LES DAHOMÉENS EN CAMPAGNE
dorment péniblement, fiévreusement, pendant que les bêtes attendent impatiemment l'heure de l'abreuvoir, le pied à la corde, arrachant les piquets....
Le //, départ de Kossoupa, par un temps épouvantable. De grand matin, une tornade vient améliorer la situation, parce que l'on peut boire et approvisionner les bidons. Mais la pluie rend la marche très pénible à travers les fondrières, dans un sol argileux, mélangé d'une espèce de tourbe noirâtre faisant glisser les porteurs pieds nus. Les voitures se renversent, les roues des canons s'embourbent.
On arrive à Oumbouémédi sans avoir vu l'ennemi. Les guides parlaient d'un ruisseau. Il est à sec. Pas d'eau, c'est le mot lugubre qui circule vite dans cette agglomération d'êtres humains que la fatigue de la marche et la chaleur du soleil commencent à irriter. Le bivouac est placé à 50 mètres du cours d'eau, de Y Oued Secco, disent les légionnaires, qui se rappellent leurs courses à travers le Sahara. Un mirador est construit au haut d'un baobab pour observer la plaine, les hautes herbes entravant complètement la surveillance des faces par les sentinelles les plus avancées. On signale à 1 kilomètre une ligne de fumée, et dans le nord-ouest des cases. Un guide moins ignorant ou plus prétentieux que ses camarades affirme que nous sommes en présence de l'armée royale et que le village entrevu est Cotopa ou Cotonou, au bord d'un cours d'eau, le Coto (Co, boue ; To, rivière).
La cavalerie se répand de tous côtés à la recherche de l'eau. Un tirailleur haoussa découvre une source d'un faible débit dans un coin très fourré près du camp. On peut enfin abreuver les animaux et faire le café. Le convoi, qui s'était enlizé, arrive péniblement à 10 heures du soir.
Du 12 au 19 octobre, série de combats meurtriers, période de souffrances physiques, incidents de toute nature qu'il est impossible de détailler : il faudrait un volume, il faudrait le génie d'Alfred de Vigny, ou le talent de Paul de Molènes.
Départ de Oumbouémédi le 12, à 6 heures du matin, en trois colonnes distinctes, formées d'un groupe avec son train particulier et un tiers du convoi administratif; les voitures et la cavalerie suivent la route. A 8 heures, le lieutenant de spahis de Tavernost se trouve subitement aux prises avec une bande de Dahoméens qui ont réussi à s'approcher en rampant et sont trahis par leurs hurlements et leurs cris de guerre. Les cavaliers ne peuvent charger, le peloton Varennes les dégage. Bientôt l'action est générale, le feu ennemi très nourri, très régulier. Les tireurs ne se voient plus; les hautes herbes cachent même la fumée des coups; la formation de combat du corps expéditionnaire est très serrée; les groupes se développent sur une ligne de 400 mètres, les fantassins exécutent des feux de salve sur deux rangs et l'artillerie tire à mitraille. Les Dahoméens tentent une attaque de flanc à gauche et en arrière. Ils sont reçus par les feux des spahis qui ont mis pied à terre sur l'ordre du commandant Villiers, pendant que la compagnie Rilba exécute une contre-attaque qui déroute l'ennemi. La colonne se porte en avant, le fanion de la légion au centre indiquant la direction, pendant que les clairons sonnent la marche. On s'avance par bonds, une série de feux, une poussée de 500 mètres. On aborde une ligne de tranchées que l'ennemi vient d'évacuer. A 11 heures,
le feu cesse des deux côtés, pour reprendre à 1 heure. Une reconnaissance de cavalerie ayant été attaquée sur le chemin, on reprend la marche en avant par bonds de 200 mètres, et à 3 heures seulement le colonel donne l'ordre de bivouaquer derrière une clairière. Pas d'eau. On envoie au camp de la veille. Nous avons 4 Européens, 3 indigènes tués, 18 Européens, 11 tirailleurs blessés.
13. — Combats matin et soir. Arrivée à 3 heures à Akpa : 9 tués; 31 blessés. Mais on est devant le Coto, le Jourdain de ces hommes qui depuis le 9 n'ont presque point d'eau, pas même pour faire le café deux fois par jour.
14. — D'après les renseignements recueillis et confirmés par les officiers montés dans les arbres, la position du Coto présentait trois lignes successiv esde tranchées, creusées à cheval sur le chemin qui traverse à gué le cours d'eau. En attaquant directement, on eût éprouvé de grosses pertes. Le colonel Dodds décide que l'on tournera les défenses en se portant à 3 kilomètres vers le nord, pendant que l'artillerie engagera, du bivouac même, un combat à grande distance qui trompera l'ennemi sur nos intentions. Départ du bivouac d'Akpa en trois colonnes pour prendre le Coto en amont. L'ennemi s'aperçoit à 10 heures qu'il est tourné. Il se précipite vers le passage et commence le feu. L'artillerie laissée au bivouac est obligée de cesser le sien; le tir est impossible à régler; le terrain est tellement fourré, qu'on n'aperçoit même pas le point d'éclatement des projectiles. A 10 h. 30, nous sommes à 800 mètres du lieu que nous voulons atteindre. Quelques spahis avec Greppo, adjudant de cavalerie, partent en avant. Ils sont reçus par des coups de fusil que leur envoient des nègres dissimulés derrière des termitières hautes de 5 à 6 mètres. Les canons dahoméens tirent de Cotopa. Un obus éclate en plein camp et tue trois Toffanis. Les misérables porteurs se tenaient constamment couchés par terre; la peur paralysait tous leurs mouvements; la mort achevait leurs souffrances; ceux qui étaient chargés de transporter les munitions sur la ligne de feu regrettaient presque le sort de leurs camarades affectés au convoi, quoique ces derniers fussent particulièrement atteints par les projectiles. Le capitaine d'état-major Roget, Méridional joyeux, à la mine toujours épanouie au milieu des plus tristes circonstances, dit le mot juste sur les Toffanis : « Ces gens-là regrettent bien vivement d'avoir embrassé cette profession ».
La colonne est au bord du Coto. On s'arrête pour déjeuner. L'ennemi profite de cette pause pour abandonner complètement Cotopa, se rapprocher de nous et se poster sur la rive droite du Coto et sur nos deux flancs. De 11 h. 50 à 4 heures du soir, il ne cesse de tirer. La brousse devant nous est impénétrable ; on doit renoncer à la franchir. Le colonel fait former le carré sur un plateau peu élevé situé à 1 000 mètres en arrière. Les Dahoméens se sont avancés au corps à corps et ont réussi à enlever un Haoussa et un conducteur sénégalais. Il y a 13 blessés, dont le capitaine Battréau de la légion. A midi, par 40 degrés de chaleur, on n'a pas une seule goutte d'eau. Vers 1 heure, le capitaine Montanet, qui était placé sur un arbre pour donner des indications au capitaine d'artillerie Delestre, aperçoit