NÉGOCIATIONS
il avait su gagner la confiance de Behanzin, par son habileté plutôt commerciale que politique. Il voyait très bien que la situation était perdue. 11 essaya par d'interminables palabres d'enrayer la chute définitive d'une organisation administrative qui le faisait vivre. Il parlait peu, laissait causer, n'offrait rien. Le parfait type du traitant djedji, gros, gras, calme en affaires, rusé, un Normand en ce coin d'Afrique.
Les palabres eurent lieu jusqu'au 14 novembre, dans une grande case située en dehors du camp. Un peloton d'infanterie rendait les honneurs au général Dodds à son arrivée \ Les ministres conseillers du roi, Ihomé, Imavo, qui accompagnaient Guédou, se tenaient assis sur des tabourets de cabécères, abrités par de vastes parasols , semblables à ceux des marchands d'oranges et de berlingots dans nos fêtes foraines. Evitant toujours le véritable sujet de la conversation, ils ne cessaient de s'informer de la santé du général, affectant la plus grande politesse, la plus humble obséquiosité, pour gagner du temps et lasser la patience de l'Européen. La caractéristique de ces indigènes était une grande souplesse et une confiance absolue en eux-mêmes. Mais leur mauvaise foi, ou plutôt celle de Behanzin, était trop apparente. A une demande de remise de mille fusils et huit canons le roi répondit par l'envoi d'une centaine de carabines et deux pièces Krupp. Le général les refuse. Le 9 novembre, M. Ballot, lieutenant-gouverneur, arrive à Cana pour régler la question politique. Le chef de la colonie avait fait halte à Cossupa. Pendant la nuit un bolide avait décrit dans le ciel une courbe de toute beauté.. Les Dahoméens superstitieux y virent un présage de leur chute prochaine. Le 10 novembre, un traité de paix est envoyé à Abomey pour être signé dans les vingt-quatre heures. On exigeait le protectorat sur le Dahomey, une cession de territoire, une indemnité de guerre et l'entrée des troupes dans la capitale. Sans donner de réponse précise, le roi du Dahomey semble vouloir accepter les propositions françaises, mais refuse l'entrée de la ville. Les pourparlers sont rompus.