon, palais situé en dehors de la ville : casques de carabiniers, pendules, lances, cuirasses, panoplies moyen âge, images d'Épinal, vaisselle plate et en porcelaine, vases de toutes dimensions. Le roi de Porto-Novo distribue une décoration, Y Étoile noire, ordre civil et militaire, créé à l'occasion de la campagne de 1890. Le nombre des chevaliers est illimité. Le brevet de commandeur représente une belle femme blanche (la France) , aux pieds de laquelle se prosterne un nègre habillé de cotonnades fabriquées à Manchester. Dans le lointain, des palmiers, une vaste nappe d'eau bleuâtre où circule une longue pirogue. Au centre, une étoile et un cachet à sec. Dans un coin à gauche on lit, non sans surprise : Imprimerie du roi à Porto-Novo. On a même constitué un blason à Sa Majesté toffanienne : léopard d'argent sur un fond de gueules rampant sous un palmier de sinople écartelé d'une étoile de sable sous fond d'azur. Cet écu est surmonté d'une couronne royale à cinq. étoiles de sable terminée par un globe.
J'ai présenté mes devoirs à Toffa le 6 septembre. Il y avait palabre. Tous les chefs de la banlieue, chargés de rassembler des porteurs pour la colonne, venaient rendre compte de leur mission. Dans un pays sans bêtes de somme, sans routes praticables, le seul mode de transport usité est le porteur. De toutes les opérations préliminaires, celle du recrutement des Toffanis a été la plus importante et la plus difficile. M. Ballot, lieutenant-gouverneur, a eu en