‹ La France au DahomeyChapitre 4 sur 122 · LE PONT DE LA (( VILLE-DE-CEARA · texte numérisé non relu

LE PONT DE LA (( VILLE-DE-CEARA

balles. Du foin, de l'orge, du crottin. Dieu! que ces cavaliers sont encombrants! Nous allons être tassés comme des sardines !

Le capitaine Crémieu-Foa et le lieutenant Périer, bottés, éperonnés, gantés comme à l'Hippique, nous donnent les derniers renseignements sur l'expédition, les tuyaux les plus récents, « La colonne, comprenant 1 300 combattants et 2 000 porteurs toffanis, a quitté Porto-Novo le 18 août pour opérer dans le Décamé, plateau boisé situé au nord du royaume de notre allié Toffa. L'objectif est Sakété. On a employé deux jours au passage de la rivière Adjara. Le 19, arrivée à Kouti. Bombardement de Tacon le 20. Commandants Laserre et Riou légèrement blessés. On traverse une région fourrée. Les populations acclament les Français. La prise de Tacon a fait abandonner par les Dahoméens le camp retranché qu'ils avaient établi à Békandji, à 10 kilomètres à l'ouest. Dès que les opérations du Décamé seront achevées, le colonel Dodds rentrera à Porto-Novo pour présider à la formation de la nouvelle colonne qui va être constituée à l'aide de renforts amenés par le Mytho et le Saint-Nicolas, partis d'Oran le 2 août, et qui doivent être prôg de Cotonou. »

Nous sommes atterrés! Nous arriverons juste à temps pour ramasser les étuis de car-

touches et féliciter ceux qui seront décorés. Nous tenons un palabre et nous décidons qu'il no sera plus question du Dahomey à bord. Nous buvons des cocktails et nous jouons à la manille aux enchères avec acharnement.

22 août au 2 septembre. — Konakry, Sierra-Leone, Libéria, Grand-Bassani, Cape-Coast- Castle. — Nous passons au large. L'impatience et le désir d'arriver deviennent intenses lorsqu'on a doublé le cap des Trois-Pointes. Quelques sites montagneux, les derniers contreforts de l'Achanti. Sur la Côte de l'Or anglaise, un ou deux fortins ruinés, vestiges de l'occupation danoise et hollandaise. A l'époque où la traite était à la mode, les négriers rassemblaient dans ces bâtiments les « bois d'ébène » et les livraient aux voiliers qui venaient de l'Amérique chercher sur le sol africain la main-d'œuvre nécessaire aux plantations de café et de sucre.

Après le cap Saint-Paul, c'est notre sphère d'influence, la Côte des Esclaves. Le navigateur est frappé de la morne désespérance qui se dégage des plages sablonneuses et basses. Un cordon blanc et uniforme derrière une ligne continue d'écume jaunâtre. Le même paysage se déroule sans un point de repère pour les timoniers, sans une baie, sans une rade, sans un port. Au deuxième plan, le même horizon : un rideau vert foncé de brousses intenses et d'arbres feuillus apparaît et s'efface avec la fumée de la machine, dans le sillage du bâtiment. Çà et là quelques cocotiers rabougris émergent, se penchant péniblement vers le sol rayonnant de lumière, à côté de paillotes basses et indiquant les centres habités. Pas une élévation, pas une crique, Quittah, Addah, Porto-Ségouro, trois ou quatre factoreries en bois recouvertes de tuiles rouges, l'ensemble estompé de nuages gris.

3 septembre. Dernier jour. — De grand matin, pendant le lavage du pont, l'un de nous a vu le clocher de l'église d'Agoué. Nous sommes au Dahomey. Vers cinq heures on distingue à peine, par babord-avant, une grosse masse noire qui perce la brume. C'est le

Mytho, transport-hôpital, arrivé depuis le 23 août avec la Légion étrangère, qui a déjà débarqué et rejoint le quartier général. Nous mouillons par 16 mètres de fond. Près de nous se balance le cargo-boat Saint-Nicolas qui a convoyé les spahis du commandant Villiers, 20 baraques Dœker, 160 voitures Lefèvre, 10 jours de vivres, etc.

Nous sommes à l'époque de l'année dite petite saison des pluies. Dès l'aube, un brouillard épais couvre le littoral dahoméen; peu à peu la lumière devient blanche comme celle de la pleine lune. Six heures. Le soleil se lève tout rouge du côté du Bas-Niger.

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