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CHAPITRE VII

Reconstitution de la colonne expéditionnaire. — Passage du Colo. — Cotopa. — Cana. — Négociations, et occupation d'Abomey. (Du 25 octobre au 17 novembre 1892.)

Incendie

e corps expéditionnaire, après s'être reposé quelques jours, se trouvait reconstitué à 69 officiers et 2 000 hommes, par suite de l'arrivée à Akpa du commandant Audéoud. Cet officier supérieur avait été envoyé au début de la colonne à Grand-Popo pour opérer dans la vallée du Mono et s'avancer vers Abomey par l'ouest. Mais les effectifs de cette petite colonne étaient trop restreints pour permettre une action sérieuse.

A la date du 24 octobre, la colonne compte quatre groupes, ayant la composition suivante :

1" Groupe. — Commandant Riou. lte compagnie de légion, capitaine Demartinécourt; i*° compagnie de Haoussas, capitaine Sauvage; 12e compagnie de tirailleurs sénégalais, capitaine Bérard; l10 section d'artillerie, capitaine Delestre.

2e Groupe. — Capitaine Drude. 3e compagnie de légion, capitaine Drude; 5° compagnie de tirailleurs sénégalais, capitaine Gallenon; 11e compagnie de tirailleurs sénégalais, capitaine Combette; 2° section d'artillerie, lieutenant Valabrègue.

3e Groupe. — Capitaine Poivre. lre compagnie de volontaires sénégalais, capitaine Robard; 4e compagnie de légion, capitaine Poivre; 9e compagnie de tirailleurs sénégalais, capitaine Dessoii; 3° section d'artillerie, lieutenant Jacquin.

GUERRIER DAHOMEEN. SCULPTURE SDR BOIS.

4e Groupe. — Commandant Audéoud. 2° compagnie de légion, capitaine Jouvelet; 3e compagnie de tirailleurs sénégalais, capitaine Rilba; 10e compagnie de tirailleurs sénégalais, capitaine Collinet.

Le colonel Dodds donna Tordre de mouvement :

« Demain la colonne expéditionnaire se portera en avant pour refouler les dernières bandes dahoméennes, déjà profondément ébranlées par les échecs nombreux et les pertes énormes que nous leur avons infligées précédemment et surtout dans les journées des 20 et 21 octobre. La ligne de la rivière de Coto, occupée par l'ennemi, constitue le dernier des remparts élevés sur notre route par Behanzin pour défendre sa capitale. Ce roi, sentant sa ruine prochaine, essaye vainement de retarder notre marche par des pourparlers qui prouvent seulement qu'il a acquis le sentiment de sa faiblesse et celui de notre force.

« Ces manœuvres astucieuses ne sauraient retarder notre marche victorieuse, pas plus que n'ont pu le faire les efforts de ses guerriers.

<( Le colonel sait qu'il peut compter sur le courage et la ténacité de tous pour porter le dernier coup à la puissance dahoméenne et, par une vigoureuse marche en avant, terminer rapidement cette campagne du Dahomey si brillamment commencée. »

LE COMMANDANT AUDEOUD.

Le 2/î, à 6 h. 30, levée du bivouac. On laisse à Akpa le capitaine Crémieu-Foa, pour commander le réduit avec une section d'infanterie, les malingres, les bagages, la demi-batterie Delestre et le sous-commissaire Noguès. Un brouillard épais couvre le plateau d'Akpa. Il se dissipe vers 7 heures. A 300 mètres en avant des sentinelles, des drapeaux blancs. Les Dahoméens s'étaient habitués à ce jeu, croyant que nous considérions ces emblèmes de paix comme des fétiches inviolables. Le capitaine Lombard les invite à se retirer, car nous allons commencer le feu. On aperçoit distinctement derrière les tranchées de nombreux guerriers, le fusil sous le bras. Le lieutenant Jacquin tire un coup de canon à mitraille; une fusillade intense répond. On riposte et S minutes après on s'élance en avant à la baïonnette, le commandant Audéoud en tète avec la 12° sénégalaise. Deux lignes de tranchées sont enlevées tambour battant. Le capitaine du génie Roques est contusionné, le capitaine Combette a une balle dans le pied droit. Les Dahoméens tentent d'attaquer le réduit. Le groupe Riou, qui suit en deuxième ligne, fait demi-tour et repousse les assaillants. On reprend la marche sur Cotopa, où l'on déjeune à l'ombre de tamariniers et d'orangers en fleur,

L ABBE VATHELET.

PASSAGE DU COÏO

qui sont vite dépouillés de leurs fruits et même de leurs fleurs, dont chacun orne sa boutonnière. Menu frugal : cndaubage ou bœuf de conserve, de fabrication américaine [boiled beef, Chicago), biscuit avarié, oranges.

A 3 heures, le colonel dirige sa colonne vers le sudouest pour éviter le passage de vive force du Coto, où l'ennemi a accumulé tous ses moyens de défense. On circule avec peine au milieu d'arbustes épineux. Le groupe Audéoud, toujours en avant, pousse sur la rive droite de la rivière et se forme sur un plateau situé à 1 800 mètres du Coto. Dîner, on n'y songe pas. A l'état-major on fait un brûlot pour se réchauffer, car il pleut à verse et tout le monde est trempé. Huit jours avant on manquait d'eau au bord de ce même Coto; cette fois on en avait trop. Le brave et digne abbé Vathelet est furieux. « On a mouillé le bon Dieu,

dit-il, et on m'a volé mon vin de messe. » Plaisanterie de légionnaires, ou paresse des Toffanis, qui, ne se doutant pas qu'ils portaient des objets sacrés, avaient abandonné les bagages de l'aumônier dans un trou d'eau.

Le 27 au matin, toutes les troupes passent sur la rive droite du Coto, mais les guides déclarent qu'on s'est trompé, que l'on n'a pas passé le Coto, mais le Han, son affluent. Toutes les difficultés dans la conduite de cette expédition provenaient de la pénurie de renseignements. Les rares prisonniers ne parlaient pas ; les guides ne savaient rien. A ce moment des parlementaires apparaissent et disent : « Le roi vous attend à Avlamé, où il a envoyé des ministres pour traiter. Vous pouvez franchir le Coto sans crainte, il ne sera pas défendu. » On reprend la marche en arrière, on repasse par Cotopa; on admire les belles cultures de maïs, manioc et haricots. Un immense palais aux murailles hautes et épaisses. A 3 h. 50, on approche du Coto. La route est large, mais des deux côtés un bois très fourré. L'ennemi devait s'être retiré; le colonel ordonne cependant de prendre des précautions. Une patrouille envoyée en avant est reçue à coups de fusil et bientôt de tous côtés on tire sur la colonne, mais trop haut. Les soldats pénètrent dans la rivière et ont de l'eau jusqu'à la ceinture. Le commandant Audéoud, le monocle à l'œil, conduit tout le monde à grande allure; il refoule l'ennemi sur la route de Cana et brûle le village d' Avlamé.

Son groupe a 4 légionnaires touchés, 1 tué et 3 blessés, plus un tirailleur et un artilleur. Quand on marche vite, on a moins de blessés. On ne trouve qu'un cadavre dahoméen sur le terrain défendu par l'ennemi; mais le chemin et les tranchées sont arrosés de sang; pendant que la colonne passait l'eau, des guerriers ont emporté les hommes hors de combat. Les

légionnaires étaient chargés comme des mulets, même pendant l'affaire; ils portaient sur le dos des tas d'ignames et des sacs de haricots. Beaucoup avaient des moutons en sautoir. Quand on s'arrêtait pour tirer, ils les déposaient et les reprenaient dès que l'on sonnait en avant. Toutes les bêtes, effrayées par le bruit des coups de fusil, poussaient des cris à fendre l'âme. Les tirailleurs noirs, plus imprévoyants, avaient lâché leurs moutons, qui furent ramassés par les compagnies qui étaient en arrière. Un Sénégalais arrive à se mesurer face à face avec un Dahoméen et le larde de sa baïonnette. Un Haoussa aperçoit un ennemi qui se faufile dans la brousse; il saute dessus, lui coupe la tête et brandit son trophée.

A un moment le commandant Audéoud est entouré de balles qui crépitent de tous côtés. Le capitaine Lebigot, qui commandait l'artillerie du groupe, dit tout d'un coup à son chef : « Mais, mon commandant, abritez-vous donc; avec votre dolman blanc vous êtes le point de mire des tirailleurs ennemis et vous vous attirez tous les projectiles : cela m'empêche de viser convenablement. — Eh bien, et vous, répond Audéoud, avec votre grand corps (le capitaine Lebigot mesurait 1 m. 85), croyez-vous qu'on ne vous voit pas ! — Moi je suis obligé d'être là pour diriger le tir de mes pièces, et puis mes vêtements ne sont pas aussi propres que les vôtres. » Et l'on devise ainsi au milieu de la fusillade, avec l'insouciance delà mort que procure l'habitude de la guerre. Le salut aux balles! Tableau digne d'inspirer un grand peintre militaire. Même des braves éprouvés comme les légionnaires s'inclinent respectueusement quand passe le projectile qui va peut-être atteindre un camarade de la quatrième face ou du convoi. Heureusement les balles de fusil à tir rapide sillonnent généralement très haut et les obus n'éclatent pas tous. Il en tombe néanmoins trop, de nos braves camarades. Les porteurs, aplatis derrière leurs caisses ou un abri quelconque, sont criblés. A chaque instant on entend un «floc », puis un cri : c'est un Toffani ou un Nagot qui a reçu une balle. Nos blessés se comportent mieux; jamais ils ne poussent le moindre cri, la moindre plainte. Tous ces braves gens sont étonnants de courage et de résignation.

Les ministres de Behanzin n'étaient pas à Avlamé et Sa Majesté avait tendu une embuscade. Mais l'on tenait enfin le fameux Coto qui avait arrêté le corps expéditionnaire les 14 et 15. L'armée française était au cœur du Dahomey, malgré tous les efforts du roi. Jusqu'à présent nous n'avions pas attaqué : l'ennemi fonçait sur nous et on repoussait ses assauts. Désormais c'est nous qui allons être les assaillants.

28 octobre. — Un peu de repos. Bain dans la rivière, c'est la seule ressource. Il n'y a plus de vivres que pour le matin. Aucun convoi n'est signalé. L'ennemi occupe toujours le camp situé en avant de notre bivouac. A 1 heure, le colonel veut le bombarder, mais il n'y a plus personne.

29 octobre. — A 6 heures du matin, on fusille quatre ou cinq porteurs, qui partis de Cotopa ont jeté leurs caisses en route et sont arrivés à vide. Les convois sont la pierre d'achoppement de la colonne. Les moyens de l'arrière étant insuffisants, on se sert des Toffanis affectés aux

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