‹ La France au DahomeyChapitre 42 sur 122 · LG CHEF D ESCADRONS VILLIERS · texte numérisé non relu

LG CHEF D ESCADRONS VILLIERS

des Dahoméens nombreux qui arrivent en poussant des cris et cherchent à s'emparer d'une pièce de canon. Ils tourbillonnent sur une vive décharge de mitraille. Et on peut se rendre compte de oi.su de leur manière d'opérer : un chef à grand chapeau ', au milieu d'un petit groupe de 4 ou 5 hommes pour un fusil. Le tireur ayant été tué, un deuxième prit son arme et les autres emportèrent le blessé.

Journée du 15 octobre. — Pas d'eau. On envoie une corvée au Coto sous le commandement du capitaine Sauvage; elle est repoussée. Les brancardiers se couchent et refusent de marcher; les docteurs sont obligés de les menacer du revolver, les infirmiers à coups de bâton les obligent à se relever. En présence de la force d'inertie opposée par les auxiliaires indigènes, la trique va désormais devenir l'arme de commandement, l'argument qui

forcera l'obéissance. Les Dahoméens à l'affût comprennent nos difficultés et deviennent plus audacieux. Un peloton de légion arrivé au bord du cours d'eau est obligé d'engager un véritable combat à la baïonnette. Le mouvement offensif de l'ennemi est arrêté. Au centre du bivouac, le capitaine Marmet, officier d'ordonnance du commandant supérieur, tombe mortellement frappé. Déjà, dans la matinée, ce brillant officier, que tous aimaient, avait paru triste et fatigué. A 10 heures, il s'était retiré dans sa tente et couché près de son lit. A 11 heures, une balle l'atteignit au ventre. « A moi! je suis perdu; que l'on vienne prendre mes dernières volontés pour ma femme. » On le porte à l'ambulance; ses dernières pensées furent pour sa fillette et sa femme. L'abbé Vathelet lui donna l'extrème-onction pendant qu'à son chevet pleurait son ordonnance européenne. De 2 à 5 heures, il resta immobile, les mains croisées sur la poitrine. On l'enterra sur les bords de ce Coto qu'on ne pouvait passer. Pour pouvoir le reconnaître plus tard, on laissa à son doigt son alliance en or. Cette mort impressionna particulièrement le corps expéditionnaire.

La journée du 15 coûte cher. Outre Marmet, le commandant Stéfani, le lieutenant d'Urhal sont blessés; il y a 8 tués. Le soir on change de bivouac, on se porte à 2 500 mètres en arrière du Coto, qui coule au milieu d'un taillis de verdure caché par des lianes, des dracsenas, des orchidées, des euphorbes, au-dessus desquels s'entrelacent des palmiers sveltes et des fromagers ombreux, des tamariniers géants.

Manque absolu d'eau. Le nom de Camp de la soif est donné par les troupiers à cette étape

1. Le chapeau est au Dahomey réservé aux grands du royaume, c'est le signe distinctif du cabécérat. Le gibus est particulièrement estimé. Lorsque les directeurs de la Compagnie des Indes portaient à Abomey leurs cadeaux annuels, ils ne manquaient pas de glisser parmi les soieries et les cotonnades un chapeau à point d'Espagne et à plumet.

inoubliable. Les sondages ne produisent rien. La souffrance est intense : les officiers eux mêmes ne sont plus soutenus que par leur esprit militaire, par leur amour-propre. Les Toffanis s'éparpillent dans les brousses, et meurent les uns après les autres, moins durs à la fatigue et à la soif que les soldats européens.

A 9 heures du soir, le capitaine de spahis de Fitz-James, qui vient de rentrer d'Adégon, où il était allé chercher un convoi de vivres, propose au colonel d'aller faire de l'eau à Oumbouémédi. 11 part, emportant J 100 petits bidons. 11 rentre au camp à 4 heures du matin. Une heure après, une violente tornade éclate sur le bivouac. Le même cri de joie et de soulagement s'élève de tous côtés. Les tentes sont abattues et transformées en baquets, en rigoles; tous les récipients sont exposés à la pluie; on creuse des trous pour les bêtes. Les Toffanis, tout nus, la bouche grande ouverte, boivent à même l'eau du ciel.

Un vieil adjudant de la légion, le nez rougi par des libations copieuses, ne cherche pas à dissimuler son bonheur : « On ne croira jamais, dit-il, à Bel-Àbbès où il y a tant d'absinthe, que l'eau fût si bonne au Dahomey ». La pluie tombe pendant une heure et la colonne peut s'approvisionner largement.

La situation cependant est critique. La résistance trouvée sur les rives du Coto indique que l'ennemi n'est pas à bout de force. Il défend la route directe vers Abomey, et le seul point d'eau de ce plateau ferrugineux, qui s'élève jusqu'à 80 mètres de hauteur à partir de Cotopa.

Le corps expéditionnaire était réduit par le feu et la maladie. Il ne compte plus, le 10 octobre, que 63 officiers, et 1 700 hommes de troupe, 2 000 porteurs, 160 chevaux et 47 mulets. Les ravitaillements devenaient de plus en plus difficiles, la ligne d'étape s'allongeait, les porteurs fondaient à vue d'œil. 11 était nécessaire de reconstituer la colonne, fatiguée par les marches et les combats, et de l'alléger en dirigeant sur l'arrière les malades et les blessés, très nombreux.

Le colonel Dodds n'hésite pas. Le rapport du 16 est succinct : « Aujourd'hui à 8 heures, enterrement des morts. A midi la colonne se reportera sur Akpa, pour procéder à l'évacuation des blessés et malades, se réapprovisionner et se reposer. Elle reprendra le plus tôt possible la marche en avant. »

AU h. 30, le premier groupe s'ébranle. Il y a 164 blessés et malades; les porteurs éreintés, surchargés, les abandonnent. Les tirailleurs sénégalais reçoivent l'ordre de prendre les civières. Ils s'écroulent sous le poids de leurs camarades mourants, qui sont de nouveau jetés par terre. A ce moment difficile, les légionnaires, sans attendre d'ordres, se mettent quatre par brancard et chargent les blessés sous un soleil de feu d'abord, sous une tornade épouvantable ensuite. Dans ce mouvement les soldats européens transportaient non seulement les blancs, mais aussi les tirailleurs sénégalais et des paquets de Toffanis. Les chemins glissaient, les hommes tombaient dans des trous, les blessés criaient. Mais la légion étrangère, ce régiment d'élite, dernier vestige de nos vieilles armées, montrait une fois de

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