PERTES DE L'ARMÉE
lementaires et offre l'entrée dans Cana, que les débris de l'armée dahoméenne ont évacuée. La colonne entre le 6 dans cette ville réputée sainte, dont le nom juif éveillait une foule de souvenirs dans l'esprit de nos soldats harassés, qui depuis trois jours marchaient comme dans un rêve et se battaient presque automatiquement, par habitude plutôt que par devoir, comme s'ils faisaient un exercice régulier. Il n'y avait plus d'anecdotes, plus de gaieté, c'était la lutte âpre pour atteindre le but final; chacun savait que l'occupation de Cana et d'Abomey entraînerait le retour à la côte, solution après laquelle tous aspiraient. 11 y avait dans l'air comme un nuage d'affaissement moral, très excusable après une odyssée aussi mouvementée, que la disparition de braves camarades avait souvent rendue tragique.
Nos pertes pendant les affaires qui précèdent s'élevaient à 10 officiers tués, 25 blessés, 67 hommes tués, 436 blessés, soit 538 hommes hors de combat. Décédés par suite de maladies, 173 Européens, 32 indigènes. Je ne compte pas les obscurs et les humbles, les Toffanis, qui disparurent par milliers. La dépopulation des villages riverains de l'Ouémé, le manque de bras signalé dans le royaume de Porto-Novo n'ont d'autre cause que la mort de ceux qui étaient partis comme porteurs avec la colonne.
Les Dahoméens, d'après les renseignements fournis plus tard par Candido Rodriguès, avaient perdu près de 2 000 hommes. Le chiffre des blessés dépassait 3 000 '.
Cana, ancienne capitale du Dahomey à l'époque où les rois payaient tribut aux Nagots, n'est plus qu'une agglomération de cases en pisé au milieu de jardins, de cultures et d'arbres fruitiers. Les rois y avaient une résidence entourée de hautes murailles, et les ministres leurs maisons de campagne, inoccupées pendant une grande partie de l'année,
1. D'août à décembre 1892 le mouvement des malades dans les ambulances a été de 1 092 entrées pour 1 425 Européens, et 527 pour 2 158 indigènes ayant pris part à la colonne ou stationné au Bénin pendant les opérations. M. le Dr Rangé, chef du service de santé de la colonie, a reconnu dans un rapport officiel la supériorité incontestable, au point de vue de la résistance, des hommes de troupes d'Afrique (légion étrangère), comparée à celle des troupes d'infanterie de marine (presque du double). Les fièvres à types variés, l'anémie palustre représentent plus de la moitié des admissions à l'hôpital; la diarrhée et la dysenterie, un cinquième. Les décès survenus à la suite des affections endémiques sont cinq fois plus nombreux que ceux dus aux blessures de guerre. Le nombre des rapatriés pendant la même période s'est élevé à 752 Européens et 88 indigènes.
On a comparé souvent l'expédition du Dahomey à celle contre les Achantis. Les pertes des Anglais se résumaient en :
Officiers. Soldais.
Tués 4 10
Morts 4 47
Blessés ■ . 40 354
Rapatriés 93 915
Malades 169 2 866
Nos pertes furent supérieures à celles éprouvées par l'armée anglaise. Mais si l'on porte l'examen sur les régiments européens anglais et sur notre bataillon de légion, l'avantage est à ce dernier. En effet, le pourcentage d'invalidations par suite des maladies endémiques est, chez les légionnaires, de 35 pour 100 ; chez les Anglais, le 23° régiment donne 37 pour 100, le 42e 48 pour 100, le rifle-brigade 71 pour 100, le naval-brigade 88 pour 100. Ainsi, malgré des préparatifs qui avaient duré plus d'une année et un confortable encore inconnu dans l'armée française, les soldats anglais ont eu plus de pertes du fait des endémicités locales que les troupes françaises (nous mettons naturellement en dehors les troupes d'infanterie de marine).
parce que la cour n'y séjournait qu'au retour de quelque guerre, pour célébrer les funérailles des aïeux.
Cet endroit avait ses jours de marché, que les féticheurs plaçaient sous la protection de Bossi, idole reproduite en terre rouge clans le quartier appelé Adogouin. Cette foire, la plus importante du Dahomey, alternait avec celle de Mi/iahi, avec celle de Zobodo ou Bédabaqui se tenait à Djébé, et celle tVAdjahf, qui avait lieu à Goho. Ces marchés, qui existent clans le sud, à Tori, à Savi, à Nasoumé, à Ouidah, se recommandaient tous aux voyageurs et aux marchands des demi-dieux qui les patronnaient et les défendaient contre les Legbas.
Les habitants permanents de Cana étaient des Nagots, chargés des plantations qui s'étendaient jusqu'à Zobodomé. On remarque, comme monuments curieux à visiter, la case des Crânes, où le Migan rassemblait les tètes des esclaves sacrifiés en l'honneur des ancêtres, un véritable charnier. On y déposait aussi les tètes des gens qui avaient été tués par la foudre. Dans les grands jours de fête, le roi avait l'habitude de danser sur ce parquet de crânes; les fidèles chantaient ses louanges. La complainte se résumait en ceci : « Tu es grand et tellement grand, que tu danses sur leurs têtes, après les avoir combattus, après les avoir vaincus ». De grands fromagers remplis de chauves-souris dominent Cana, qui possède un point d'eau important situé à 2 kilomètres au sud du bivouac. Nous campons sur la route d'Abomey. Les spahis, toujours grands seigneurs, se sont installés dans une grande cour du palais, sur le chemin de Cotopa, et observent le plateau. Le paysage est uniforme et triste. Sous le sol formé de petits conglomérats ferrugineux, on trouve des cailloux et du gravier.
Les parlementaires de Behanzin se présentèrent au camp dès le 6 au soir. Le lendemain,
on voit apparaître Guédou, le koussougan de Ouidah, percepteur des douanes.
11 avait été rappelé à la cour le 28 octobre avec Candido Rodriguès, le signataire du traité d'octobre 1890.
Ces deux hommes étaient partisans résolus de la paix. Guédou, œil intelligent, barbe grise , sourire fin, n'était qu'un esclave affranchi. Mais