DE COÏOXOU A GUIDA IJ A TRAVERS LA FORÊT
retrouve ce terme Bembeleké au nord du Dahomey, vers le 10" degré. Il est possible qu'un voyageur ait cru que cette appellation s'appliquait à la ville où il venait d'entrer. Sur certaines cartes, même récentes, on voit aussi Edidi (c'est plus loin), Rongé (village), Glêta (ferme). En Nigritie comme en Europe, on prend quelquefois le Pirée pour un homme.
Godomey ou Jacquin, agglomération de cases disparaissant sous la végétation. Les maisons Régis et Fabre y ontdes factoreries. Les moustiques abondent et vous dévorent avec volupté. Nous nous arrêtons pour déjeuner et j'envoie saluer Nobimé, le vieux cabécère, qui nous avait été fidèle et qui n'avait pas bougé pendant les derniers événements. Ce chef, tout en obéissant aux ordres d'Abomey, avait conservé une certaine indépendance; il descendait des anciens princes éoués et jouissait d'une certaine considération, à laquelle d'ailleurs son grand âge lui donnait tous les droits. Pour me rendre ma politesse, il m'envoie sa canne comme d'usage, un bâton en bois noir (docotchou) ; sur le pommeau recouvert d'une plaquette en argent, on lit : Nobimé, Chief of Godomey . Cette inscription britannique ne m'étonne pas : les noirs attachent peu d'importance à nos nationalités européennes; nous sommes des blancs avant tout. Nobimé parait en personne quelques instants après. Comme au temps des splendeurs dahoméennes, il est accompagné de sa suite, composée de domestiques et de nombreux musiciens, joueurs de tambours et de guitares. Il a même un grand parasol, insigne des ministres et des commandants de territoire. Il est plus vieux que jamais. Je ne l'avais pas vu depuis 1889. Les cas de longévité ne sont pas rares. Il y a au Dahomey beaucoup de vieillards presque centenaires. Je citerai particulièrement Géoneda, gardien du parasol de Glé-Glé, Lahasaoupamazé, chef de guerre, et Heglébi Aladaponougan, oncle de Behanzin et frère de Guéso. Ce dernier m'a raconté des faits historiques qu'il m'a été facile de classer d'une façon précise d'après les dates connues. Il m'a parlé avec force détails d'Adandozan, quia régné de 1803 à 1818. Il m'a fixé l'càge qu'il avait à cette époque en me montrant un de ses arrière-petits-fils, grand garçon de quinze ans environ.
FOUET DE GODOMEY.
CAS DE LONGEVITE.
HEGLÉBl ALADAPONOUGAN, FRÈRE DE GUÉSO
Je quitte Godomey à midi. Le soleil est dans toute sa beauté. Au-dessus du hamac on étend une tente-abri et l'on file à travers la forêt, qui devient lus dense. Les palmiers abondent et les champs cultivés sont remplis de travailleurs qui arrachent les herbes poussées pendant la guerre, et bêchent la terre avec une activité fébrile, pour ensemencer avant les pluies, qui commencent en mars. La vie interrompue depuis un an reprend partout.
Le pays que nous traversons est dans la région basse du Dahomey. Peu ou point de différence de niveau. Un grand lac, qui ne mesure pas moins de 2 kilomètres de longueur sur 1 kilomètre de largeur, se trouve au nord de la route de Godomey entre Hacrozon et Adjara. C'est le Toho aux eaux limpides et sans odeur, aux rives recouvertes d'une épaisse forêt. Les lagunes qui passent près de Tory et de Savi s'y déversent. Le Toho s'écoule par une grande lagune qui passe près de Paon, Ouomé, Godomey. Cette lagune s'épanouit dans les marais qui bordent le lac Nokoué ou Denham.
Nous passons à Amaou une lagune large de 80 mètres, mais peu profonde. Les miasmes qui s'en dégagent vont certainement me donner un accès de fièvre. Si le paludisme ne régnait pas en souverain maître dans le Bas-Dahomey, ce serait un pays merveilleux pour la colonisation. Malheureusement les pluies torrentielles qui tombent du 15 mars au 15 juillet et du 15 septembre à fin décembre, créent des conditions favorables au microbe palustre, qui entrave tout effort musculaire, tout travail actif. La température invariable ne dépasse pas 30° centigrades, mais ne descend jamais au-dessous de 18°. L'atmosphère est lourde, l'humidité constante. Les pluies font naître des herbes dans les fourrés où l'air chaud, à peine renouvelé, demeure au contact des débris végétaux en putréfaction de l'année précédente. Aux hautes eaux, le marais est partout sous les broussailles. La baisse des eaux laisse à découvert des terrains détrempés où la chaleur cause les décompositions et l'élaboration perpétuelle des germes. Le colon européen ne pourra s'établir dans l'intérieur des terres que lorsque le service des travaux publics aura tracé des routes, des villes et aura procédé à l'assainissement des localités, soit en plantant des eucalyptus, soit en débroussaillant la forêt. Ce n'est pas une œuvre irréalisable, mais elle demande un certain temps, pendant lequel il faut, sans quitter le littoral, continuer les errements du passé, laisser venir le noir à la factorerie apporter les produits et traiter directement ses affaires. L'installation de postes d'administrateurs dans les diverses circonscriptions a été une excellente chose, parce qu'il eût été dangereux de laisser les indigènes à eux-mêmes sans surveillance directe après avoir été longtemps maintenus par des règles sévères. Mais l'ingérence très fréquente de l'Européen dans la vie quotidienne du noir superstitieux ne peut qu'occasionner des conflits, qui sont produits le plus souvent par l'ignorance de la langue et des usages locaux et surtout par l'irrita-