PROCLAMATION
<( Le général Dodds, commandant en chef le corps expéditionnaire du Dahomey, aux cabécères, aux chefs et habitants du Dahomey.
« Après de nombreux combats, l'expédition française s'est emparée de votre capitale, en a chassé le roi Behanzin, détruit son armée et brisé à tout jamais sa puissance.
« Les intérêts du peuple dahoméen sont désormais entre les mains de la France, et il m'appartient de donner une nouvelle constitution au pays abandonné par son roi.
« Ceux de vous qui, confiants en la clémence du gouvernement français et en ma parole, viendront franchement à moi seront protégés dans leurs familles et dans leurs biens. Ils pourront en toute sécurité se livrer au commerce ou aux travaux de culture et vivre en paix sans aucune inquiétude, sous la protection de la France.
« Bien ne sera changé dans les coutumes et les institutions du pays, dont les mœurs seront respectées.
« Les chefs qui se soumettront immédiatement et de bonne foi à notre protectorat resteront en fonctions ; ils conserveront leurs dignités et les honneurs qui en sont la conséquence. En revanche, ceux qui ne répondront pas à mon appel et qui essayeraient de fomenter des troubles dans un pays qui doit désormais être heureux et pacifié, seront impitoyablement châtiés.
« Au palais d'Abomey, le 18 novembre 1892.
« A. Dodds. »
OCCUPATION D'ABOMEY. 109
Abomey (Agbo-mé, dans l'enceinte), terrain fétiche où la famille royale d'Alada avait établi sa puissance, était entre nos mains. C'est une grande ville, entourée de fossés, pouvant contenir 20 000 habitants.
Chaque roi bâtissait un ou plusieurs palais, selon la durée de son règne, et utilisait à cet effet les prisonniers de guerre, en attendant leur évacuation sur la côte ou vers les enfers.
Ago Tacodonou a bâti Patinsa, près d' Abomey.
Acabo ou Ouibéga a élevé le Dalitoé ou Dahouma ou Dahomey, l'enceinte d'Abomey. Sur de très anciennes cartes on retrouve le mot Dahouma s'appliquant à tout le pays, par extension.
Dossou Agagia, dit Goudja Troudo, construisit Zanza et Goho.
Togbouessou ou Bossa Ahadi construisit Cana (Adanpoji, Héiegbo).
Kpingoula a élevé Agouna.
Angongoulo dit Aninozo-Sédozo a bâti Academinha et Bécon-Houegbo.
Adandozan habitait Ahicon-Jerrébi.
Guéso a construit Banamé, Bécon-hunli et Tendji.
Glé-Glé a bâti Djebé, Djimé, Simbodji, Ouacon, Cotopa, Alahé et Zagnanado.
Behanzin a été détrôné avant d'avoir pu commencer sa maison.
Bécon avait été construit du vivant de Guéso, que les indigènes nommaient Dada, le grand. En face de l'entrée on voit encore un arbre, bombax gigantesque sous lequel le roi donnait ses audiences solennelles, et où furent reçus en 1855 l'amiral Vallon et le Dr Répin. A peu de distance à l'est se trouve une espèce de tribune couverte en chaume, entourée de tous les fétiches royaux, statues en bois de grandeur naturelle, grossièrement sculptées. Ce sont : Agassa, Adjahouto, Naquisse, Gédé, Nessuhui, Doméloqué, dieux lares qui devaient protéger la maison.
Simbodji était le palais préféré de Glé-Glé, surnommé Kini-Kini-Kini, lion des lions. Dans sa précipitation, Behanzin n'a pu emporter le corps de son père, comme l'exige la coutume. Au Dahomey il n'y a pas de cimetière : on enterre dans les maisons. Les légionnaires, qui fouillent de tous côtés, découvrent un cercueil en bois dans lequel achève de se putréfier un squelette. C'est la dépouille de Glé-Glé.
Les divers voyageurs qui ont étudié le Dahomey ont donné des listes de rois. Il est difficile de les suivre, car les noms ne concordent pas avec les renseignements que nous fournissent les indigènes, comme on verra plus loin ',
Tacodonou se réfugia au nord de la Lama et obtint un terrain pour bâtir une ville nouvelle, de 1610 à 1625. La population augmentant tous les jours, Tacodonou demanda au roi Dan de lui donner d'autres terrains pour loger ses partisans. « Vous bâtissez partout des maisons, quand donc vous arrêterez-vous ? Vous ne voulez pas, je pense, bâtir sur mon